Numérique, réflexions de Byung-Chul Han – Fiche lecture

Byung-Chul Han est un Docteur en philosophie allemand. Dans son ouvrage “Dans la nuée, réflexions sur le numérique”, il nous livre ses réflexions sur le numérique dans notre société :

  • La relation qu’entretient l’homme avec ces nouvelles technologies
  • La modification de nos comportements, de notre perception et plus globalement de notre vie sociale

Byung-Chul Han

Publié en 2015, ce livre s’appuie sur une société d’individus “connectés” à l’ère des nouvelles technologies les réseaux sociaux, Big Data, etc…

Dans son ouvrage, l’auteur met en lumière des changements sociétaux, liés à l’essor du numérique. Il convient donc de les recenser ci-dessous :

La communication numérique supprime les distances habituelles

À l’ère du numérique, nous produisons de l’information d’ordre privé, dans la sphère publique. C’est par exemple ce que nous faisons presque quotidiennement sur les réseaux sociaux. Nous communiquons instantanément nos expressions émotionnelles. Cela peut soulever la question du respect : La notion du respect et et celle de communication numérique peuvent-elles coïncider ?

Selon Byung-Chul Han, le respect réside dans le regard distancié, alors que le numérique donne accès à l’exhibition, à l’intrusion et au voyeurisme. Dès lors, il considère que la société numérique est “sans respect”.

Le numérique provoque une société de l’indignation

Le fait d’exposer sa vie privée peut être un risque de perdre le respect d’autrui et par conséquent de recevoir des vagues de haine sur la Toile. Celles-ci sont incontrôlables car elles sont inconstantes, éphémères et amorphes.

Ces vagues d’indignation arrivent très vite mais se dissipent tout aussi rapidement, car elles sont dépourvues de contenance. L’auteur les met en comparaison avec les débats publics, qui eux ne retombent pas aussi vite car sont représentatifs d’une problématique dans son ensemble et non d’un “souci de soi”.

L’essor de la massification de l’information

massification de l’information

Le numérique est le média de la présence, où les utilisateurs ne sont plus de simples consommateurs, mais également des producteurs. Avant cette révolution digitale, ceux-ci consommaient de façon passive, par exemple en écoutant la radio. De ce fait, un journaliste faisait partie de l’élite et était considéré comme un “faiseur d’opinions”.

Désormais, tout le monde peut communiquer activement, être présent et donner son avis sans intermédiaire. Dans ses réflexions sur le numérique, Byung-Chul Han parle d’une “communication démédiatisée”, qui aboutit à cette massification. Nous avons ainsi accès à un flot de publications et d’informations. Selon l’auteur, cet excès d’informations réduit notre capacité d’analyse et nous empêche d’accéder à une pensée complexe.

Il présente alors la “fatigue informationnelle”, qu’il met en parallèle avec les symptômes de la dépression. Cette maladie psychique est liée au rapport de soi-même qui peut être exagéré ou maladivement exacerbé. Selon lui, les réseaux sociaux, en tant que médias narcissiques, vont dans le même sens.

Le besoin de transparence dans le numérique

Réflexions sur le numérique dans la nuée

L’auteur présente la transparence tel qu’un impératif. Or, il distingue l’information et la vérité face au numérique :

« L’information est cumulative et additionne, là où la vérité est exclusive et sélectionne. » Byung-Chul Han

Cependant, dans nos rapports avec autrui, l’information est transmise sur la base de la confiance. L’auteur compare l’homme à un “chasseur d’information”, qui souhaite une masse d’informations rapidement et facilement. Le numérique lui donne accès à ces données, mais cela nuit à la confiance et au rapport avec autrui.

La naissance du besoin de reconnaissance

L’auteur introduit la notion de “nuée numérique”, qui selon lui, rassemble des individus isolés, qui ne développent pas d’identité collective. En effet, cette nuée ne s’exprime pas à travers une seule et même voix, ce qui forme un “vacarme”. Dès lors, il est selon lui impossible d’agir collectivement via le numérique.

Ainsi, l’homme agit individuellement :

« La communication numérique ronge la sphère publique et accentue l’isolement des individus » Byung-Chul Han

Ceux-ci éprouvent un désir de reconnaissance par l’autre et un désir de reconnaissance de soi dans l’autre. De ce fait, il montre uniquement le positif de sa sphère privée : où il ne profite que partiellement du moment présent. Et cela pour favoriser la reconnaissance d’autrui.

Par conséquent, tout ce que nous publions doit se rapprocher du “parfait”, tout en s’éloignant de la réalité. C’est le cas pour les images, qui doivent être de plus en plus belles. Le numérique produit ainsi une plus grande distance au réel. 

Les fantômes numériques :

L’auteur parle même de “fantômes numériques”, car nous sommes constamment en interaction avec autrui par le biais de médias numériques. Néanmoins, nous savons de moins en moins comment aborder autrui dans la vie réelle. 

Dans cette société où le numérique prime, nous nous éloignons du loisir, pour laisser place à la performance. Par exemple : le nombre de j’aimes sera un indicateur de réussite.

La société numérique menace nos libertés

Nous laissons des empreintes numériques dès que nous cliquons, dans chacune de nos recherches, etc. Dès lors, la Toile garde une trace de chacun de nos passages.

« Ce n’est plus Big Brother mais Big Data » Byung-Chul Han

Big brother big data

Avis personnel

Dans ses réflexions sur le numérique, l’auteur considère ainsi que cette transformation nous dépasse et que nous n’en maîtrisons pas les impacts sur nos pensées, nos comportements et sur notre vie sociale. Je partage son avis sur les nombreux points négatifs qu’il met en exergue mais rentre en désaccord avec sa vision pessimiste de la révolution digitale. 

Selon moi, on ne peut occulter les points positifs que celle-ci a également engendré, comme la facilité de communication ou encore un accès simplifié à l’information et aux données. Je ne partage pas l’idée que la notion de Big Data puisse être comparée à “Big Brother”.

« Big Brother », c’est quoi ?

Big Brother est un personnage de fiction de l’ouvrage 1984 de l’auteur George Orwell. L’expression “Big Brother” est employée quand il y a une atteinte aux libertés et à la vie privée d’un individu ou d’une population. 

À mon sens, c’est le “Big Data” dans les mains de “Big Brother” qui semble dangereux. Les technologies autour de la data peuvent être utilisées à bon escient. C’est donc primordial de protéger la vie privée de ses clients et de les rassurer par rapport à cela, afin d’éloigner un potentiel Big Brother de cette menace.

Pour compléter vos connaissances sur les réflexions sur le numérique

Cliquez ici pour découvrir la fiche lecture sur : BIG DATA, penser l’homme et le monde autrement de Gilles Babinet. 

Vous pouvez également lire cet article sur repenser l’utilisation de la donnée à l’ère de la Big Data et de la RGPD, en cliquant ici.