Transparence IA · Note méthodologique
Note méthodologique IA, « Cannes Lions 2026 : l’IA était partout, sauf au moment de choisir »
Comment l’intelligence artificielle est intervenue dans la production de cet article, et sur quels points elle ne l’a pas fait : outils et versions, séquences de prompts, hallucinations rencontrées, décisions que je n’ai pas déléguées.
Cette note accompagne l’article Cannes Lions 2026 : l’IA était partout, sauf au moment de choisir, publié le 27 juillet 2026, de type article avec vidéo. Elle documente mon usage des outils d’IA générative sur les six points demandés par la consigne, dans l’ordre.
1. Les outils en question
- Claude Pro (abonnement payant, claude.ai) : Claude Opus 5 pour l’analyse croisée des neuf entretiens et la construction de la thèse, Claude Sonnet 5 pour les contrôles répétitifs (fonctions exactes, cohérence des attributions, orthographe des noms d’entreprises).
- Perplexity Pro (abonnement payant, perplexity.ai) : recherche préparatoire sur chacun des neuf dirigeants avant tournage, et vérification des données de l’étude Onclusive après le festival.
- Google AI Pro (Gemini) (abonnement payant, gemini.google.com) : Gemini 3 Pro pour la traduction des échanges en anglais (Ben Moore, Ted Markovic) et le contrôle de la transcription, Gemini 3 Flash pour des vérifications rapides sur place entre deux tournages.
- Manus (formule payante à crédits, manus.im) : veille sur le programme du festival et récupération de l’analyse Onclusive publiée après l’événement.
- Outils de montage vidéo : hors périmètre IA générative. Le montage des capsules relève du travail de l’équipe média, pas d’un outil automatique, et c’est précisément le sujet de la dernière partie de l’article.
2. Exploration, développement d’idées et créativité
Aucune idéation IA en amont : j’étais accrédité comme membre de l’équipe vidéo d’un partenaire média officiel, les entretiens étaient calés avant mon arrivée. L’angle est né au montage : les dirigeants disaient tous la même chose hors scène, et ce n’était pas ce que disaient les scènes. J’ai testé l’intuition avec Claude Opus 5 en lui donnant les neuf verbatims bruts, sans mon interprétation, et en demandant : « qu’est-ce qui revient ? »
3. Planification et organisation
C’est l’article le plus long des sept et celui qui a demandé la séquence la plus construite, parce que neuf entretiens produisent naturellement neuf paragraphes sans lien.
- Extraction sans interprétationClaude Opus 5, sur les neuf transcriptions : « Pour chaque entretien, extrais uniquement les affirmations factuelles ou les prises de position. Pas de résumé, pas de commentaire, pas de mise en contexte. » L’objectif était d’obtenir un corpus comparable, pas des fiches.
- Recherche de convergence« Voici neuf listes d’affirmations, issues de neuf secteurs différents. Quelle affirmation revient sous des formulations différentes chez au moins quatre interlocuteurs ? » La réponse a isolé le déplacement de la valeur vers le jugement, formulé différemment par De Andreis, Hiquet, Markovic et Carrère.
- Test de la convergence« Est-ce que cette convergence est réelle, ou est-ce que je l’obtiens en forçant l’interprétation de certains verbatims ? Indique-moi les entretiens qui entrent mal dans ce cadre. » Trois entretiens résistaient (Coruble, Lafon, Beer-Gabel) : ils parlaient d’économie, pas de création. J’ai créé une section distincte pour eux plutôt que de les tordre.
- Confrontation au discours officielUne fois l’étude Onclusive récupérée : « Ces chiffres confirment-ils ou contredisent-ils ce que disent mes neuf interlocuteurs ? » Réponse : les deux, ce qui est exactement le sujet de l’article. La tendance « artisanat comme contrepoids » identifiée par Onclusive donnait un appui chiffré à ce que j’entendais en entretien.
- StructureDemandée en dernier, avec pour contrainte de placer les neuf entretiens dans quatre sections thématiques et non dans neuf sous-parties.
Un prompt unique du type « écris-moi un article sur les Cannes Lions » aurait produit un compte rendu de festival. La séquence a produit une démonstration.
