Le SEO est-il en train de mourir ? La question s'impose depuis quelques mois dans toutes les conversations autour du marketing digital. Pour y répondre, j'ai eu la chance d'échanger longuement avec un professionnel que j'appellerai ici T.T., responsable d'un département entièrement dédié à la transformation par l'IA au sein d'une grande organisation publique française.

En résumé, la réponse est à la fois rassurante et vertigineuse. Non, le SEO ne disparaît pas. En revanche, il change profondément de rôle, de statut, peut-être même de sens.

L'expert rencontré

Fonction
Responsable transformation, cohérence et accompagnement IA
Secteur
Grande institution publique française
Format
Entretien exploratoire - visioconférence, octobre 2025, environ 1 h
Note
L'expert a souhaité conserver l'anonymat sur son identité et son organisation.

SEO et GEO : concurrents ou complémentaires ?

Tout d'abord, j'ai voulu dissiper une confusion courante sur la terminologie. J'avais entendu, dans le cadre de mes cours, que le GEO - Generative Engine Optimization - allait supplanter le SEO. D'autres voix, en revanche, m'avaient dit l'inverse. T.T. a tranché avec une clarté qui m'a frappée : les deux notions ne s'opposent pas, elles s'articulent.

Concrètement, le SEO produit du contenu indexé et tokenisé, que les moteurs d'IA générative viennent ensuite ingérer. Sans ce substrat, le GEO n'aurait rien à synthétiser. Ainsi, le référencement naturel devient une condition d'existence du GEO plutôt que son adversaire.

Toutefois, ce qui change profondément, c'est l'interface de restitution. Là où le SEO générait du trafic vers des pages - et donc des clics monétisables - le GEO produit des réponses directement dans le navigateur. Autrement dit, plus besoin, pour l'internaute, de visiter un site : la réponse vient à lui.

Ce qui compte désormais, c'est moins la position dans les résultats que la présence dans la réponse. Le contenu prend le pas sur le lien.

T.T. - Responsable transformation IA, secteur public

Par conséquent, cette mutation a des conséquences directes pour les communicants. Le modèle économique fondé sur le clic vacille. De plus, les grands acteurs s'y adaptent déjà : Google a intégré ses encarts génératifs dans les SERP, tandis qu'OpenAI développe son propre navigateur. En somme, la norme est en train de se redéfinir sous nos yeux.

Agents IA : ce que cela change pour le SEO

Agents IA et automatisation

Ensuite, notre entretien a porté sur les agents IA - ces systèmes capables d'exécuter des séquences de tâches de manière autonome, sans intervention humaine à chaque étape. T.T. y voit l'évolution la plus structurante des prochains mois, notamment par rapport aux simples chatbots conversationnels.

Le SEO au service des agents : possibilités et garde-fous

J'avais d'abord imaginé qu'un agent pourrait, demain, rédiger automatiquement des articles optimisés pour alimenter le GEO de mon organisation. T.T. a cependant recadré la réflexion : la question n'est pas seulement technique, elle est avant tout stratégique.

Certes, un agent peut automatiser des tâches à haute fréquence - tris d'emails, rédaction de premiers jets, extraction de données. Néanmoins, déléguer sans cadre revient à transférer la responsabilité éditoriale à une machine qui n'en a pas conscience.

Ce qui m'a surtout frappée, c'est cette idée que l'IA ne supprime pas le besoin de compétence : elle en déplace la nature. Hier, on valorisait la capacité à produire. Demain, en revanche, on valorisera la capacité à cadrer, à formuler, à vérifier. C'est pourquoi le prompt engineer n'est pas une mode passagère, mais bien le profil qui cristallise cette transition.

L'IA ne remplace pas le besoin de compétence. Elle en déplace la nature : de la production vers le cadrage et la vérification.

T.T. - Responsable transformation IA, secteur public

SEO, données et éthique : les angles morts de l'IA

C'est sans doute la partie de notre échange qui m'a le plus interpellée. En effet, en tant que communicante travaillant avec des données sensibles au quotidien, j'ai été particulièrement attentive aux mises en garde de T.T., qui distingue deux niveaux de préoccupation souvent confondus.

D'une part, le premier enjeu est environnemental : l'entraînement des grands modèles de langage consomme des quantités considérables d'énergie et d'eau. C'est un coût réel, encore peu visible dans les bilans RSE.

D'autre part, le second enjeu concerne la souveraineté des données. Lorsqu'on connecte un agent IA à une boîte mail professionnelle, par exemple, à qui appartiennent les informations qui transitent ? T.T. a précisé que dans un environnement fermé, le risque reste limité. Cependant, dès lors que des données sortent du périmètre de l'organisation, les enjeux RGPD s'appliquent dans toute leur rigueur.

La gouvernance comme condition de la confiance

C'est pourquoi, dans son propre contexte institutionnel, T.T. insiste sur la nécessité de bâtir une gouvernance IA avant même de déployer des outils. Cela implique notamment un cadre éthique documenté, une comitologie dédiée et une réflexion sur la progressivité de l'adoption. Sans cela, l'IA reste un gadget prometteur mais incontrôlé.

Gouvernance et éthique de l'IA

SEO, IA et communicants : la nouvelle donne

Enfin, j'ai demandé à T.T. ce qu'il retiendrait comme tendances pour les dix-huit prochains mois. Sa réponse était désarçonnante : l'essor agentique est certes inévitable, mais la vraie question est celle de l'appropriation. Autrement dit, le risque n'est pas que l'IA prenne le pouvoir, mais plutôt que les organisations l'adoptent sans s'en emparer réellement.

Pour nous, futurs professionnels de la communication, la leçon est donc double. D'un côté, la maîtrise des outils - savoir formuler, itérer, corriger une sortie IA - devient une compétence de base. De l'autre, la capacité d'analyse critique, le sens éditorial et la cohérence de marque restent irremplaçables, précisément parce que ce sont des qualités rares.

En définitive, la bonne métaphore est peut-être celle du téléphone portable. On ne se demande plus si on en a besoin. On apprend simplement à s'en servir sans en devenir dépendant - ce qui, comme T.T. le soulignait avec un sourire dans la voix, est déjà tout un art.

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Cet entretien exploratoire s'inscrit dans le cadre d'un travail de recherche préliminaire autour des mutations du référencement à l'ère de l'IA générative. L'expert cité a souhaité rester anonyme. Les propos ont été reformulés et synthétisés pour des raisons de clarté rédactionnelle.