Les référentiels au service de l’accessibilité numérique

Dans des précédents article, je présentai l’accessibilité numérique et les enjeux qu’elle représente dans la transformation digitale, ainsi que le manque global d’accessibilité numérique, et les lois françaises régulant l’accessibilité numérique en France. Revenons maintenant sur deux des référentiels qui viennent apporter des indications complémentaires au RGAA : le WCAG, et Opquast.

Le WCAG

Logo WCAG (illustration)

« The power of the web is in its universality. Access by everyone regardless of disability is an essential aspect. » – Tim Berners-Lee, 1997

Le référentiel internationalement reconnu en terme d’accessibilité numérique est le Web Content Accessibility Guidelines, ou WCAG. La première version de ce référentiel a été établie dès 1999, et il était alors axé principalement sur le HTML. Dès la version 1.0, la notation A, AA et AAA ont été établies.

Puis, en 2008, la version 2.0 est mise en place, et cette fois, avec des guidelines pour toutes les facettes du numérique, et plus uniquement le code. Les quatre critères du RGAA (perceptible, utilisable, compréhensible et robuste) sont d’ailleurs issus du WCAG 2.0. En 2018 naît la version 2.1, avec une extension des règles applicables pour qu’un site soit accessible, suivi de près en 2020 par la version 2.2, et encore de nouvelles directives. La version 3.0 du WCAG est en cours de publication, mais actuellement, elle n’est pas terminée. La version 2.2 s’applique donc toujours aujourd’hui.

Ce référentiel incontournable pour tous les acteurs du numérique est établi par le W3C, le World Wide Web Consortium, un organisme de standardisation du web à but non-lucratif fondé en 1994, et dont l’inventeur du World Wide Web, Tim Berners-Lee, est le superviseur.

Le WCAG propose en accès libre son référentiel, qui permet d’avoir une checklist détaillé de tous les critères à respecter pour qu’un site soit accessible. Chaque critère est alors noté A, AA ou AAA (la meilleure note). Outre le fait qu’il évolue régulièrement pour être toujours le plus exhaustif possible, il englobe tous les aspects de la conception et la maintenance d’un site internet : la conception et le code, le design, aussi bien avec les alternatives textuelles, par exemple, que les contrastes et tailles de texte, mais aussi les aspects techniques comme la possibilité de naviguer au clavier ou encore d’avoir un rédaction qui soit compréhensible et lisible par tous.

Aujourd’hui, c’est LE référentiel qui fait office de norme, et c’est d’ailleurs celui-ci qui a été utilisé pour mettre en place le RGAA et les critères que les sites doivent légalement respecter en France.

Opquast & le modèle VPTCS

logo Opquast (illustration)

Si le WCAG demeure une référence internationale en matière d’accessibilité numérique, nous avons en France la chance d’avoir également un référentiel extrêmement complet et accessible : Opquast (Open Quality Standards).

Opquast a été fondée en 2000 par Elie Sloïm, le spécialiste de l’accessibilité numérique en France. Outre la société Opquast, il donne également des conférences et des formations autour du sujet. Tout comme WCAG, Opquast propose un référentiel extrêmement complet pour rendre son site internet accessible, en s’orientant autour de plusieurs aspects : le contenu, la protection des données personnelles, le e-commerce, les formulaires et identifications, les liens, ou encore le design ou la structure et le code. En plus de proposer ce référentiel en libre accès sur le site de la société, il existe également des livres détaillé, ainsi qu’une certification qui permet d’attester la connaissances des exigences liées à l’accessibilité numérique.

Cette certification, « Maîtrise de la qualité en projet web » vise tous les professionnels du numérique. Après une formation de 14h, elle propose un examen, à l’issu duquel un badge est obtenu selon le résultat, de novice à expert.

A l’heure actuelle, Opquast a certifié plus de 14 000 acteurs du numérique. Ce chiffre est en hausse constante, preuve que l’accessibilité numérique est une vraie problématique dans la transformation numérique. Néanmoins, quand on sait qu’en France, en 2017, plus de 680 000 personnes travaillaient déjà dans le numérique, et que ce chiffre a forcément augmenté aujourd’hui, la certification Opquast reste très insuffisamment connue. Pourtant, cette formation devrait être indispensable pour tous pour un web plus éthique et plus accessible.

Mais outre Opquast, Elie Sloïm a également co-conçu le modèle VPTCS avec Eric Gateau en 2001 (illustration ci-dessus). Ce modèle vise à expliquer très simplement et de façon synthétique les attentes des utilisateurs pour un site de qualité, et ce, avec une vision transversale des aspects qui le compose.

Dans ce modèle, on retrouve donc 5 aspects différents :

  • Visibilité : être visible sur internet pour que les utilisateurs puissent trouver et visiter le site
  • Perception : être utilisable et perçu correctement par les visiteurs du site
  • Technique : fonctionner correctement
  • Contenus : proposer un contenu de qualité
  • Services : proposer/réaliser des services de qualité

Mais le modèle VPTCS ne s’arrête pas là ! Il permet également d’associer les métiers liés à chacun des 5 aspects. Pour la visibilité, on a l’aspect référencement et positionnement qui entre en jeu, ainsi que le marketing et la communication. La perception est liée directement au graphisme, à l’ergonomie et au webdesign. La technique relève de la sécurité, l’hébergement, les performances et la conformité au W3C, sus-cité. Le contenu touche au rédactionnel et à la traduction, ainsi qu’au juridique et à l’éditorial. Enfin, les services sont liés à la logistique, au e-commerce avec le service après vente et la relation client.

Le modèle permet également, entre autre, de faire comprendre la valeur d’un site internet. La visibilité, la perception et la technique répondent à comment mettre en valeur les contenus et services du site, et le contenu et les services répondent à pourquoi utiliser le site.

C’est grâce à des référentiels très complets comme le WCAG et Opquast, qui évoluent avec le numérique, que l’accessibilité avance malgré l’absence indéniable d’une législation stricte pour l’entourer. Ces outils, indispensables pour rendre le web plus accessible et de meilleure qualité pour tous, gagnerait cependant à être plus connu, notamment pour Opquast et sa certification.