Aujourd’hui le digital a pris une place prépondérante sur le marché médiatique. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’ai choisi de me spécialiser dans ce domaine via le MBA DMB. Julia Suzzi et Alexandre Monnier, consultants social media chez Havas Play à Toulouse ont accepté de répondre à mes questions autour de leur métier et de l’évolution des publicités sur les réseaux sociaux.
Pouvez-vous expliquer votre métier de façon synthétique ?
Alexandre Monnier : Julia et moi, on est consultants social media pour le groupe Havas. En gros, on s’occupe de toutes les campagnes publicitaires sur les réseaux sociaux.
Julia Suzzi : On a un rôle à la fois de consultants parce qu’on accompagne le client dans sa stratégie, et un rôle opérationnel parce qu’on pilote les campagnes. Ces deux métiers sont souvent splités […] c’est notre petite particularité au sein du groupe.
Quels sont vos parcours professionnels et scolaires ?
JS : J’ai un master école de commerce à l’ESC de Pau. Ensuite, je suis allée à Paris, parce que je voulais travailler dans le marketing et la communication. J’ai fait divers stages, notamment chez Dim au service retail et dans l’analyse de la data chez GFK au service vidéo. Le jour où j’ai cherché mon premier job, j’ai été recruté tradeuse sur les réseaux sociaux. C’était de nouveaux jobs, donc personne ne faisait ça et je n’avais aucune idée du quotidien. J’étais responsable du pôle, et on était au maximum quatre personnes. C’était vraiment le début de ces métiers. On avait énormément de clients à quatre, je pense que je faisais quatre fois plus que ce qu’on gère aujourd’hui à deux. Donc la charge de travail était compliquée et j’ai dû aller ensuite me faire la main dans un groupe plus structuré. Aujourd’hui ça fait cinq ans que je suis chez Havas.
AM : De mon côté, j’ai fait un DUT GEA donc c’était très général. Suite à ça, je me suis spécialisé avec une Licence Information et Communication. Après j’ai fait un master en marketing d’influence et communication digitale. On voyait vraiment tous les aspects de la communication et du marketing sur la partie digitale, sauf le paid social qui n’est pas enseigné dans la majorité des masters et qui s’apprend en fait réellement quand tu commences à travailler.
Finalement vous avez été formés sur le tas ?
AM : Oui, tout à fait.
JS : Oui globalement, à l’époque pour ma part, c’était vraiment un tout nouveau poste. Ce n’était pas cadré, donc on faisait tout. En fait tout le monde apprenait, même les responsables d’entreprise apprenaient à évoluer avec ces nouveaux métiers. C’est pour ça qu’il y a eu une phase où tu n’étais pas staffé, parce que tu as tellement de demandes que quand tu es une start up, tu mets du temps à recruter, à former des équipes, à te former tout court. Donc ça a été une période très cool, mais aussi trop intense.
Comment la publicité digitale a-t-elle détrôné les médias traditionnels et quel est votre avis ?
JS : C’est tellement plus simple à mettre en route ! Nous en dix minutes la campagne est setupée et lancée, j’exagère mais la télé il faut s’y prendre six mois avant. On n’est pas sur les mêmes budgets, -je ne suis pas pour du tout mais- je trouve que le digital te permet de faire des campagnes par exemple à trois-mille euros, chose que les autres médias plus traditionnels ne permettaient pas. De plus, l’audience elle est sur internet aujourd’hui.
AM : Ça permet d’ouvrir la publicité à une multitude d’acteurs, pour lesquels il n’était pas permis d’avoir des médias classiques. C’était vraiment trop cher pour des petites start up ou des marques qui sont en train de naître et qui n’ont pas assez de budget pour faire de la télé ou de la presse écrite.
