Le 23 avril 2026, France Télévisions annonçait un partenariat stratégique avec YouTube. Pour un groupe public, mettre ses journaux sur la plateforme d’un géant américain n’est pas un détail de stratégie : c’est le signe d’un basculement que ma thèse professionnelle cherche à comprendre.
La question que je me pose
Dans quelle mesure les acteurs audiovisuels traditionnels français peuvent-ils s’approprier les modèles économiques et les logiques de rétention des créateurs de contenu natifs du digital, afin de reconstruire un avantage compétitif durable à l’ère des plateformes algorithmiques ?
Derrière cette formulation un peu académique, il y a une observation très simple. D’un côté, des créateurs comme MrBeast et des médias nés sur le web comme Brut ou Konbini pilotent leurs contenus à coups de courbes de rétention, de watch time et de tests de formats. De l’autre, les groupes de télévision ont longtemps raisonné en parts d’audience et en GRP : combien de personnes ont allumé le poste, plutôt que combien sont restées jusqu’au bout.
L’accord France Télévisions – YouTube illustre cette bascule. Le communiqué du groupe parle d’une stratégie « streaming first » et, selon Minted, l’accord prévoit 20 000 heures de programmes par an sur la plateforme, avec une commercialisation publicitaire gérée directement par France TV Publicité. Autrement dit : la télévision ne se contente plus de prêter ses contenus, elle négocie sa place dans un système qui obéit à la logique de la rétention.
Un cycle de plus dans l’histoire des marchands d’attention
Pour ne pas traiter cette rupture comme une crise isolée, je m’appuie sur l’idée développée par Tim Wu dans The Attention Merchants (2016) : l’histoire des médias est une succession de cycles où l’on capte l’attention du public pour la revendre aux annonceurs. Presse, radio, télévision, réseaux sociaux… j’ajoute à cette chaîne l’IA générative, qui rebat aujourd’hui les cartes de la même façon.
Vu ainsi, YouTube, Twitch et les créateurs ne sont pas une anomalie : ils sont la dernière étape d’un mouvement ancien. La vraie question devient alors : comment un acteur du cycle précédent, la télévision, peut-il traverser le suivant ?
Trois hypothèses de travail
Une thèse professionnelle n’est pas un plaidoyer : elle part d’hypothèses qu’elle accepte de voir contredites. Voici celles que je mets à l’épreuve, avec pour chacune ce qui la ferait tomber. Elles sont encore en construction et évolueront avec mes entretiens.
Les groupes audiovisuels français investissent massivement dans le contenu, mais sans cadre de pilotage centré sur la rétention.
- Ce que je cherche
- Regarder si les décisions éditoriales et budgétaires s’appuient sur le watch time, les courbes de rétention ou le taux de complétion, ou si elles reposent encore surtout sur les parts d’audience et les GRP.
- Ce qui la ferait tomber
- Des entretiens montrant que ces indicateurs pilotent déjà les choix éditoriaux dans les groupes.
L’attention ne se répartit pas seulement de façon très inégale : elle se répartit en communautés parallèles qui ne se croisent presque jamais.
- Ce que je cherche
- C’est le concept de « communautés de réseaux » que je développe. Certains comptes, morceaux ou émissions captent des centaines de milliers de personnes quand d’autres passent inaperçus ; et des artistes immenses dans leur communauté restent inconnus dans les autres. Exemple : PLK a rempli deux Stade de France les 4 et 5 septembre 2026 (source), alors que beaucoup d’utilisateurs des réseaux sociaux ne le connaissent pas. Pour une chaîne généraliste, une audience de masse ne veut plus dire « tout le monde ».
- Ce qui la ferait tomber
- Des données d’usage montrant que les publics se recoupent bien plus que je ne le pense.
S’approprier les logiques des créateurs (live, formats natifs, talents, IA) crée plus de valeur que republier ses programmes existants sur les plateformes.
- Ce que je cherche
- Comparer deux axes d’investissement : le live sur Twitch et YouTube et les formats natifs, de la « chaîne augmentée » légère au studio créateur interne ; et l’IA comme levier d’attention, avec l’idée d’une plateforme hybride propriétaire.
- Ce qui la ferait tomber
- Des chiffres montrant que la simple republication performe aussi bien, ou que l’IA n’apporte pas de gain mesurable.
Comment je vais les tester
Je croise études de cas et entretiens. Côté cas, je m’appuie sur MrBeast, Red Bull Media House, Duolingo et Gymshark, ainsi que sur l’accord France Télévisions – YouTube. Côté terrain, je prévois dix entretiens professionnels, répartis sur trois axes.
| Axe | Question posée | Terrain prévu |
|---|---|---|
| Communauté | Les communautés d’attention se croisent-elles, ou vivent-elles en parallèle ? | Créateurs à grande communauté et à audience confidentielle, chercheur en sociologie des médias |
| Digital | Quels indicateurs pilotent réellement les décisions éditoriales ? | Responsables data et algorithmes de groupes audiovisuels, équipes plateformes, acheteurs média |
| Économie de l’attention | Où investir, et avec quelle rentabilité ? | Études de cas, experts GEO et IA, représentant de la régulation des médias |
Chaque chiffre que j’avance est vérifié à la source. Quand un chiffre n’est pas vérifiable, je ne l’utilise pas.
Pourquoi publier une thèse en cours
Publier ses hypothèses avant d’avoir fini, c’est accepter d’être contredit, et c’est précisément ce que je cherche : confronter mon raisonnement à des personnes qui travaillent dans les médias, les plateformes ou la création de contenu. Ce sujet prolonge ce que j’ai déjà écrit sur le blog : Warner, Netflix et la bataille du streaming, l’attention captée ou méritée et les chiffres des réseaux sociaux en France en 2026.
À toi de jouer
Laquelle de ces trois hypothèses te semble la plus fragile, et pourquoi ? Si tu travailles dans l’audiovisuel, chez un créateur ou dans une plateforme, ton point de vue m’intéresse : dis-le moi en commentaire.
Cet article a été rédigé avec l’aide d’une IA générative. Lire la note méthodologique IA.