4. Rédaction et articulation
Objectifs d’impact fixés avant rédaction : article de synthèse qui devait valoir pour quelqu’un qui n’était pas à Cannes ; démontrer ma capacité à tirer une analyse d’un matériau que j’ai produit moi-même, pas à commenter l’actualité de loin ; 2 500 mots assumés vu le nombre de sources ; cible de reprise par au moins un des neuf interviewés sur LinkedIn, ce qui suppose qu’aucun ne se sente déformé.
Règle sur les citations. Comme pour l’entretien Doctissimo : les verbatims sont exacts, contrôlés contre les rushes. Les traductions des échanges en anglais ont été faites par Gemini 3 Pro puis vérifiées phrase par phrase, parce qu’une traduction est déjà une interprétation. Quand la formulation exacte comptait, j’ai conservé le terme anglais dans l’article (purchase intent, ad recall).
Interventions de l’IA en rédaction :
- Blocs de chiffres. Les données Onclusive et BeReal étaient dispersées dans mes paragraphes. Claude Opus 5 a suggéré de les sortir en blocs. C’est de la lisibilité, pas du fond.
- Contrôle des attributions. Claude Sonnet 5 : « Pour chaque citation, vérifie que le nom, la fonction et l’entreprise correspondent à la liste que je te donne. Signale toute divergence. » Deux fonctions corrigées, dont un intitulé raccourci qui changeait le périmètre du poste.
- Test de la conclusion. La formule finale sur « désigner explicitement ce qui reste humain » est de moi. Je l’ai soumise à Claude Opus 5 avec : « cette conclusion est-elle soutenue par les neuf entretiens, ou est-ce que je la plaque ? » La réponse a signalé qu’elle était soutenue par cinq entretiens sur neuf. J’ai nuancé la formulation en conséquence plutôt que de la présenter comme un consensus.
5. Éthique, sources et hallucination
Position déclarée. L’article indique dès la première phrase que j’étais membre de l’équipe vidéo d’un partenaire média officiel du festival. Ce n’est pas un détail : cela explique l’accès, et cela signale au lecteur que je ne suis pas un observateur extérieur.
Le risque propre à cet article. Neuf entretiens de dirigeants, c’est neuf discours d’entreprise. Le danger n’est pas l’hallucination d’une IA, c’est de reproduire neuf argumentaires commerciaux en croyant faire une analyse. Deux garde-fous :
- Chaque interlocuteur est présenté avec sa position dans l’écosystème, de sorte que le lecteur puisse pondérer ses propos (le patron de Canva a intérêt à défendre la rencontre physique, le patron de RTL AdAlliance à défendre les médias européens).
- J’ai demandé explicitement à Claude Opus 5 : « quel intérêt commercial chacun de ces neuf dirigeants a-t-il à tenir ce discours ? » L’exercice a rendu l’article plus prudent sur trois passages.
Hallucinations rencontrées :
- Perplexity, en préparation, a attribué à l’un des interviewés un poste qu’il n’occupe plus. Corrigé sur LinkedIn avant tournage.
- Gemini 3 Pro, en traduisant l’entretien de Ben Moore, a rendu un chiffre de façon plus affirmative que l’original (« prouve que » au lieu de « suggère que »). Détecté au réécoute. C’est le type d’erreur le plus dangereux en traduction, parce qu’il ne se voit pas dans le texte français seul.
- Claude a proposé, dans un brouillon, un lien entre deux entretiens qu’aucun des deux interlocuteurs n’avait établi. Supprimé : une convergence que j’invente n’est plus une convergence.
Statut des chiffres BeReal. Les données citées (56 %, 85 %, +35 % de purchase intent, +23 % d’ad recall) proviennent de la plateforme elle-même, y compris quand elles s’appuient sur des études Nielsen. L’article le précise explicitement en note de fin. Ce ne sont pas des mesures indépendantes et le lecteur doit le savoir.
6. Exemples de prompts et interactions
Le prompt fondateur, celui qui a créé l’article :
Tu es analyste qualitatif spécialisé dans le traitement de corpus d’entretiens. Ton
métier est de distinguer une convergence réelle d’une généralité confortable. Tu
n’écris pas d’article, tu ne résumes pas, tu ne conclus pas.
MATÉRIAU
Neuf transcriptions d’entretiens menés par moi lors d’un festival, avec des
dirigeants de neuf secteurs différents. Chaque transcription est identifiée par le
nom de l’interlocuteur et son secteur.
