LES CHIRURGIENS DU 3EME MILLENAIRE

Une première mondiale!

Jeudi 4 juin 2020, Montpellier, France.

Un essai clinique a permis au Professeur Boris Guiu d’opérer avec succès, pour la première fois, un patient de 56 ans atteint d’une tumeur au foie grâce à un étonnant robot chirurgical. Le médecin avait pu planifier l’intervention à l’avance, grâce à des images 3D du patient, puis réaliser son geste avec précision, guidé par la machine.

Grâce à cette opération, la tumeur a pu être détruite en totalité. « Nous n’aurions pas pu faire mieux. Le patient va très bien. Il est rentré à domicile dès le lendemain pour reprendre une vie normale », avait confié le Professeur, après l’intervention.

Mais qui est donc ce robot, digne d’un personnage de science-fiction, qui a pu aider l’homme à réaliser cette prouesse technique ?

Ce robot se nomme Epione®, premier né de la société Quantum Surgical, il devrait être commercialisé en 2021. Créée en 2017 par Bertin Nahum, Quantum Surgical, qui compte aujourd’hui 75 salariés, est spécialisée dans la robotique médicale. Installée à Montpellier, cette Deeptech développe une solution unique : une plateforme multi-applicative basée sur l’intelligence artificielle, équipée d’un robot médical d’assistance aux traitements chirurgicaux mini-invasifs pour le traitement du cancer du foie. Ce traitement mini-invasif consiste à insérer une aiguille qui va cibler une tumeur ou métastase de manière extrêmement précise et développer une forme d’énergie par différents procédés (micro-ondes, fréquences radios…). Cette énergie qui peut être chaude ou froide va pouvoir brûler localement la tumeur y compris lorsqu’elle est de taille relativement réduite.

Le cancer du foie est un vrai problème de santé publique : c’est le 6ème cancer en termes de nouveaux cas par an, le 2ème cancer le plus mortel après le cancer du poumon. Il touche 840 000 nouvelles personnes chaque année dans le monde dont 10 000 en France avec une incidence de la maladie en forte augmentation.

Mais comment ça marche ?

Pour les opérations, la main du chirurgien est guidée par un bras robotisé « d’une précision millimétrique » précise le dirigeant-fondateur. La plateforme à laquelle il est relié intègre par ailleurs différentes images (ultrasons, scanner, IRM) qui améliorent également l’intervention. Le chirurgien est aussi assisté par l’intelligence artificielle qui anime la plateforme et qui se révèle capable de déterminer la durée et la puissance à délivrer pour supprimer la tumeur. En plus de reproduire à l’identique les mouvements de la main, le robot dispose d’une liberté de mouvement étendue par rapport à une procédure manuelle (répétabilité, navigation à une seule main…) et offre ainsi de nouvelles possibilités de mouvements tels que la rotation continue.

L’acte en lui-même, communément appelé ablation percutanée, n’est pas nouveau et a fait ses preuves depuis une trentaine d’années mais il demande une très grande dextérité, une grande maîtrise technique que peu de chirurgiens sont capables d’effectuer. L’objectif de la société est donc de permettre à plus de patients de bénéficier d’un très haut niveau de qualité de soin avec cette précision robotique et ce geste augmenté. Pour Bertin Nahum, « le robot vient réduire l’aléa médical pour une action plus précise ». Matthieu Durand, chirurgien-urologue au CHU de Nice, ajoute que le robot « ne décide pas pour moi ». Il reconnaît toutefois son utilité car « il a, dit-il, la capacité de prolonger mon action au travers d’une console. Il augmente potentiellement mes capacités techniques ».

Bertin Nahum est un entrepreneur franco-béninois, fondateur de la société Medtech, à l’origine de la technologie médicale robotisée ROSA, et désormais Président fondateur de l’entreprise Quantum Surgical, dédiée au traitement innovant du cancer du foie. Le premier robot chirurgical développé par Medtech, BRIGIT, est destiné à la chirurgie du genou. En 2006, Zimmer, leader mondial de la chirurgie orthopédique, achète l’ensemble du portefeuille de brevets de BRIGIT. Medtech décide alors de réinvestir ces moyens dans la conception d’une nouvelle technologie d’assistance robotisée. Le second robot, ROSA Brain, destiné à la neurochirurgie, est ainsi conçu. En novembre 2013, la société Medtech a été introduite en bourse. En juillet 2016, le groupe américain Zimmer Biomet, acquiert Medtech, pour 164 millions d’euros. En 2017, Quantum Surgical était créée.

