Le désenchantement de l'internet, l'ouvrage qui pointe les atteintes du web à la démocratie

desenchantement-internet

Romain Badouard retravaille à sa manière le fameux concept du « désenchantement » initialement évoqué par Max Weber, pointant le transfert d’un monde vers l’autre. Des vœux de libération et de changement profond à travers l’outil du web, il ne reste à présent seulement qu’un « véritable champ de ruine » allant de fausses rumeurs et fausses informations (fake news), cyberharcèlement et bataille de notoriété. Pour appuyer cette hypothèse, Romain Badouard se focalise sur la présence grandissante du web dans bon nombre de sujets politiques. C’est pour cela qu’il réserve son propos à la « nouvelle guerre de l’information », soit aux enjeux de la participation au débat sur internet. Il invite alors à appréhender les modes de communication émergeants sur le web et la façon dont divers partie prenantes (citoyens, États, entreprises privées) essayent de s’accaparer cette nouvelle zone sociale, qui manque encore beaucoup de régulation.

Chapitre 1 : La propagande intérieure

Dans le premier chapitre, l’auteur met en lumière le rôle du web dans les conséquents changements de place des médias traditionnels. Le développement du « web 2.0 » peut être identifier grâce à de nouvelles pratiques via la création et le partage de contenus par les internautes (principalement via les blogs et réseaux sociaux). Ressassant la montée significative et éclaire de la quantité d’internautes depuis les années 2000, l’auteur pointe le risque d’un « enfermement idéologique » qui existe, notamment, via la façon dont les bloggeurs politiques se référencent entre eux. La navigation se faisant beaucoup de lien en lien, surtout au milieu des années 2000, l’enferment idéologique pouvait se faire très rapidement. Ce constat alarmant, pour Romain Badouard, est appuyé par le phénomène de hiérarchisation de l’information exécuté par les moteurs de recherche (Google notamment).

Chapitre 2 : La brutalisation du débat

Dans le deuxième chapitre du livre, Romain Badouard évoque un tout autre phénomène qu’il nomme la « brutalisation du débat » dans les commentaires d’articles de presse ou sur les réseaux sociaux. Il épie les causes et les conséquences du ton majoritairement hargneux utilisé dans les échanges qui traitent de près ou de loin à la politique, et qui de fait, est nocif pour la qualité du débat sur internet. Dans ces discours, la normalité est celle d’une friction fréquemment violente, fortement permise par les le caractère d’anonymat sur ces plateformes qui permettent autant ces paroles virulentes. La provocation fait tout autant partie des moyens à disposition de certains internautes souhaitant exister, se faire entendre, pour ne citer que cela en tweetant quelque chose de volontairement polémique.

Chapitre 3 : Nouvelles voix, nouvelles muselières

Le troisième chapitre fait l’objet d’un raisonnement plus large sur la place des grandes firmes et acteurs de l’internet et du web. Le numérique s’est effectivement construit de « la rencontre entre la contre-culture libertaire des pionniers de l’internet et le capitalisme libéral ». La quantité d’information en ligne ne s’arrête pas de grandir et, de fait, annonceurs et internautes sont à la recherche constante de nouveaux moyens, de nouvelles techniques à exploiter, dans le but capter l’attention. L’auteur évoque alors les moyens permettant de gagner en visibilité, la contrainte que rencontre les entreprises avec les logiques de référencement, de longue traine, l’algorithme de Google « PageRank », qui classe le positionnement des sites lorsqu’il répond à une recherche d’un internaute. Ce que Romain Badouard montre aussi, c’est la contre-vérité inconsciente qui viserait à dire que les contenus sur internet sont gratuits. Il montre en quoi ceci est faux et que l’économie du clic répond au même logiques qu’une économie plus traditionnelle. La gratuité d’internet n’existe pas, l’information a un coût. Cette économie du clic se fonde sur la récupération et la marchandisation de données générées par les utilisateurs à travers leur navigation. Les algorithmes, grâce à leur invisibilité, leur caractère immatériel, et leur neutralité présupposée, bénéficient d’un traitement de faveur assez favorable au vu du projet politique qu’ils représentent en soit et de la menace qu’ils peuvent représenter pour la démocratie, pour le débat public, et pour la pluralité des idées.

Chapitre 4 : Clique toujours

Dans le chapitre suivant, la réflexion se poursuit via l’étude des nouveaux types de mobilisation en ligne et de participation au débat publique. Des hashtags tendances aux pétitions, le traitement des sujets politiques est complètement transformé par l’essor des plateformes digitales.

Chapitre 5 : Reprendre possession de l’internet

L’ultime chapitre « Reprendre possession de l’Internet », invite à s’intéresser aux résistances et batailles menées par divers citoyens face aux grands noms, responsables en grande partie de ce que l’on peut appeler la « privatisation de l’internet ». Il prend pour exemple les merveilleux travaux d’Edward Snowden ou encore Julian Assange. Ces exemples permettent de mettre en lumière à la fois ce que le web peut apporter de bénéfique à la société et à la démocratie, au journalisme, et en même temps, les limites très soigneusement fixées par les Etats et grandes entreprises, qui savent faire en sorte de ne pas perdre le pouvoir et le contrôle qu’ils exercent.