Julien Kaibeck Slow cosmetique

 

Julien Kaibeck a créé le mouvement de la Slow Cosmétique en 2012. Il est aromathérapeute et auteur de différents ouvrages autour des huiles essentielles, des cosmétiques et du bien être. Dans le cadre de ma thèse professionnelle dont le sujet est : « Cosmétique, transparence & Digital », j’ai eu la plaisir d’interviewer Julien.

Pour vous, qu’est ce qu’un cosmétique transparent ? 

Dans l’esprit de la Charte Slow Cosmétique, un cosmétique transparent est un cosmétique qui va au-delà de l’affichage public de sa liste d’ingrédients INCI* (une obligation règlementaire). La transparence s’exprime en effet non seulement à travers cette liste, mais aussi à travers une communication honnête et simple sur les approvisionnements (ingrédients, excipients, actifs…), et sur les procédés de fabrication (lieu, techniques, ressources techniques et humaines).

Sur quels points une marque de cosmétique doit être transparente ?

Sur sa formule, sur sa chaîne d’approvisionnement, et sur ses procédés. Dans l’idéal, on peut attendre aussi une transparence sur qui compose l’équipe derrière la marque, et qui contrôle l’entreprise/la marque et son développement.

Une formulation transparente est-elle nécessairement clean ? bio ou naturelle ?

C’est évidemment plus porteur ! Car la transparence impose d’exposer certaines vérités. Si la transparence s’applique au sein d’une marque qui fait usage d’ingrédients pétrochimiques, plastiques, polymériques, non biodégradables ou peu durables, il est fort à parier qu’elle ne sera pas porteuse pour la marque. Dès lors, la formulation transparente est plus souvent de mise chez les marques labellisées bio ou labellisées Slow Cosmétique.

    Que pensez-vous des applications de scan des produits cosmétiques ?

    L’Association Slow Cosmétique lutte depuis 2018 contre l’hégémonie des applications de scan cosmétiques. En effet, ces applications sont considérées par notre Association comme intéressantes puisqu’elles attirent l’attention sur les compositions, mais insuffisantes et ne pouvant remplacer les labels. Pourquoi ? Parce qu’un algorithme pénalise par exemple de la même façon un composé aromatique allergène synthétique, qu’un composé aromatique naturellement présent dans le totum d’une huile essentielle présente dans un produit. Un humain, et donc un label, fait la différence. De même, les applications de scan ne se focalisent que sur les ingrédients. Mais d’où viennent-ils, sont ils de qualité éthique, seuls les labels peuvent faire ce travail d’analyse. Enfin, les apps ne s’intéressent pas du tout aux pratiques marketing des marques, leurs allégations ou leur engagement écologique ou sanitaire. Le label Slow Cosmétique, lui, le fait.

    Comment le label slow cosmétique permet il d’apporter de la transparence aux consommateurs ?

    Le label Slow Cosmétique est le seul à analyser non seulement les formules et les packs, mais aussi toutes les allégations, le contrôle familial de l’entreprise, et son ancrage artisanal au moins partiel. C’est donc une garantie de transparence presque totale qui est incarnée par le label Slow Cosmétique. Pour ce faire, le label Slow Cosmétique se base sur plusieurs dizaines de critères dérivés de la Charte Slow Cosmétique et classés en 4 piliers : un pool de critères écologiques (impact des ingrédients, des emballages, des pratiques de fabrication, des appros…) et un pool de critères sanitaires (absence d’ingrédients polémiques pour la santé).

    Pouvez-vous me citer des exemples de marques de cosmétiques qui pour vous sont transparentes.

    Il y a 328 marques labellisées Slow Cosmétique à ce jour. Elles sont toutes de bons exemples de marques cosmétiques transparentes. A fortiori, les marques portant 2 étoiles et 3 étoiles au label Slow Cosmétique, soit environ la moitié, sont très transparentes.

    Quel est selon vous l‘avenir de la cosmétique ? (dans 5 à 10 ans)

    La cosmétique a énormément évolué depuis 2012, années de naissance du mouvement Slow Cosmétique. En France et en Belgique, on a pu observer la progression des parts de marché du segment de la cosmétique bio et naturelle, puis du segment de la cosmétique solide, et plus récemment du segment de la “clean beauty” encore mal définie. L’ensemble représente cependant encore une part de marché minoritaire. En 2021, un ralentissement s’est fait sentir pour ces acteurs. Pour l’avenir, il est probable que le segment de la “clean beauty” va progresser encore, porté par la la génération Y et Z, entraînant avec lui d’une part certaines marques bio et naturelles, et d’autre part des marques conventionnelles ayant nettoyé légèrement leurs formules mais pratiquant une forme de greenwashing ou cleanwashing.

    Connaissez vous l’utilisation de la blockchain dans les cosmétiques ? Si oui, qu’en pensez vous ?

    Pour notre association Slow Cosmétique, cette tendance naissante à l’initiative d’une part de marques conventionnelles de luxe, et d’autre part de sociétés et start-ups de la tech n’apporte pas ce qu’elle prétend. Certes, elle permettra à des consommateurs d’avoir accès à des informations sur l’approvisionnement, la chaîne en amont du produit. Mais plusieurs questions naissent d’emblée pour les militants écologiques que nous sommes :

    • Quelle information sera donnée sur les ingrédients pétrochimiques, polymériques ou plastiques ? Et sur les excipients ?
    • Quelle plus value cela apporte-t-il au produit fini si celui ci reste un produit conventionnel c’est à dire fabriqué à l’échelle industrielle en grande série et sans lien direct avec un savoir-faire artisanal ancré dans un terroir ?
    • La blockchain en cosmétique ne règle en outre pas la question du sens des cosmétiques. A-t-on vraiment besoin de tel ou tel produit ? Ce produit répond-t-il à un besoin fondamental de la peau, ou à un besoin qu’il a lui-même créé ?

    Un grand merci à Julien pour son temps accorder et sa précieuse expertise.

    * INCI : liste des ingrédients d’un produit cosmétique, qui sont notés sur les packaging des produits de beauté