VivaTech 2026 : « Impact, not illusion », la promesse tenue ?

Du 17 au 20 juin 2026, VivaTech a fêté ses dix ans à Paris Expo Porte de Versailles. Pour cette édition anniversaire, le salon avait choisi un fil rouge  : « Artificial Intelligence : impact, not illusion ». Autrement dit, la fin des démonstrations spectaculaires sans usage réel, et le passage à des résultats mesurables.

Une promesse ambitieuse : entre une expérience de « télépathie », une robotique humanoïde largement dominée par la Chine, et une intelligence artificielle omniprésente, VivaTech 2026 a offert un terrain idéal pour mettre ce slogan à l’épreuve.

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Le salon en quelques repères

Créé en 2016 par Publicis Groupe et le groupe Les Echos–Le Parisien, VivaTech est devenu en dix ans le premier rendez-vous européen de la tech, passant de 45 000 à plus de 180 000 visiteurs. L’édition 2026 occupait pour la première fois le hall 7 rénové, sur une surface en hausse de 30 % par rapport à 2025, avec environ 15 000 startups et 1 500 démonstrations technologiques annoncées. L’Allemagne était le pays de l’année, l’Inde le partenaire IA officiel, et Jeff Bezos figurait parmi les grands noms attendus sur scène. 

Zoom sur une innovation : l’expérience de « télépathie » de HABS

Sur son stand, la deeptech française HABS surnommée le « Neuralink français »  proposait cette année une expérience baptisée « télépathie », en partenariat avec Innov8, distributeur européen des robots humanoïdes du chinois Unitree. Le principe : un bandeau de capteurs lit l’activité électrique du cerveau après une brève calibration, et un robot Unitree tente de deviner, parmi trois cartes (une personne aimée, une musique, un calcul), à quoi pense la personne qui porte le dispositif.

Le mot « télépathie » est à prendre avec recul : il s’agit d’une interface cerveau-machine (EEG), pas d’une lecture de pensée au sens propre. Le robot choisit parmi trois options prédéfinies, il ne lit pas le contenu brut du cerveau. Cela reste une démonstration techniquement solide d’un champ de recherche réel. Selon Stéphane Bohbot, PDG d’Innov8, l’objectif est de montrer une nouvelle étape : après la stabilité physique des robots l’an dernier, leur capacité à « raisonner » cette année.

C’est un bon exemple de ce que VivaTech sait faire : transformer une recherche de pointe (interfaces cerveau-machine, deeptech française) en expérience spectaculaire et mémorisée. Peut-on déjà parler d’impact concret ou sommes-nous encore dans le registre de la démonstration ? Les deux dimensions coexistent souvent : une preuve de concept remarquable peut avant tout servir à illustrer un potentiel plutôt qu’à répondre à un usage mature.

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Les rois de la robotique : la Chine, loin devant

Les robots humanoïdes étaient sans doute la vedette incontestée de cette édition et la Chine y règne. Selon une étude du cabinet britannique Omdia, la Chine a fabriqué 87 % des 13 000 robots humanoïdes déployés dans le monde en 2025. Sur le salon, des entreprises comme Unitree ou Agibot présentaient des robots aux chorégraphies très abouties, qui ont fasciné les visiteurs.

 Face à ces géants, les startups européennes cherchaient à exister sur d’autres terrains que la production de masse. La française Enchanted Tools présentait Mirokai, un robot capable de s’exprimer en plus de 50 langues et déjà déployé en test dans des hôpitaux et aéroports. 

 L’allemande Neura Robotics, qui a levé 1,4 milliard de dollars en juin, ou l’espagnole PAL Robotics figuraient aussi parmi les acteurs européens cités comme prometteurs. Selon Joern Buss, expert du cabinet Arthur D. Little, la Chine doit son avance à sa capacité de production, avec l’apparition d’usines entièrement automatisées, les « dark factories », mais l’Europe « rattrape son retard et possède de bons acteurs ».

 Ce rapport de force illustre une réalité plus large de l’édition : la robotique humanoïde se joue désormais autant sur l’industrialisation et le coût que sur la prouesse technique isolée, un terrain sur lequel l’avance chinoise encore est difficile à contester.

 Une IA partout, mais à différents stades de maturité

Au-delà des robots, l’intelligence artificielle irriguait la quasi-totalité des stands et des conférences, structurée autour de quatre axes officiels : IA et productivité, cybersécurité et défense, souveraineté et éthique, greentech et énergie. Mais la façon de la montrer variait fortement : certains stands présentaient des outils déjà déployés en entreprise, d’autres des démonstrations plus expérimentales.

Le baromètre 2026 réalisé par OpinionWay pour VivaTech, auprès de plus de 1 500 dirigeants européens et nord-américains, donne un chiffre utile pour situer ce décalage : 76 % des dirigeants interrogés citent l’IA comme poste d’investissement, contre 82 % pour la cybersécurité, qui arrive devant. Les intentions sont donc bien réelles, mais les alternatives crédibles, industrialisées et disponibles à grande échelle restent plus rares que le discours ambiant ne le laisserait penser.

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« Impact, not illusion » : la promesse tenue ?

VivaTech 2026 aura montré en dix ans, un salon devenu référence européenne et une intelligence artificielle passée du statut de curiosité à celui d’enjeu industriel et géopolitique. Les exemples précédents donnent une réponse nuancée, pas tranchée. La robotique chinoise illustre un vrai « impact » au sens industriel : 87 % de la production mondiale n’est pas une illusion, c’est un rapport de force mesurable. L’expérience HABS, à l’inverse, relève davantage de la démonstration : impressionnante, fondée sur une recherche réelle, mais encore loin d’un usage quotidien mesurable. 

Note méthodologique IA