La 5G s'invite dans le secteur culturel

À l’heure où la 5G commence à se déployer sur le territoire français, certains acteurs des secteurs culturels se positionnent. Comme souvent, l’avènement d’une nouvelle technologie réorganise nos vies et restructure nos pratiques. Des débits plus puissants (jusqu’à 10 fois plus élevés que ceux de la 4G), un temps de latence plus faible (divisé par 10 par rapport à la 4G) et la possibilité de supporter plusieurs connexions en simultané font de la 5G une véritable opportunité pour bien des secteurs. Dans ce contexte, en plus augmenté par les bouleversements de la pandémie, certains acteurs de la culture repensent leur programmation de demain. Musées et Spectacles Vivants pour les institutions, Art et Performances pour les artistes, la 5G offre de nouvelles possibilités tant en termes d’exploration créative qu’en termes d’investissements. De quelles manières la 5G peut-elle révolutionner les secteurs culturels ?

5G ?

De quelle technologie parle-t-on ?

La 5G est la 5ème génération de communications mobiles. Bien qu’elle succède la 4G, « elle se distingue des générations précédentes en ce qu’elle vise, dès sa conception, à intégrer un nombre de cas d’usages inédit » selon l’ANFR (l’Agence Nationale des Fréquences). La 5G offre :

  • Des débits plus puissants (10 fois plus élevés que ceux de la 4G)
  • Un temps de latence plus faible (divisé par 10 par rapport à la 4G)
  • Plusieurs connexions en simultané.

Pour avoir une idée plus précise, avec la 4G, la vitesse moyenne de téléchargement d’un film était de 40 secondes. La 5G a un débit qui permet de télécharger près de 27 films en l’espace d’une seule seconde ! La capacité de transfert de données passe ainsi de 100 mégabits/ seconde à 10 000 megabits/ seconde. Considérant ces paramètres, le streaming vidéo en 4k et, plus tard, en 8k ne devrait poser aucun problème.

La 5G et ses usages

Pyramide des 3 segments d'amélioration et de ses nouveaux usages amenés par la 5G - Source: Arcep

Les 3 segments de la 5G vont plus largement bouleverser nos usages. Ces nouveaux usages ne touchent pas que les particuliers : ils s’étendront aux acteurs de la ville intelligente, de l’industrie 4.0 mais aussi aux secteurs culturels. Pour mieux comprendre la technologie de la 5G, je vous invite à lire cet article.

La 5G intégrée aux secteurs culturels : les musées

La 5G appliquée, 2 exemples de cas

La France n’est pas le premier pays à déployer la 5G sur son territoire. En tête de liste, on retrouve la Chine qui compte, seulement depuis 2019, plus de 5 millions d’utilisateurs dans la seule capitale. La Russie est, quant-à-elle,  le premier pays à expérimenter les technologies de la 5G dans un contexte muséal.

Le musée provincial de Wuhan (Chine) : des expériences de visite optimisées ?

En Mai 2019, le musée provincial de Wuhan, plus grand musée d’instruments de musique anciens de Chine, est le premier à offrir une couverture 5G complète. Il propose un espace de VR (Virtual Reality) et une application connectée au musée. Cette application permet de scanner plus de 500 vestiges culturels, d’accéder à des services de guide vidéo et vocal. Et ce n’est pas tout. Elle permet aussi de profiter d’images en 3D et de bénéficier d’une technologie AR (Augmented Reality). Grâce à ces dispositifs, l’offre de visite s’est grandement renouvelée. Dans cette dynamique qui place les visiteurs en interaction directe avec les collections présentées, leur expérience de visite est nettement plus qualifiée.

Le musée de l’Hermitage (Saint-Pétersbourg, Russie) : la 5G, l’avenir de la restauration des œuvres d’art ?

Le musée de l’Hermitage, l’un des plus grands musées d’art au monde, a présenté deux projets de nouveaux cas d’utilisation de la 5G. Grâce à un bras robotique télécommandé connecté à un casque VR et à des capteurs haptiques (qui permettent de toucher des objets en VR), les restaurateurs et artisans d’art ont collaboré à la restauration d’une œuvre d’art. Tout cela à un fin degré de précision mais… encore mieux, à distance ! Et quand les musées doivent faire appel aux meilleurs restaurateurs et artisans d’art, ce dispositif est tout à fait adapté. Il permettrait ainsi de limiter les contraintes de déplacement, tant en termes de temps que de coûts. Le second projet complète le premier. Il  permet aux maîtres d’art d’apprendre à leurs élèves, en temps réel, les techniques précises de restauration d’œuvres d’art. Moins d’humain, pourrait-on penser ? Mais grâce au flux vidéo 4k transmis directement à des lunettes VR, il devient possible de recréer la relation opérante maître-élèves.

Des projets orientés vers l’avenir

Le musée provincial de Wuhan (Chine) et le musée de l’Hermitage (Russie) donnent donc déjà une idée de ce que la 5G pourrait apporter. Ces musées ne sont pas les seuls à avoir exploré les opportunités offertes par la 5G. Parmi ces acteurs, citons l’Université de Bristol, le studio Aardman et la BBC qui ont développé une application de visite interactive au cœur des thermes romains de la ville de Bath (Angleterre). Citons aussi le Musée National de Chine qui vise à développer un  « musée intelligent ».

