Authenticité ou dilution ? Ce que la Gen Z impose aux marques de beauté
Sur TikTok, une routine skincare postée par une inconnue de 17 ans peut faire décoller les ventes d'une crème plus vite qu'une campagne à sept chiffres. C'est l'un des points de départ de ma thèse professionnelle : comprendre comment les marques de beauté construisent leur résonance culturelle auprès de la Gen Z française, en s'appropriant ses codes sur les réseaux sociaux — sans perdre leur identité en chemin.
Un exercice d’équilibriste
La Gen Z ne se laisse pas séduire par un simple placement produit ou un logo apposé sur un partenariat tendance. Elle sait détecter le décalage entre ce qu’une marque dit et ce qu’elle est réellement. D’où la problématique centrale de ce travail : comment les marques de beauté construisent-elles leur résonance culturelle auprès de la Gen Z française en s’appropriant ses codes sur les réseaux sociaux ?
Le terme « résonance culturelle » est volontairement choisi plutôt que « légitimité culturelle » : il n’implique pas de jugement de valeur et s’applique aussi bien à une marque patrimoniale qu’à une marque digitale native qui n’a jamais eu besoin de se réinventer pour parler à cette génération.Car c’est bien là tout l’enjeu : reprendre les codes de la Gen Z (humour, transparence, esthétique brute, storytelling communautaire) est nécessaire pour exister dans son fil d’actualité — mais en abuser fait courir un risque réel de dilution identitaire. Une marque qui copie sans filtre les tendances du moment finit par ressembler à toutes les autres, et perd justement ce qui faisait sa singularité.
Quatre marques, quatre trajectoires
Pour explorer cette tension, la thèse s’appuie sur quatre études de cas volontairement contrastées :
– La Roche-Posay, marque dermo-cosmétique historiquement clinique, devenue malgré elle une référence sur #SkinTok grâce à une appropriation communautaire inattendue de ses produits.
– Lancôme, maison patrimoniale qui retravaille activement sa stratégie Gen Z (son activation glocale avec Aya Nakamura en est un exemple concret).
– Fenty Beauty, référence absolue de la marque digital native pensée dès l’origine pour cette génération, sans effort de « traduction » à fournir.
– Yves Rocher, marque française installée mais aujourd’hui en difficulté pour retrouver sa pertinence auprès de ce public — un contre-exemple révélateur des pièges à éviter.
Ce panel permet de comparer des logiques radicalement différentes : l’appropriation subie, la reconquête volontariste, la légitimité native, et le décrochage.
Une thèse pensée pour l’industrie
Pour ancrer cette réflexion dans la réalité du secteur et pas seulement dans la théorie, cinq experts ont été interviewés : professionnels de l’influence marketing, de la production audiovisuelle luxe, de la stratégie digitale responsable, du social media, et un regard interne à TikTok sur les problématiques skincare. Leurs témoignages sont directement intégrés à l’analyse plutôt que relégués à une section à part.
L’objectif final n’est pas de dresser un constat descriptif de plus sur « la Gen Z et les réseaux sociaux », mais de livrer un outil opérationnel : une grille d’évaluation permettant à une marque de situer sa propre stratégie entre authenticité et dilution, et d’identifier où elle se place sur ce curseur.Cette thèse, défendue en septembre, est aussi une manière pour moi d’affiner ma vision de la communication de marque dans l’univers cosmétique — un secteur où l’image, la création et la culture comptent autant que les chiffres.