L’article de Fanny Carpio consacré à l’ouvrage À quoi rêvent les algorithmes ? Nos vies à l’heure des big data de Dominique Cardon met en lumière une idée centrale : nous vivons désormais dans une « société des calculs », où nos actions numériques sont continuellement analysées, classées et exploitées.
Si cette analyse est claire et pédagogique, elle mérite d’être prolongée par une réflexion plus critique : les algorithmes influencent-ils simplement nos comportements… ou participent-ils activement à les fabriquer ?
Article source :
https://blog.mbadmb.com/fiche-de-lecture-a-quoi-revent-les-algorithmes-nos-vies-a-lheure-des-big-data/
Une société guidée par la donnée : réalité ou exagération ?
Fanny Carpio reprend l’idée de Cardon selon laquelle chaque interaction (clic, like, achat) devient une donnée utilisée pour orienter nos expériences en ligne.
Mais cette vision, bien que pertinente, peut sembler parfois un peu déterministe. Elle laisse entendre que les individus seraient largement passifs face aux systèmes algorithmiques.
Or, cette interprétation mérite d’être nuancée. Les utilisateurs ne sont pas uniquement des cibles : ils développent aussi des stratégies (contourner les recommandations, diversifier leurs sources, ignorer certaines suggestions). Les algorithmes influencent, mais ne contrôlent pas totalement.
Autrement dit :
nous ne sommes pas seulement gouvernés par les algorithmes, nous interagissons en permanence avec eux.
L’illusion de neutralité : un problème… mais pas le seul
L’article insiste à juste titre sur un point fondamental :
les algorithmes ne sont pas neutres.
Ils reflètent des choix humains (objectifs économiques, critères de performance, logique d’engagement).
Cependant, la critique peut aller plus loin.
Le véritable enjeu n’est peut-être pas seulement l’absence de neutralité, mais plutôt :
- l’opacité des systèmes (on ne comprend pas comment ils fonctionnent),
- leur omniprésence (ils sont partout),
- et surtout leur capacité à normaliser nos comportements.
Comme le souligne Cardon, ces systèmes ne se contentent pas de représenter le monde :
ils contribuent à le structurer et à orienter nos choix.
Des algorithmes qui prédisent… ou qui enferment ?
Un des points les plus intéressants évoqués est celui des algorithmes prédictifs.
Ces derniers anticipent nos comportements futurs à partir de nos données passées. Mais cela pose une question essentielle :
Peut-on encore être libre dans un système qui nous renvoie constamment à ce que nous avons déjà été ?
En favorisant des contenus similaires à nos habitudes, les plateformes créent ce qu’on appelle une « bulle de filtres ».
Résultat :
- moins de diversité,
- moins de surprise,
- et parfois un enfermement dans des préférences figées.
Les algorithmes ne prédisent pas seulement le futur :
ils tendent à le réduire au probable.
Un paradoxe au cœur du marketing digital
Fanny Carpio souligne un point particulièrement intéressant pour les professionnels du digital :
les algorithmes sont à la fois des outils puissants… et des systèmes potentiellement limitants.
Dans le marketing :
- on utilise la data pour mieux cibler,
- mais ce ciblage peut aussi enfermer les consommateurs dans des profils rigides.
Cela pose une vraie question éthique :
faut-il optimiser la performance ou préserver la liberté de choix ?
Conclusion : comprendre ne suffit plus, il faut reprendre le contrôle
L’article de Fanny Carpio a le mérite de rendre accessible une problématique complexe. Mais aujourd’hui, le simple fait de comprendre les algorithmes ne suffit plus.
Le véritable enjeu est ailleurs :
- développer un regard critique,
- exiger plus de transparence,
- et surtout rester acteur de ses choix numériques.
Car au fond, la vraie question n’est peut-être pas :
« À quoi rêvent les algorithmes ? »
Mais plutôt :
dans quelle mesure acceptons-nous de rêver selon leurs règles ?
Merci Fanny Carpio, étudiante en MBA DMB pour cet article !
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