Vous n’avez pas rêvé ! Dalida, Claude François, Sacha Distel et Mike Brant sont de retour sur scène. Le pitch de ce nouveau spectacle ? Claude François invite les trois stars à tourner une émission de télé en 1975, dont les spectateurs vont découvrir l’enregistrement. C’est David Michel, le producteur de ce nouveau spectacle, qui a fait ressusciter ces quatre légendes de la chanson française par le biais de l’hologramme. Hit Parade, c’est un projet dont la réalisation s’est révélée périlleuse, d’un point de vue éthique et technique.

A l’étranger, l’apparition de Michael Jackson, pendant seulement quelques minutes dans plusieurs shows, avait donné lieu à plusieurs dizaines de procès. «C’est courant aux Etats-Unis, où il y a des avocats partout. Tout le monde revendiquait sa part du gâteau : les ayants droit de la musique mais aussi le coiffeur de la star, celui qui avait dessiné ses chaussures… C’était inextricable», explique David Michel. Pour ce Hit Parade il a dont fallu régulariser les questions de droits. En France, c’est plus simple. «Ici, le droit moral permettant de faire revivre ces artistes n’appartient qu’à leurs descendants». Les éditeurs et producteurs des musiques jouées sur scène et les sociétés de collecte de droits, comme la Sacem ont donc bien évidemment été approchés, mais il a surtout fallu convaincre Claude François Jr et Marc François, les deux fils de Claude, Orlando, le frère de Dalida, Zvi Brand, le frère de Mike, et sa fille Yona, ainsi que Julien et Laurent Distel. «Consultée, la femme de Sacha Distel m’a dit : c’est un grand oui, mais ne m’invitez pas, la vedette appartient à son public mais l’amoureux, je ne veux pas le voir en hologramme», raconte David Michel. Les descendants ont eu le « final cut », un droit de regard total sur le livret. Ils ont pu valider le choix des chansons et des costumes, entre autres.

 

Hit Parade 2

 

Ces quatre hologrammes ont été conçus avec l’aide de la société allemande de motion capture Mimic et le célèbre studio parisien Mac Guff pour l’image 3D. Ils recevront un pourcentage des recettes, que le producteur ne veut pas révéler. Chaque hologramme a coûté environ 500.000€. Mais comment fait-on pour « ressusciter » virtuellement des chanteurs morts ? Rodolphe Chabrier, à la tête du studio Mac Guff, explique: «A l’inverse de Michael Jackson, il n’y a pas d’images d’archives d’assez bonne qualité, donc il faut en quelque sorte créer un Claude François. Nous avons filmé les doublures, des comédiens au physique proche de celui des artistes décédés, avec trois caméras à très haute résolution. C’est d’ailleurs leur corps, à quelques détails près, que l’on voit s’activer sur scène. Ensuite, ces trois images ont été assemblées pour donner une vidéo finale d’une résolution de 12K (actuellement, un écran classique de cinéma a une résolution de 2K). De plus, des capteurs sont disposés sur les doublures, notamment sur le visage et le cou, qui sont analysés par 24 autres caméras. Une fois ce tournage réalisé, la deuxième étape consiste à placer, en images de synthèse, la tête de Claude François, Dalida, Mike Brant et Sacha Distel sur le corps des comédiens. Mais celle-ci est alors statique. Il y a une deuxième phase de motion capture où les doubleurs portent des casques avec de nombreux capteurs sur le visage, afin d’enregistrer les expressions faciales. Ces capteurs vont permettre de faire en sorte que quand l’acteur sourit, le visage en images de synthèses de Claude François sourit aussi. Sauf que c’est plus compliqué. Car ce que doit voir le public, ce n’est pas le type de sourire de la doublure réalisé par le visage de Cloclo, mais bien le sourire original de l’interprète d’Alexandrie Alexandra. C’est un travail très compliqué, qui fonctionne à l’empirisme, car il faut modifier des microparties du visage. Un gros travail de fourmis qui demande beaucoup de temps et ne peut pas être automatiser. En termes de données à stocker et traiter, c’est comme si l’on avait travaillé sur une vingtaine de longs métrages». Le spécialiste des effets spéciaux précise: «C’est une illusion, qui fonctionne avec un système de réflexion sur une tulle (une sorte de voile transparent) bien spécifique. Celle-ci fait 15 mètres de large et est au centre de la scène. C’est ici qu’apparaîtront les stars ressuscitées, les 12 comédiens en chair et en os vont, eux, se placer plutôt devant ou sur les côtés.»

La préproduction de « Hit Parade » a quand même coûté 5,8 millions d’euros. Ensuite, 70 % des recettes serviront à payer les charges quotidiennes. De 10 % à 20 % rembourseront le budget de préproduction. Les ventes de billets se présentent bien. Le spectacle se déroule du 12 janvier au 26 février à Paris, puis part en tournée en province, en Belgique, en Suisse, au Luxembourg et peut-être au Canada, au Liban et en Israël. Il pourrait aussi avoir une suite car, sur ces hologrammes, David Michel a une exclusivité de cinq ans, renouvelable pour deux.