La 5G, prometteuse pour l’expérience de visite

Au-delà de ces dispositifs, les 3 segments touchés par la 5G (débit, latence et connectivité) montrent que bien d’autres points peuvent être repensés :

  • les capteurs,
  • les caméras intelligentes,
  • les applications
  • les jeux connectés à un cloud,
  • les dispositifs de réalité augmentée,
  • les vidéos 3K et 4K.

La 5G promet des expériences de visite optimisées, tant en termes de temps que de ciblage. Pourrait-on, par exemple, imaginer un parcours de visite entièrement personnalisé et connecté en temps réel ? Grâce aux caméras intelligentes, aux capteurs et aux applications connectées, on peut facilement imaginer suivre le parcours de chacun des visiteurs. Une expérience immersive qui pourrait être accompagnée d’un contenu entièrement personnalisé.

Les visiteurs de demain

L’opérateur américain Verizon, le laboratoire d’interaction du Smithsonian Design Museum et le Musée des Arts et du Design de New-York appellent les créateurs et entrepreneurs technologiques à « créer des outils interactifs qui redéfinissent la façon dont les gens visitent, interagissent et apprennent des musées » . Si l’idée n’est pas de sortir des modèles de visites traditionnels, il n’empêche que l’évolution des musées doit être en cohérence avec les visiteurs de demain. Ces visiteurs, qui grandissent dans un monde de plus en plus connecté, n’auront certainement pas les mêmes attentes de visite. En même temps que ces innovations permettraient d’attirer un public plus large, elles pourraient inviter les visiteurs classiques à découvrir le musée, les œuvres et les artistes autrement. Repenser la visite et la culture de demain n’est donc plus une option. C’est une démarche qui, ancrée dans la réalité, pourrait contribuer au développement financier et à un rayonnement culturel toujours plus large.

Les musées, mais pas que !

Un concert full 5G

L’industrie des arts, particulièrement affectée par la crise du coronavirus, a été amenée à numériser efficacement son contenu. Certains des acteurs n’ont pourtant pas attendu la crise pour commencer à explorer certaines des pistes offertes par la 5G. Avec le réseau 4G, il aurait été difficile d’apprécier un concert entre Mischa Dohler, alors en Allemagne, et sa fille qui se trouvait à Londres. Grâce à la faible latence proposée par la 5G, ils ont pu 1) jouer ensemble à distance 2) diffuser le concert. Une solution… aussi pour les artistes !

Instagram, artistes et 5G

Instagram est un canal qui est déjà utilisé par les artistes. Véritable plateforme de diffusion mais aussi de création, les projets artistiques s’y développent de plus en plus. Instagram devient une toile, un support d’art éphémère. Ce réseau favorise la relation et l’engagement entre l’artiste et son public. Comment les artistes accueilleront et utiliseront les capacités de la 5G ? Notre regard est tourné vers l’avenir.

La culture nous appartient, la 5G aussi !

Repenser « culture » et « 5G »

Au sens large, la culture (passée et contemporaine) appartient à tous. Elle se vit et elle est vécue, consciemment et inconsciemment. La manière de l’exposer et de la montrer participe à la relation que nous entretenons avec elle. Il y a donc bien, quelque part, une vie culturelle  qui est partagée et/ ou personnelle. Elle entre en interaction avec nos vies, nos idées, nos convictions et nos sensibilités. Le réseau internet occupe désormais une place importante dans nos vies. Dans quelles mesures la 5G renouvellera les formes de performances artistiques ? Dans quelles mesures les arts pourraient s’approprier les nouvelles fonctionnalités offertes par la 5G ? Et enfin, comment la culture pourrait, elle-aussi, contribuer au rayonnement de la 5G ?

« Le vrai risque du très haut débit pour les collectivités, c’est de ne pas en saisir l’opportunité » Chronique de Daniel Ricoult, Corning

Où en est la 5G en France ?

Calendrier de déploiement de la 5G en France de 2020 à 2030

Au fur et à mesure que la 5G se démocratisera, les institutions culturelles (mais aussi les artistes !) pourront progressivement intégrer la technologie 5G à leurs dispositifs. Dès aujourd’hui, il s’agirait d’orienter et de penser l’innovation à travers cette nouvelle technologie qui a bien à offrir.

Quels freins pour la 5G ?

Pourtant, le déploiement de la 5G pose tout de même question. Dans les faits, sera-t-elle vraiment opérante ? Alors que la 4G a été présentée comme une révolution, il semblerait que la réalité a été bien différente. Une étude réalisée en 2014 par Ipsos à la demande de Prixtel nous apprend que 50% des français ne voient pas la différence entre la 3G et la 4G. Le déploiement de la 4G s’est donc retrouvée en décalage avec les promesses tenues. Pourquoi ? Parce que les opérateurs mobiles ont communiqué sur la rapidité du réseau. Jusque-là, pourquoi pas. Mais certainement pas avant d’être sûrs de pouvoir couvrir convenablement le territoire.  Un autre problème est d’ordre environnemental. Nous savons déjà que les mails polluent (on parle même de pourriels !) lorsqu’ils sont stockés sur des clouds. Qu’en sera-t-il si les jeux vidéos et autres dispositifs innovants l’étaient aussi ? Autant de questions qu’il faut se poser, autant de solutions qu’il faudra apporter et adapter aux objectifs qui seront fixés.