L’IA nous fait-elle vraiment gagner du temps ? Ce que Co-Intelligence change dans notre façon de travailler

Depuis l’arrivée de ChatGPT, Gemini, Claude… l’intelligence artificielle générative est souvent présentée comme une machine à gagner du temps : rédiger plus vite, analyser davantage de données, automatiser les tâches répétitives… Mais si l’IA nous permet de faire plus en moins de temps, est-ce vraiment du temps que nous gagnons ? Dans Co-Intelligence, Ethan Mollick propose une autre manière de regarder l’IA : non pas comme un simple outil, mais comme un partenaire de travail. Une approche qui invite à repenser notre rapport à la productivité.

L’IA n’est plus seulement un outil

Publié en 2024 chez Portfolio, Co-Intelligence: Living and Working with AI est l’ouvrage d’Ethan Mollick consacré à la manière dont l’intelligence artificielle générative transforme notre façon de travailler et d’apprendre. Le livre compte 256 pages. Kirkus Reviews

Ethan Mollick est professeur de management à la Wharton School de l’Université de Pennsylvanie et codirecteur du Generative AI Lab. Ses recherches portent notamment sur l’innovation, l’entrepreneuriat et les conséquences de l’IA sur le travail et l’éducation. Knowledge at Wharton

Le livre paraît dans un contexte particulier. Depuis le lancement de ChatGPT fin 2022, l’IA générative est passée en quelques mois d’un sujet technologique à un véritable sujet de société et de transformation des entreprises.

Face à cette accélération, Mollick propose de changer notre manière de considérer ces technologies.

Son concept central est celui de « co-intelligence » : l’IA ne serait pas simplement un outil que l’on utilise ponctuellement, mais une forme de partenaire avec lequel nous pouvons collaborer. Il propose notamment de considérer l’IA comme un collègue, un coach, un tuteur ou encore un partenaire créatif. Knowledge at Wharton

Cette idée est intéressante parce qu’elle déplace la question.

Au lieu de demander :

« Que peut faire l’IA à ma place ? »

il faudrait peut-être commencer à demander :

« Que puis-je faire différemment avec l’IA ? »

Une intelligence à laquelle il faut apprendre à collaborer

L’un des intérêts du livre est de ne pas présenter l’IA comme une technologie parfaite.

Mollick encourage au contraire l’expérimentation. Son approche consiste à tester l’IA sur différents types de tâches pour comprendre progressivement ce qu’elle sait faire, mais aussi ce qu’elle fait mal. Stanford résume notamment l’une de ses recommandations par l’idée d’« inviter l’IA à la table » : l’utiliser dans différents contextes pour découvrir ses forces et ses limites. École de commerce de Stanford

Cette approche me semble particulièrement pertinente dans le monde professionnel.

Prenons une tâche relativement simple : rédiger un compte rendu.

L’IA peut transcrire une réunion, identifier les décisions prises et proposer une synthèse. Mais elle ne sait pas nécessairement déterminer quelle décision est réellement stratégique pour une équipe, quelle tension existe entre deux personnes ou quel sujet mérite d’être remonté à la direction.

L’IA accélère certaines opérations. Elle ne remplace pas automatiquement le contexte, le jugement et la responsabilité.

C’est probablement l’un des enseignements les plus intéressants du livre.

Le paradoxe du temps gagné

C’est ici que Co-Intelligence rejoint particulièrement ma réflexion autour de l’automatisation.

On nous promet souvent que l’IA va nous faire gagner du temps.

Mais imaginons qu’une tâche qui prenait deux heures n’en prenne désormais que vingt minutes.

Que faisons-nous des 1 h 40 restantes ?

Est-ce que nous terminons plus tôt ?

Ou est-ce que nous ajoutons immédiatement de nouvelles tâches à notre journée ?

C’est ce paradoxe qui m’intéresse le plus.

La technologie peut augmenter notre productivité sans nécessairement réduire notre charge de travail.

On peut produire davantage, répondre plus rapidement, multiplier les projets… et finalement avoir l’impression de manquer toujours autant de temps.