Une autre pépite française

eCential Robotics (anciennement Surgivisio) regroupe aujourd’hui 100 collaborateurs à Grenoble et vient de lever 100 millions d’euros, la plus importante levée de fonds des medtechs françaises. Cette nouvelle enveloppe de 100 millions d’euros doit permettre à l’entreprise d’asseoir sa position en Europe, de se lancer aux Etats-Unis et d’augmenter la capacité de production de sa plateforme médicale robotisée.

Créée en 2009, eCential Robotics a développé une solution d’imagerie 3D et de navigation chirurgicale en temps réel permettant aux chirurgiens de suivre leurs gestes directement au sein de l’image 3D. Spécialisée dans la chirurgie du rachis, la plateforme peut être couplée aux instruments de n’importe quel fabricant. Chaque instrument dispose d’un QR Code permettant sa reconnaissance par la plateforme.

Vous l’aurez compris, l’objectif de ces robots n’est donc pas de remplacer les chirurgiens mais ils constituent une véritable aide à la performance, on parle d’ailleurs de « chirurgien augmenté ». Pour Stéphane Lavallée, fondateur de eCential Robotics, ils sont là pour « Relier l’œil de l’imagerie avec la main du chirurgien ».

Contrairement à cette peur ancestrale laissant à croire que l’homme pourrait disparaître au profit de la machine, il y a bien ici une véritable complémentarité, les robots chirurgiens devraient de plus en plus pousser les portes des salles d’opération et cette tendance devrait s’amplifier avec l’arrivée de nouveaux constructeurs.

Et maintenant, des opérations à distance ?

Autre prouesse réalisée il y a quelques jours, en Normandie, la start-up Robocath a développé un assistant robot qui permet à un chirurgien de réaliser une angioplastie à distance. Une innovation qui donne la possibilité d’opérer plus vite des victimes d’AVC et d’infarctus.

Cette intervention vasculaire à distance vient d’être réalisée entre Rouen et Caen sur un cochon et représente une première étape avant de passer à une étude clinique sur l’homme.

Expérience concluante pour Rémi Sabatier, cardiologue interventionnel au CHU de Caen : « J’ai manipulé à distance mes instruments – guides et stents – avec la même sensation que lors d’une procédure robotique habituelle. »

Il n’existait pas encore de technologie pour réaliser à distance des angioplasties. Pourtant, chaque année, de nombreuses personnes décèdent de causes d’AVC ou d’infarctus car elles sont situées trop loin de l’hôpital le plus proche pour une prise en charge rapide.

Philippe Bencteux, Président de la société Robocath, ajoute que « Les enjeux de santé publique sont énormes car on estime qu’en Europe, en cas d’infarctus, 40 % de la population n’a pas accès à une angioplastie coronaire, du fait des temps de transport vers un centre spécialisé ».

Da Vinci®, la star des robots chirurgicaux

Enfin, on ne pouvait pas parler de robotique chirurgicale sans évoquer la star du secteur : le robot da Vinci®. Vendu par l’entreprise américaine Intuitive Surgical, le système chirurgical da Vinci® fut l’un des premiers systèmes robot assistés mini-invasifs mis sur le marché. C’est un robot aux airs de pieuvre géante qui sévit désormais dans les blocs opératoires. Baptisé da Vinci®, en hommage au célèbre inventeur, il est doté de trois ou quatre bras, l’un muni d’un endoscope (caméra) et les autres de scalpels et de bistouris. Le médecin les pilote à partir d’une console sur laquelle il voit des images 3D de la zone à opérer. Il s’agit d’une chirurgie mini-invasive, réalisée par de petites incisions. Da Vinci® promet aux médecins « une meilleure visualisation, une plus grande dextérité, une précision accrue et un excellent confort ergonomique » adaptés à des opérations complexes. 7,2 millions d’interventions ont été réalisées à l’aide de ce robot. 52 600 chirurgiens ont été formé dans le monde.