CE QUE JE NE VEUX PAS
– Un résumé, entretien par entretien.
– Ce qu’ils ont « en commun » au sens large. « Ils parlent tous d’IA et d’humain »
ne vaut rien et je le sais déjà.
– Une synthèse qui moyenne les positions.
CE QUE TU PRODUIS
Existe-t-il une affirmation précise que quatre interlocuteurs au moins formulent
avec des mots différents ? Si oui, pour chacun : son nom, son secteur, et le
passage exact cité entre guillemets, sans coupe ni reformulation.
TEST DE SOLIDITÉ, À FAIRE DANS LA MÊME RÉPONSE
Désigne les entretiens qui entrent MAL dans ce cadre, et dis pourquoi. Si je dois
tordre un verbatim pour qu’il rentre, je veux le savoir : je préfère une convergence
sur quatre entretiens assumée qu’une convergence sur neuf fabriquée.
RÈGLES
– Aucune paraphrase des verbatims. Ce sont des propos publics attribués à des
personnes nommées.
– Si aucune affirmation ne réunit quatre interlocuteurs, dis-le. C’est une
information exploitable, pas un échec.
L’exigence de citer le passage exact chez chacun est ce qui distingue une vraie convergence d’une généralité. Sans elle, la réponse aurait été « ils parlent tous d’IA et d’humain », ce qui ne vaut rien. Avec elle, j’ai obtenu quatre passages précis, et l’article s’est construit dessus.
Le prompt de garde-fou, celui que je considère comme le plus important de tout ce travail :
Tu es analyste média. Tu évalues des prises de parole publiques de dirigeants. Tu
décris des intérêts économiques, pas des intentions ni des personnalités.
MATÉRIAU
Neuf dirigeants, leur entreprise, leur secteur, et la position qu’ils défendent
dans mes entretiens.
CE QUE TU PRODUIS
Pour chacun : quel intérêt commercial son entreprise a-t-elle à ce que cette
position soit vraie, ou à ce qu’elle soit crue ? En une phrase, factuelle.
INTERDITS
– Ne juge pas leur sincérité. Une position peut être sincère et intéressée.
– N’emploie aucun terme de soupçon : « prétend », « se garde bien de »,
« habilement ». Tu décris une structure d’incitation, tu n’instruis pas un procès.
– Ne conclus pas que leur propos est disqualifié. Ce n’est pas la question.
PUIS, DEUXIÈME PARTIE
Relis mon article et signale chaque endroit où je présente une de ces positions
comme un constat de marché plutôt que comme la position d’un acteur intéressé.
Cite la phrase, ne la corrige pas.
Neuf réponses, dont trois m’ont fait reformuler des passages où je présentais une position d’entreprise comme un constat de marché. L’interdiction du vocabulaire de soupçon est ce qui rend ce contrôle utilisable : sans elle, la sortie est un réquisitoire, et je ne peux rien en faire dans un article où j’ai donné ma parole à des gens qui m’ont accordé du temps. C’est devenu un contrôle que j’applique désormais à tout article reposant sur des propos de dirigeants.
Le prompt d’auto-critique sur la conclusion :
« Voici ma conclusion et les neuf entretiens. Sur combien d’entretiens cette conclusion s’appuie-t-elle réellement ? Cite-les. Si le compte est inférieur à six, dis-le-moi. »
Cinq sur neuf. J’ai gardé la conclusion mais changé sa formulation pour qu’elle n’annonce plus un consensus. La contrainte chiffrée dans le prompt est ce qui rend la réponse utilisable : sans elle, le modèle valide poliment.
L’ironie que je note pour finir. L’article démontre que la valeur se déplace vers le jugement, vers le fait de trancher parmi des possibilités infinies. Toute cette note décrit exactement ça : les outils ont produit des options, des listes, des convergences candidates. Aucun n’a décidé lesquelles garder.
L’article associé
Cannes Lions 2026 : l’IA était partout, sauf au moment de choisir
Portée de cette note
Les prompts cités sont reproduits dans leur formulation de travail. Les outils sont nommés avec leur version et leur formule d’abonnement à la date de rédaction de l’article, et non à la date de lecture de cette note : les modèles cités sont ceux qui étaient disponibles à ce moment-là.