IA agentique et Brand Content : ce que VivaTech 2026 m’a appris sur H Company
Cette année, j’ai eu la chance d’aller au salon n°1 de l’innovation et des nouvelles technologies en Europe, Vivatech ; dans le cadre de mon MBA Spécialisé Digital Marketing & Business à l’EFAP, aux côtés de La French Tech Grand Paris. Ma mission : suivre une scale-up du pavillon, explorer son marché sur le salon, et en tirer une analyse sectorielle. La scale-up que j’ai choisie s’appelle H Company.
H Company : la pépite française de l’IA agentique
Fondée en 2023 à Paris par Charles Kantor et quatre anciens chercheurs de DeepMind, H Company s’est spécialisée dans ce qu’on appelle l’IA agentique. Autrement dit, des agents intelligents capables d’agir de façon autonome dans des environnements numériques réels. Pas simplement de générer du texte ou de l’image. Plutôt opérer dans des logiciels, comme le ferait un collaborateur humain.
Son produit phare, c’est Holo3. Un modèle de vision-langage entraîné pour voir un écran, comprendre ce qui s’y passe, et exécuter des actions précises (cliquer, naviguer, copier, transférer des données entre applications…). En 2026, il est classé n°1 mondial sur le benchmark OSWorld-Verified, le standard de référence pour évaluer les agents IA en conditions réelles.
Côté financement, H Company a levé 220 millions de dollars en seed en 2024, la plus grosse levée jamais réalisée en Europe pour l’IA à ce stade de développement ! Elle compte aujourd’hui 90 collaborateurs et dispose de bureaux à Paris, Londres et New York.
Sur le salon, c’est le CEO Gauthier Cloix qui représentait la scale-up. Et ce qui m’a frappée en l’écoutant, c’est la clarté de sa vision : H Company ne cherche pas à remplacer les humains sur les décisions créatives ou stratégiques. Elle veut automatiser tout ce qui se passe entre ces décisions : tâches répétitives, manipulations multi-outils, transferts inter-logiciels… Ce qu’ils appellent l' »Autonomous Enterprise ».
Ce que j’ai observé sur le salon : des innovations qui parlent directement à mon métier
Je suis alternante dans l’équipe Brand Content d’une marque de cosmétique premium. Mon quotidien, c’est la conceptualisation et la production de contenu. Visuels, textes, déclinaisons formats, gestion d’assets de marque, benchmarks… Et honnêtement, une bonne partie de mon temps part dans des tâches qui n’ont rien de créatif (uploader des visuels dans le DAM avec les bons tags, vérifier les intitulés de fichiers, benchmark créatif…). C’est exactement là que H Company entre en jeu.
Mais ce qui m’a vraiment ouvert les yeux à VivaTech, c’est de voir L’Oréal présenter CreAItech. C’est leur plateforme interne de génération de contenu par IA, combinant des modèles de Google, Adobe et Seedance pour produire des assets de marque à grande échelle. L’Oréal ne teste plus, le groupe industrialise.
J’ai redécouvert Perfect Corp., leader mondial de l’AR et de l’IA beauté, qui présentait son « Beauty AI Agent », compatible Claude et ChatGPT via une intégration Agent-to-Agent (A2A). Concrètement, une marque peut désormais brancher de l’intelligence beauté spécialisée directement dans ses propres agents IA. Et c’est là que le lien avec H Company devient évident : un agent Holo3 pourrait orchestrer ces briques entre elles, automatisant toute la chaîne de production (de la génération du visuel à sa publication sur les bonnes plateformes).
Les concurrents : qui se positionne sur le même terrain ?
Sur le salon, plusieurs acteurs gravitent autour du même segment que H Company, avec des approches différentes.
Dans le pavillon French Tech Grand Paris, Prisme.ai se positionne comme l' »OS agentique » pour grandes entreprises. Une plateforme d’orchestration d’agents IA au cœur du système d’information, déjà déployée chez Crédit Agricole, Bouygues ou EDF par exemple. Là où H Company développe ses propres modèles de computer use, Prisme.ai se positionne davantage sur la couche d’orchestration. Les deux approches sont complémentaires autant que concurrentes.
LightOn, également dans le pavillon, propose un moteur de retrieval pour agents IA — il connecte les agents aux données internes de l’entreprise. Et Reply, groupe européen présent dans le Hall 7, montrait des agents capables d’orchestrer des processus métiers complexes via une architecture en graphe.
Côté marché beauté spécifiquement, Perfect Corp. et Haut.AI (analyse de peau IA, déployée chez plus de 130 marques dont Neutrogena et Beiersdorf) sont les acteurs à surveiller de près. Ces deux sociétés ne font pas la même chose que H Company, mais elles s’adressent aux mêmes décideurs dans les groupes cosmétiques.
Ce que ça change pour le Brand Content : mon analyse
Ce que VivaTech 2026 m’a confirmé, c’est que la génération de contenu par IA est désormais un acquis. La vraie compétition se joue maintenant sur la capacité à orchestrer ces outils entre eux : c’est précisément là que l’IA agentique, comme celle que développe H Company, devient stratégique.
Pour un pôle Brand Content dans la cosmétique premium, ça soulève une question que je trouve passionnante et un peu vertigineuse à la fois : si les agents automatisent l’exécution, quel est le nouveau cœur de valeur du métier ? Ma conviction, après cette journée sur le salon, c’est que ce sont la direction créative, la cohérence de la voix de marque, et la capacité à briefer ces outils avec précision qui deviennent les véritables compétences différenciantes. Le Brand Content manager de demain ne sera pas remplacé par l’IA. Mais celui qui ne saura pas travailler avec elle sera, lui, remplacé par celui qui le sait.
VivaTech m’a aussi rappelé quelque chose d’important : les meilleures innovations ne viennent pas toujours du secteur qu’on surveille. H Company ne fait pas de cosmétique. Mais sa technologie est peut-être celle qui va transformer le plus concrètement mon quotidien professionnel dans les deux ans qui viennent.