JS : J’ajoute qu’on a des solutions de ciblage qui n’existaient pas chez les médias traditionnels. Aujourd’hui on peut faire des choses qui sont quand même impressionnantes. Nous on va nous demander d’aller toujours plus loin, on va être très sollicités. A budget équivalent, je trouve qu’on va nous en demander plus à nous que ce soit dans le quotidien, la relation client, les restitutions ou les performances. Parce que en fait, ce sont des choses sur lesquelles les clients sont certainement plus à l’aise, comme ils ont au moins un réseau social ça leur parle. Ils connaissent donc ils ont besoin d’avoir les performances de quelque chose qu’ils maîtrisent, qu’ils peuvent voir de leurs propres yeux.
Quel est votre avis sur l’IA ? Vous êtes plutôt contents ? Vous avez peur ?
JS : Pas peur par rapport au métier, parce que je pense qu’il n’est pas là le temps où les robots dirigent la planète. Personnellement, je n’ai pas forcément peur d’être chahutée par l’IA dans mon quotidien, au contraire ! Et je pense qu’on a justement des jobs qui vont évoluer et qui ne vont pas s’arrêter, parce qu’on a une expertise, un œil aguerri sur tout ce qui se passe sur les réseaux sociaux. La réalité, c’est qu’aujourd’hui, ce sur quoi les gens se connectent, je ne sais combien de fois par jour, ce sont les réseaux sociaux. Donc l’avenir du média c’est clairement les réseaux sociaux. On le voit, ce sont les seuls en croissance à nos chiffres. Années après années, ce sont les seuls qui ont des évolutions d’utilisateurs actifs mensuels énormes. Comme c’est le cas pour Meta, alors qu’on pourrait penser qu’il stagne. En tout cas, je ne m’en fais pas du tout pour notre métier, si on veut rester dans cette branche.
AM : Il faut le prendre comme une plus-value qui va nous aider à améliorer les performances des campagnes, etc. A titre d’exemple, quand TikTok est arrivé, c’était il y a quatre ou cinq ans, tout le monde se demandait « c’est quoi ce truc ? ». Au final, aujourd’hui tout le monde est dessus et s’y connecte dix fois par jour. Donc, il faut laisser un peu de temps, et l’IA est déjà en train de se mettre en place dans différents métiers.
JS: Pour compléter, même dans notre entreprise, côté Havas Play, l’IA a été intégrée. On a eu des formations sur comment l’utiliser, notamment ChatGPT et DALL-E pour cadrer les choses.
Est-ce que vous sentez que les campagnes en social media sont plus demandées ? Que vous êtes plus sollicités ?
AM : Oui tout à fait, moi j’ai été recruté parce qu’il y avait des clients en plus.
Quelque chose à ajouter ? Par rapport à l’évolution du marché ou est-ce que vous pensez que les différents médias vont disparaitre ?
JS : Non, je ne pense pas qu’ils vont disparaître, après tout évolue. Mais c’est sûr que les réseaux sociaux sont le média numéro un dans le monde actuellement.
AM : Il y a un truc qu’on n’a pas abordé, c’est le cadre juridique autour des réseaux sociaux. Comme on est dans l’Union Européenne il y a des questions RGPD etc. On a pas mal de lois qui s’installent au fur et à mesure du temps, pour protéger les utilisateurs. Et du coup, nous ça nous restreint sur certains ciblages, donc c’est à prendre en compte et ça va surement évoluer dans les prochaines années…
Pour conclure
On retiendra de cet entretien avec Julia Suzzi et Alexandre Monnier, tous deux experts sur le levier social, que la publicité sur ce levier a évolué très rapidement et s’est intensifié ces dernières années post covid. Et ce pour les différentes raisons abordées tout au long de l’entretien tels que les coûts, le ciblage, la rapidité de mise en route, l’évaluation des campagnes, l’évolution des comportements chez les utilisateurs… Ainsi, le secteur professionnel s’est adapté aux évolutions du marché avec notamment le métier de consultant en social média. Le secteur reste cependant truffé de règles et se durcit de jour en jour sur les questions RGPD comme l’a évoqué Alex en fin d’entretien…
Pour en savoir + :
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Et vous trouverez ma note méthodologique ici.