Agriculture : l'élevage et le digital

Le digital ne sert pas que l’Homme : il est aussi appelé à aider tous les êtres vivants sur notre planète.

La problématique de la protection animale n’est pas nouvelle et concerne l’intégralité des animaux sur terre, de l’espèce la plus menacée à nos animaux de compagnie. De nombreuses associations s’organisent pour aider à la conservation des espèces de manières différentes, on compte parmi elles les caméras thermiques pour repérer et recenser les animaux menacés dans leur état naturel, les campagnes digitales de la WWF, ou les innovations de santé / vétérinaire… 

Aperçu d’une campagne WWF

Toutes ces manières sont plus ou moins efficientes et offrent à de nombreuses espèces des chances d’être réintroduites, préservées, sauvées et pour beaucoup sauver de l’extinction. On note également, et principalement de la part d’organisations associatives de grandes démarches de sensibilisation (notamment via le social media).

En France, la faune sauvage est concernée par la réglementation de la chasse mais une grosse partie est représentée par les animaux agricoles : le bétail. 

En France, il existe de nombreuses controverses sur les méthodes employées dans l’élevage : les conditions d’élevage des animaux et les conditions d’abattages. Aussi, les animaux évoluant souvent en extérieur, on compte de nombreux vols et abattages clandestins de bêtes. Au-delà du heurt économique pour l’agriculteur, c’est une véritable tragédie pour l’animal.

Nous allons voir ci-dessous quels sont les moyens que le digital apporte et comment ils peuvent résoudre les problèmes cités plus haut.

L’élevage et le digital

 

Un séminaire « Numérique et bien-être animal en élevage » a eu lieu en 2020, entre la Chaire AgroTic et le pôle de compétitivité Agri-Sud-Ouest Innovation. Ce dernier a permis de faire ressortir l’importance des outils digitaux dans le monde agricole, et notamment pour les éleveurs. Gain de temps, suivi efficace du bien-être animal pour les soigneurs et meilleures conditions d’élevage et d’abattage. L’argument fort est que le numérique peut réellement être un troisième bras pour compléter et accompagner l’Homme.

Il est très important de rappeler que, selon l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE), le bien-être des animaux se traduit par cinq libertés (et les outils digitaux permettent justement à ces libertés d’être parfaitement respectées)

Première liberté : Ne pas manquer de nourriture, d’eau et ne pas souffrir de malnutrition. 

De véritables fermes connectées naissent avec des technologies comme CréaScan VL du groupe CCPA (XX). Ce logiciel d’aide à la décision permet d’optimiser l’alimentation et l’efficacité alimentaire en élevage laitier. Ce dispositif permet de repérer les anomalies nutritionnelles grâce à une interface qui analyse en continue l’état de la bête.

 

 

 

Ci-contre : interface de l’analyse que propose CréaScan VL.

Deuxième liberté : Ne pas avoir peur, ni être en situation de détresse.

Au-delà des situations de stress lors des visites vétérinaires ou autre intervention, il s’agit là de permettre à l’animal un étourdissement peu anxiogène lors de l’abattage et une bonne vérification de la mort de l’animal avant les démarches à l’abattoir. Avant, l’opérateur faisait, à la mano, la vérification de l’œil de la bête pour attester de sa mort. Avec CET’Automatique (de NeoTec-Vision), l’intervention humaine n’est plus nécessaire. Une série de jets d’air est envoyé sur chaque animal pour tester ses réflexes oculaires. Une caméra associée à un algorithme analyse l’image via une intelligence artificielle qui détecte en temps réel le clignement d’œil en enregistrant les résultats. Si l’animal cligne encore des yeux (et est donc encore vivant), l’opérateur est alerté et adopte les mesures nécessaires pour que l’animal ne souffre pas et ne soit pas nerveux.

Troisième liberté : Ne pas avoir de stress physique et/ou thermique.

Le stress thermique correspond à une incapacité de réguler soi-même sa température. Une vache laitière est disposée à parfaitement réguler sa température corporelle entre 5 et 20°C, au-delà de 25°C, l’adaptation commence à se faire difficile. Imaginez en cas de forte chaleur… les problématiques pour l’éleveur sont bien sûr une diminution de la production laitière et réduction des chaleurs (reproduction), mais pour l’animal, ce peut être bien pire : augmentation du rythme respiratoire, halètement, l’animal se tient beaucoup plus debout et peut souffrir de boiteries, ne plus ruminer correctement et subir un affaiblissement de son métabolisme…). Une solution à cela a été trouvé par Medria, avec leur collier pour bovin « Heat’Adapt ». Ce dispositif est un indicateur de confort, qui permet de mesurer les postures de l’animal, de détecter les périodes de suractivité, les boiteries et peut envoyer immédiatement des alertes à l’éleveur en cas de comportement à risque. 

Image crédit : medria.fr

Visuel du thermobolus Media

Visuel du Thermobolus et des capsules.

Image crédit : Terre-net Media

Quatrième liberté : Ne pas souffrir de douleurs, de lésions ou de maladies.

Toujours Medria, qui a innové avec Thermobolus, un capteur de température directement placé dans le rumen (un des organes digestifs de l’animal) du bovin. La machine qui retranscrit l’analyse peut se trouver dans la stabulation ou au champ pour permettre à l’éleveur de se renseigner sur l’état de son animal. Il sera immédiatement averti en cas d’inflammation, de mouvements limités, si l’animal ne se nourrit plus… 

Cinquième liberté : Le comportement doit rester normal pour un animal de l’espèce.

Au CES de Las Vegas en 2020, Lituus a présenté son collier connecté pour surveiller les élevages, notamment les ceux de bovins. Cet outil détecte les troubles de santé chez les bêtes, et en particulier les comportements inhabituels. Si un animal réagit anormalement, un algorithme perfectionné peut le détecter et immédiatement le signaler par SMS ou mail à l’exploitant. Il s’agit donc d’une surveillance 24h/24 mais qui pour le moment est limitée à 2km de distance au maximum. 

On retrouve également Cattlechain 4.0, une solution internationale qui permet la même chose que Lituus mais en employant une autre technique : la blockchain.

Interface digitale Lituus

Interface Lituus

Le problème de vol de bétail est également bien présent, même au-delà de nos frontières, puisqu’au Sénégal, c’est plus de 2 milliards de bêtes perdues chaque années dûs à ces vols.

ASC, startup lauréate du prix Orange Fablab a alors pensé des systèmes d’enclos mobiles et intelligents permettant de détecter des intrusions (par les clôtures, les portails, les murs ou les fenêtres pour les stabulations intérieures).

Ces multiples solutions permettent d’améliorer, non seulement les conditions de vie de l’animal mais aussi de faciliter le travail de l’agriculteur.  

Il est intéressant de souligner qu’au-delà de ces problématiques, les outils numériques dédiés au bien-être animal dans le cadre agricole permet aussi d’engager des notions de traçabilité auprès des consommateurs. Cattlechain, en usant de la blockchain, permet justement d’apporter des garanties aux consommateurs et évidemment, ça ne peut être qu’une valeur ajoutée à l’éleveur. Cet outil peut notamment être un argument fort dans les critères comme « lait de pâturage » puisqu’il authentifie le fait que l’animal vit bien dans le dit pâturage (géolocalisation).

De plus, on verra de plus en plus de fermes connectées permettant d’optimiser le milieu agricole, que ce soit l’élevage ou même les récoltes. Le monde agricole étant un des secteurs les plus polluant. En effet, les effets de l’agriculture sur l’environnement sont extrêmement néfastes : pollution atmosphérique (air), dégradation des sols et de l’eau.