Les robots, les nouveaux champions de la chirurgie mini-invasive

Mise au point dans les années 70, la chirurgie laparoscopique ou cœlioscopie permet des opérations à « ventre fermé ». Au lieu d’ouvrir la zone à opérer, le chirurgien réalise de petites incisions, qui permettent de passer un système optique ainsi que des instruments chirurgicaux à l’intérieur de l’abdomen. Le système optique est relié à un écran extérieur et le chirurgien opère en regardant l’écran. A la clé : un délai de récupération plus rapide pour le patient (donc un délai de séjour plus court à l’hôpital), un taux d’infection moins important, moins de cicatrices avec ses conséquences esthétiques et psychologiques… mais cette technique requiert un apprentissage long et difficile.

La chirurgie robotique apporte les mêmes bénéfices avec une plus grande précision, un meilleur confort pour le chirurgien et un accès plus aisé à la chirurgie mini-invasive (après une formation de quelques mois). Selon le Dr Hubert Oro, « le robot permet d’augmenter la qualité du geste chirurgical. Les bras mobiles offrent une dextérité qui va au-delà des techniques classiques de chirurgie mini-invasive ».


Et dans le monde?

On compte plus de 5 000 robots chirurgicaux aujourd’hui dans le monde et une augmentation exponentielle des interventions qui en bénéficient.

Le marché des robots chirurgicaux a été estimé à environ 5,07 milliards de dollars en 2017 et devrait atteindre plus de 12,6 milliards de dollars en 2025. Ce marché connaît une croissance très importante notamment en raison l’émergence de la chirurgie ambulatoire et de la chirurgie mini-invasive. Cette évolution vers une chirurgie moins traumatisante s’inscrit dans une démarche entamée depuis plusieurs dizaines d’années.

Des robots chirurgiens, mas pas de robot sans un chirurgien…

Dans les blocs opératoires, les nouvelles technologies occupent une place de plus en plus importante : l’automatisation, la robotisation, et cette tendance pourrait encore connaître un essor important, en particulier grâce au développement de la réalité virtuelle et de l’intelligence artificielle.
Il est vrai que les robots chirurgiens offrent de nouvelles possibilités aux équipes et suppriment ainsi le plus infime des tremblements, permettent de faire des sutures dans des positions impossibles pour une main humaine, de zoomer sur la zone à opérer, etc.
Mais si les robots chirurgiens permettent aux chirurgiens de réaliser des gestes jusqu’ici impossibles, rien ne remplace l’expérience de l’équipe chirurgicale.

A ce stade, l’idée de robots autonomes avec un robot capable d’opérer seul reste donc totalement inconcevable, les blocs opératoires développant en réalité de la chirurgie assistée par robot. La machine seconde ainsi le chirurgien. Actuellement, il existe plusieurs catégories de robots, en fonction de leur degré d’autonomie :

  • Le robot chirurgical le plus utilisé aujourd’hui ’hui, le Da Vinci, n’est absolument pas autonome, ni automatique. Il doit en permanence être dirigé par la main du chirurgien. Il participe à de nombreuses interventions de chirurgie abdominale.
  • Des robots capables de réaliser automatiquement un geste chirurgical, à partir d’une programmation prédéfinie, comme par exemple la descente de l’électrode de stimulation cérébrale profonde dans la maladie de Parkinson.

Aucun robot chirurgical n’est entièrement autonome et ne fonctionne sans la main humaine.

Peut-on imaginer que demain, les progrès de l’intelligence artificielle permettent aux robots de réaliser seuls certaines opérations? La plupart des chirurgiens répondent non, jugeant qu’une opération ne peut être totalement prévisible et requerra toujours une intelligence humaine. Une telle perspective pourrait également refroidir plus d’un patient…

Alors rendez-vous au prochain millénaire….

 

Brice de Kinkelin

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