Xavier Niel : un génie du Numérique

C’est avec le minitel que Xavier Niel a fait fortune. Mais avec Free, il a imaginé le boîtier tout-en-un qui a révolutionné l’accès à Internet et ses usages. 

Né en 1967 à Maisons-Alfort, Xavier Niel a une quinzaine d’années quand il attrape le virus de l’informatique. Son père juriste lui offre un ordinateur Sinclair ZX81. “Comme tout adolescent en crise je devais être en crise et j’avais trouvé avec ça un machin qui faisait gentiment ce que je lui demandais de faire” plaisante-t-il. Il commence alors à concevoir des programmes informatiques. Après les cours, Xavier Niel joue au hacker et développe des logiciels pour le compte de sociétés proposant des services pour le minitel.

À 18 ans, il déserte sa classe de prépa math sup où il s’ennuie. Il se consacre à plein-temps à cette activité qui le passionne et qui se révèle particulièrement lucrative. 

En 1990, Xavier Niel rachète l’éditeur de service de minitel rose Céramique multimédia, qu’il rebaptise “Illiade”, dont il diversifie l’activité. On lui doit notamment le service d’annuaire inversé 3617 annu ou societe.com. En parallèle, il est sollicité par l’ingénieur Sébastien Sochard, qui souhaite lancer le premier fournisseur d’accès Internet grand public français. Ensemble, ils créent donc World Net et se font connaître en distribuant des kits de connexion dans des magazines. Avant de vendre la société pour 40 millions d’euros juste avant l’explosion de la bulle Internet. 

Xavier Niel est déjà sur un autre projet, en 1999 il crée Free, premier fournisseur d’accès Internet sans abonnement. L’arrivée de l’ADSL ouvre des perspectives et le jeune entrepreneur veut imaginer un fournisseur d’accès différent. “Nous nous sommes dit, qu’internet allait arriver dans les foyers comme l’eau l’électricité et le gaz, mais c’était comme si on avait l’électricité et rien à faire fonctionner derrière. Il fallait créer des usages et les usages naturels, c’était le téléphone et la télévision” raconte-t-il. 

Il ne manquait donc, que de proposer l’équipement qui susciterait le besoin pour vendre de la connexion. Pour trouver ce boîtier magique capable de faire passer par le même tuyau : internet, le téléphone et la télé,… Xavier Niel s’envole vers les États-Unis.  

Il est persuadé de trouver son bonheur. Mais ces recherches restent sans résultat. Il décide donc de fabriquer lui-même ce boîtier, entièrement en France.

Xavier Niel développe tout en interne, du software au hardware en s’assurant ainsi son indépendance vis-à-vis des équipementiers. Une dizaine de personnes travaillent pendant des mois au projet et en 2002 Free lance la freebox. Premier boîtier multi-services sur l’ADSL, permettant une offre triple play et réunissant internet, téléphone et télé. 

C’est le début des problèmes pour les concurrents de Free. Au-delà de la performance technique, la Freebox est aussi une innovation sur le plan commercial. Un abonnement à 29,99 € par mois qui reste stable pendant plusieurs années, alors que de nouveaux services sont progressivement ajoutés à la box.

Pour les autres fournisseurs d’internet, notamment France Telecom, c’est un véritable tsunami. La box tout-en-un s’impose comme incontournable que tout se met à imiter. 

En janvier 2012 Xavier Niel récidive, en s’attaquant cette fois-ci au marché du mobile. Et propose un forfait illimité avec 3 giga octet pour 19,99 €. Et un autre à seulement 2 € pour 1 h d’appels et 60 SMS, le tout sans engagement. 

Le lancement de “Free Mobile” dynamite à son tour le secteur. En 1 an, Xavier Niel séduit plus de 5 millions de clients. Six ans plus tard, il compte près de 14 millions d’abonnés mobiles et près de 7 millions dans le fixe. Ces coûts successifs lui valent une image de trublion des Telecom. Un côté pirates des affaires qui lui assure la sympathie des Français.

Bon samaritain, le patron de Free, dont la fortune estimée à 7 milliards d’euros, l’est aussi à l’égard des entrepreneurs. Avec Jérémie Berrebie, ils lancent en 2010 un fond qui investit  dans une centaine de start-up par an, pour des tickets de 150000 € en moyenne. Parmi ces investissements, leetchi, Zenly,..  Au-delà du financement, ce touche-à-tout a construit un véritable écosystème pour favoriser l’entrepreneuriat.  Le “meilleur remède au chômage” selon lui. 

En 2013,  il a ainsi ouvert “42” une école de programmation atypique qui forme plusieurs centaines de jeunes chaque année, recrutés sans diplôme.  En juin 2017, Xavier Niel inaugure Station F, le plus grand incubateur de start-up du monde. 34000 mètres carrés de la Halle à Paris, consacré à l’innovation et au progrès. 

Quand il parle de ces projets, Xavier Niel évoque souvent un ascenseur social qui ne marche pas en France. Il affirme sa volonté de passer le relais et de donner leur chance à des jeunes défavorisés ou qu’il ne savent pas ce qu’ils veulent faire, en les poussant vers l’entrepreneuriat. Le patron qui semble assagi a aussi investi dans de nombreux médias en rachetant notamment Le Monde en 2010. Mais il ne faudrait pas que le patron s’endorme sur ses lauriers après un démarrage très médiatisé de Station F ronronne. Et le lancement de la dernière Freebox la Delta n’a pas connu le succès espéré. Malgré tout, on peut compter sur le trublion du net français pour rapidement reprendre la main et faire de nouveau parler et trembler ses concurrents. 

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