Des analyses récentes du déploiement de l’IA en entreprise vont d’ailleurs dans ce sens : les gains obtenus sur certaines tâches peuvent être limités lorsque les processus autour de ces tâches ne sont pas repensés. Le problème n’est alors plus seulement la vitesse d’exécution, mais l’organisation globale du travail. Financial Times

L’IA comme amplificateur plutôt que comme remplaçant

C’est également ce qui rend la notion de co-intelligence intéressante.

L’objectif ne serait pas nécessairement de remplacer l’humain, mais de l’augmenter.

Un collaborateur peut utiliser l’IA pour explorer davantage d’idées. Un étudiant peut s’en servir comme tuteur. Un entrepreneur peut tester différentes hypothèses. Un professionnel peut accélérer une première analyse ou automatiser certaines tâches répétitives.

Mais plus l’IA produit rapidement, plus notre capacité à vérifier, sélectionner et contextualiser devient importante.

C’est là que se trouve, à mon sens, une nouvelle compétence essentielle : savoir travailler avec l’IA plutôt que simplement savoir l’utiliser.

Et cette distinction est importante.

Savoir écrire un prompt ne suffit pas.

Il faut aussi savoir poser le bon problème, évaluer la réponse et décider quoi en faire.

Mais faut-il vraiment chercher à tout automatiser ?

C’est probablement là que je prends un peu de distance avec une vision trop enthousiaste de l’IA.

L’automatisation est particulièrement intéressante lorsqu’elle permet de supprimer une tâche répétitive ou chronophage qui apporte peu de valeur.

Mais tout automatiser n’est pas nécessairement souhaitable.

Une réflexion récente sur l’IA au travail souligne justement que les entreprises obtiennent de meilleurs résultats lorsqu’elles commencent par comprendre et repenser leurs processus avant d’y appliquer de l’IA. Financial Times

Cela me paraît être une bonne règle :

Ne pas automatiser parce que c’est possible. Automatiser parce que cela a du sens.

L’objectif ne devrait donc pas être de supprimer systématiquement l’intervention humaine.

Il devrait être de permettre aux humains de consacrer davantage de temps à ce que la machine maîtrise moins bien : comprendre, décider, créer, négocier, contextualiser et prendre des responsabilités.

Mon avis : le vrai gain n’est peut-être pas le temps

Ce que je retiens surtout de Co-Intelligence, c’est que la question du gain de temps est finalement peut-être trop simple.

L’IA peut clairement accélérer certaines tâches. Elle peut également nous permettre de réaliser des choses qui nécessitaient auparavant davantage de temps, de compétences ou de ressources.

Mais gagner du temps ne signifie pas automatiquement avoir plus de temps.

C’est la manière dont nous réinvestissons ce temps qui fait la différence.

Pour moi, le véritable intérêt de l’IA n’est donc pas de transformer chaque minute économisée en une nouvelle tâche à accomplir.

C’est de pouvoir consacrer davantage de temps aux tâches qui ont réellement de la valeur.

Et c’est peut-être là que se trouve le véritable enjeu de l’IA au travail : passer d’une logique de productivité à une logique de pertinence.

Conclusion

Avec Co-Intelligence, Ethan Mollick propose moins une vision futuriste de l’intelligence artificielle qu’une invitation à expérimenter.

L’IA peut devenir un collègue, un coach, un tuteur ou un assistant. Mais elle reste imparfaite et nécessite une supervision humaine. Plusieurs critiques du livre soulignent d’ailleurs cette nécessité de conserver un contrôle humain, notamment parce que les systèmes peuvent produire des informations erronées ou créer une forme de dépendance. Kirkus Reviews

La question n’est donc peut-être plus :

« L’IA va-t-elle nous remplacer ? »

Mais plutôt :

« Qu’allons-nous faire du temps et des capacités que l’IA nous permet de libérer ? »

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Lise Cassen
Cheffe de projet CRM – Carrefour | Étudiante à l’EFAP en MBA DMB, parcours IA & Data

Toujours curieuse de comprendre ce qui se cache derrière les nouveaux usages digitaux, je m’intéresse particulièrement à l’impact de l’IA sur notre quotidien et notre manière de travailler. Je teste, j’explore, je questionne… et surtout, j’essaie de comprendre ce que nous gagnons réellement à laisser l’IA prendre une place grandissante dans nos vies.

Ce blog est mon terrain d’exploration : un espace pour partager mes découvertes, mes réflexions et mes apprentissages autour de l’IA et du digital.