Dans son article Prune WAQUE a interviewé 5 spécialistes en science du sport. Les thématiques sont variées d’un spécialiste à l’autre : prévention des blessures, optimisation et personnalisation des programmes d’entrainement en passant par la nutrition. Dans son dernier point, elle évoque la collecte de données concernant la situation de handicap de certains sportifs. Elle indique que ces données sont des données de santé qui font l’objet d’une protection renforcée.

Sur le blog du MBADMB beaucoup d’articles traitent du sujet des datas dans le sport, de la digitalisation du sport ou encore de l’utilisation de l’IA dans ce domaine. Très peu en revanche se sont penchés sur les limites éthique de cette utilisation et la protection de ces données.

L’utilisation croissante des données dans le sport soulève d’importants enjeux éthiques. Bien que la technologie offre de nombreux avantages, elle pose également des questions cruciales sur l’équité, l’intégrité du sport et la vie privée.

L’inégalité technologique dans la collecte des données

Femme biométrique qui fait du sport.

Le premier point, peut-être le plus évident est celui de l’accès à ces nouvelles technologies. Les outils d’analyse de données peut créer un réel déséquilibre entre les équipes et les athlètes qui peuvent se les offrir et ceux qui n’en ont pas les moyens. L’équité est une des grandes valeurs du sport. Néanmoins, la data n’est pas le seul problème d’équité. Il est important de nuancer ce point, les inégalités existent déjà dans les infrastructures, les équipements ou même les équipes de coaching.

Le risque de biais algorithmiques

Les systèmes d’IA utilisés pour détecter les talents ou optimiser les performances peuvent intégrer des biais. Cela pose la question de l’objectivité réelle de ces technologies et de leur impact potentiellement discriminatoire. Il est essentiel de s’assurer que ces technologies ne perpétuent pas de discriminations et restent objectives dans leur évaluation des athlètes.

La collecte des données : une perte d’authenticité ?

Certains reprocheront à la surutilisation des données une dénaturation de l’essence même du sport. En effet, l’excès d’analyses pourrait nuire à la beauté du jeu, à l’imprévisibilité, à l’intuition ou même à l’émotion qu’elle procure. Cela reste néanmoins le cas dans toute progression technique. Dans le patinage artistique par exemple, les progrès de rotations des sauts triples à quadruples qui sont mieux notés ainsi que les changements de réglementations pour favoriser des sauts toujours plus impressionnants techniquement crée de nombreux débats. Certains reproche une perte de la beauté, de « l’artistique » au sein même du sport.

Femme qui fait du sport.

Data et vie privée : un point à ne pas négliger

Les dispositifs connectés collectant des données de santé des athlètes sont de plus en plus répandus. L’accès et l’utilisation de ces informations sensibles soulèvent des inquiétudes quant au respect de la vie privée. Des fuites de données médicales ont déjà eu des conséquences négatives pour certains sportifs.

Les risques de vulnérabilités et de cyberattaques

Les incidents de piratages se font de plus en plus fréquents. Les clubs sportifs sont des cibles privilégiées. La FFF a été victime d’une cyberattaque en mars 2024, entrainant le vol de données personnelles de 1,5 million de licenciés. Le vol ne concernait « que » les noms, prénoms, dates de naissance, adresses et numéros de téléphones des licenciés. Mais les données collectées dans le monde du sport peuvent être bien plus confidentielles. en 2016, le groupe de hackers russes Francy Bears accède à la base de données de l’Agence Mondiale Antidopage et accède ainsi à plusieurs dossiers médicaux. A la suite de ces révélations, Simones Biles gymnaste est par exemple accusée de dopage alors qu’elle était sous traitement médical pour soigner des troubles de déficit de l’attention : le dossier médical mentionnait son traitement mais pas sa cause.

Les conséquences des fuites de données

Les fuites de données peuvent avoir des conséquences graves pour les athlètes et les organisations sportives. Elles exposent les victimes à des risques d’usurpation d’identité et d’hameçonnage ciblé. En outre, ces incidents peuvent nuire à la réputation des organisations sportives et éroder la confiance des athlètes et des fans, comme cela fut le cas pour Simone Biles. La santé mentale des athlètes peut aussi être fortement impactée ce qui aura des répercussions sur ses performances.

La réglementation : un exception européenne ?

Le Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD) joue un rôle crucial dans la régulation de la collecte et de l’utilisation des données personnelles dans le sport. Il impose des règles strictes aux organisations sportives, notamment l’obligation d’obtenir un consentement éclairé et de protéger les données des athlètes. Le non-respect de ces réglementations peut entraîner de lourdes sanctions. Il est toutefois important de souligner que tous les athlètes ne sont pas soumis au même degré de protection, le RGPD encadre uniquement les européens.

Vers un « fair-play » technologique ?

Femme qui s'étire.

Face à ces défis, il est crucial de développer une « éthique de l’usage » des données dans le sport. Cela implique de :

  • Établir des règles claires sur la collecte et l’utilisation des données
  • Garantir un accès équitable aux technologies d’analyse
  • Former les acteurs du sport aux enjeux éthiques du numérique
  • Préserver l’intégrité et les valeurs fondamentales du sport

En conclusion, si la data offre d’immenses opportunités pour le sport, son utilisation doit être encadrée pour préserver l’équité, la vie privée et l’essence même de la compétition sportive. C’est à cette condition que la révolution des données dans le sport sera véritablement bénéfique pour tous.