
Article rebond en réponse à « Snapchat Memories : la fin du stockage gratuit et ses enjeux », de Florence Segond.
5 Go. C’est tout ce que Snapchat offre désormais gratuitement pour stocker vos Memories. Au‑delà, il faut payer.
En janvier, Florence Segond décryptait sur ce blog la décision de Snapchat de rendre son stockage payant. Selon elle, Snapchat misait sur notre attachement à nos souvenirs, car il est plus difficile de quitter une application quand on y a stocké des années de photos. Mais elle pointait aussi un risque, celui de passer pour la marque qui fait payer les souvenirs et de décevoir ainsi un public jeune. Elle se demandait donc si les utilisateurs accepteraient de payer pour garder leurs Memories.
Snap a‑t‑il réussi à faire passer ses utilisateurs au payant ?
Près d’un an plus tard, nous pouvons commencer à répondre grâce aux chiffres publiés par l’entreprise. Mais avant de regarder les chiffres, une chose a déjà changé depuis l’annonce.
Supprimer les Memories ? Snap revient sur sa décision
Quand Florence a écrit son article, la règle était stricte. Selon TechCrunch, les Snaps au‑delà de 5 Go devaient être supprimés au bout d’un an faute d’abonnement.
L’annonce a fait réagir. Dès le 30 septembre 2025, une pétition dénonçant une « taxe sur les souvenirs » a été lancée sur Change.org. Une semaine plus tard, Fast Company la recensait à près de 9 000 signatures, et elle en compte aujourd’hui un peu plus de 12 000. C’est peu à l’échelle de près d’un milliard d’utilisateurs, mais suffisant pour faire du bruit sur les réseaux.
Snapchat a depuis assoupli sa position. Sur sa page d’aide officielle, l’application affirme désormais qu’elle ne supprimera pas les Memories des utilisateurs qui ne paient pas.
À partir de janvier 2027, une partie d’entre eux sera simplement archivée. Les photos et vidéos concernées resteront visibles en miniature, mais il faudra payer ou les télécharger pour les ouvrir.

Ce changement de décision, lui, est passé presque inaperçu. Fin septembre 2026, à la fin du délai d’un an, une rumeur a même circulé selon laquelle Snapchat allait effacer les vieux Snaps, comme l’explique Selectra.
Ce recul montre que Snap a conscience du risque pour son image. Plutôt que d’obliger ses utilisateurs à payer, l’entreprise a préféré leur laisser plus de temps et de choix. Pour autant, Snap n’abandonne pas l’idée de faire payer ses utilisateurs.
Et pour cause, il en a besoin.
Pourquoi Snap ne peut pas renoncer à l’abonnement
Pour comprendre ce choix, il faut regarder combien rapporte un utilisateur de Snapchat. C’est ce que mesure l’ARPU (Average Revenue Per User), le revenu moyen par utilisateur. D’après les résultats officiels de Snap, il était de 3,25 dollars au deuxième trimestre 2026. Mais ce chiffre varie beaucoup selon les pays.

Un utilisateur en Amérique du Nord rapporte plus de 10 dollars par trimestre à Snap, contre environ 3,60 dollars en Europe et seulement 1 dollar dans le reste du monde. Or c’est justement dans le reste du monde que Snapchat gagne le plus de nouveaux utilisateurs, tandis que son audience baisse en Amérique du Nord.
Snap a donc de plus en plus d’utilisateurs, mais ceux qui arrivent rapportent peu.
Pour continuer à augmenter ses revenus, l’entreprise doit gagner plus avec les utilisateurs qu’elle a déjà, sans tout miser sur la publicité. Et les Memories sont un bon point de départ. Quand on a stocké des années de photos et de vidéos dans une application, on préfère souvent payer quelques euros par mois plutôt que de passer des heures à tout télécharger. Reste à savoir si les utilisateurs ont vraiment sorti leur carte bancaire.
25 millions d’abonnés… sur près d’un milliard d’utilisateurs
À première vue, oui. En février 2026, Snap a annoncé avoir dépassé 25 millions d’abonnés payants, toutes offres confondues, soit 10 millions de plus qu’un an plus tôt. L’argent que les utilisateurs versent directement à Snap, sans passer par la publicité, représente désormais 1 milliard de dollars par an. Snap cite d’ailleurs les offres de stockage des Memories parmi les produits qui rapportent cet argent.

Cette nouvelle source de revenus pèse déjà dans les comptes. Au deuxième trimestre 2026, Snap a réalisé 1,6 milliard de dollars de chiffre d’affaires, 19 % de plus qu’un an auparavant. D’après Stocktwits, les revenus hors publicité ont même augmenté de 85 %, et le PDG Evan Spiegel a cité le stockage des Memories parmi les raisons de cette hausse.
Mais il faut garder les proportions en tête. Snapchat compte près d’un milliard d’utilisateurs par mois, et moins de 3 % d’entre eux paient un abonnement. Snap ne précise pas non plus combien de personnes paient spécifiquement pour leurs Memories. Enfin, l’audience baisse justement dans les régions où chaque utilisateur rapporte le plus.

Rien ne prouve que cette baisse soit liée au stockage payant, et Snap ne fait pas ce lien. Mais c’est un point à surveiller, car c’est dans ces régions que chaque utilisateur perdu coûte le plus cher. Alors, si peu d’utilisateurs paient, à quoi sert vraiment cette offre de stockage ?
Le stockage, un produit d’appel pour Snapchat+
Florence voyait dans les Memories un « levier de conversion » vers Snapchat+. La grille tarifaire montre comment ce levier fonctionne.

Pour seulement 2 dollars de plus par mois, Snapchat+ offre deux fois et demie plus d’espace que l’offre de stockage seule, avec en prime toutes les fonctionnalités exclusives de l’abonnement. Un utilisateur qui voulait simplement garder ses photos a donc tout intérêt à choisir Snapchat+. C’est le principe de la montée en gamme. L’offre la moins chère sert surtout de point de comparaison pour rendre l’offre supérieure plus attirante.
Pour Snap, l’objectif n’est donc pas seulement de faire payer les souvenirs, mais surtout de vendre plus d’abonnements Snapchat+.
Alors, pari réussi ?
Florence se demandait si les utilisateurs accepteraient de payer. Un an plus tard, la réponse est en partie oui. Snap a bien réussi à créer une deuxième source de revenus, avec plus de 25 millions d’abonnés et 1 milliard de dollars par an. Mais seule une petite minorité d’utilisateurs a accepté de payer, l’audience recule dans les régions qui rapportent le plus, et l’entreprise a dû assouplir sa règle sur les Memories.
En faisant payer les souvenirs, Snapchat a surtout trouvé un moyen d’attirer les utilisateurs vers son abonnement.
Pour Snap, l’objectif n’est donc pas seulement de faire payer les souvenirs, mais surtout de vendre plus d’abonnements Snapchat+.
Rendez‑vous en janvier 2027, quand l’archivage des Memories commencera, pour voir si les utilisateurs suivent.

Mathilde LABOUT
User Acquisition chez Digital Virgo et étudiante en MBA Digital Marketing & Business, IA et DATA.
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