VivaTech 2026 : FairPatterns, l’IA qui retourne les armes du web contre la manipulation

La gen Z : un tourisme 2.0

97 % des sites web utilisent des dark patterns. 97 %. Ce chiffre, c’est FairPatterns qui l’avance et il est difficile à contester quand on pense aux boutons « Refuser » introuvables, aux abonnements en un clic et aux désabonnements en dix étapes, aux faux compteurs « plus que 2 disponibles ».

Ce qui est frappant à VivaTech 2026, c’est que parmi les 15 000 startups présentes, une seule a choisi de s’attaquer frontalement à ce problème. Et elle l’a fait avec suffisamment de conviction pour décrocher le label Tech For Change du salon, réservé aux startups combinant impact positif réel, technologie robuste et modèle viable.

Une idée simple, radicale : utiliser l’IA pour rendre le web plus honnête

FairPatterns est une plateforme IA qui scanne automatiquement les sites web et applications, détecte les interfaces manipulatrices, les cartographie par rapport aux réglementations en vigueur, et propose des alternatives conformes et éthiques. Concrètement, là où un auditeur humain mettrait des semaines à analyser un parcours utilisateur, l’IA de FairPatterns le fait en temps réel, à grande échelle.

Derrière le projet, Marie Potel-Saville, avocate internationale reconvertie en entrepreneuse tech, experte dark patterns auprès du Comité Européen de la Protection des Données. Son profil atypique colle parfaitement à la mission : comprendre le droit, la tech et le comportement des utilisateurs en même temps.

Le concept repose sur un constat simple. Les dark patterns ne sont pas seulement agaçants, ils sont illégaux dans la plupart des pays, et les amendes qui tombent commencent à être significatives. FairPatterns transforme donc un problème éthique en argument business concret : éviter les risques juridiques tout en regagnant la confiance des utilisateurs.

La gen Z : un tourisme 2.0

Un marché poussé par la réglementation

Le timing n’est pas anodin. En 2026, la Commission européenne finalise le Digital Fairness Act, qui va considérablement renforcer les obligations des plateformes sur le design de leurs interfaces. Aux États-Unis, plus de 40 projets de loi ciblant les pratiques de tarification algorithmique discriminatoire ont été déposés dans 24 États depuis janvier 2026.

Pour les équipes juridiques et les directions digitales des grandes entreprises, la question n’est plus de savoir s’il faut changer leurs interfaces, mais comment le faire à l’échelle, rapidement, et avec des preuves documentées. C’est exactement le problème que FairPatterns résout.

Mon regard sur cette découverte

FairPatterns est l’une des rares startups de VivaTech 2026 dont le produit n’optimise pas pour vendre plus, mais pour manipuler moins. Dans un salon où la quasi-totalité des innovations promettent de maximiser la conversion ou le revenu, c’est un angle délibérément à contre-courant.

Le défi reste de convaincre des entreprises d’investir dans un outil qui, par définition, va leur demander de renoncer à certaines pratiques rentables à court terme. Mais le label Tech For Change décroché à VivaTech envoie un signal clair : l’économie de la confiance digitale n’est plus un idéal, c’est un marché.