VivaTech 2026 : une journée au cœur du futur
Le 18 juin 2026, j’ai franchi les portes de Paris Expo Porte de Versailles avec mon école pour passer une journée entière à VivaTech. J’ai immédiatement eu l’impression d’entrer dans une version accélérée du futur. Entre les robots dans les allées, les démonstrations d’intelligence artificielle, les innovations spatiales, les exosquelettes et les entreprises présentant des technologies encore inimaginables il y a quelques années, chaque stand semblait poser la même question : à quoi ressemblera notre quotidien lorsque toutes ces avancées quitteront les laboratoires ?

Une dixième édition qui change d’échelle
VivaTech célébrait en 2026 son dixième anniversaire. Organisé du 17 au 20 juin, l’événement a franchi le cap des 200 000 visiteurs issus de 165 nationalités, réuni plus de 15 000 startups et accueilli 1 155 intervenants. Le salon occupait les trois niveaux du Hall 7, avec 30 % d’espace supplémentaire, plus de 1 500 démonstrations annoncées et plus de 4 000 rencontres professionnelles. Sur place, ces chiffres deviennent concrets : on teste, on questionne et on rencontre directement les personnes qui développent ces technologies.source 1 source 2

L’intelligence artificielle, la deeptech, la cybersécurité et l’énergie occupaient une place centrale. L’Allemagne, désignée « Country of the Year », était représentée par 200 startups et le plus grand pavillon national jamais installé à VivaTech.
Cette présence rappelait que l’innovation est aussi une question de souveraineté et de capacité industrielle.source 1 source 2
L’intelligence artificielle sort de l’écran
Ce qui m’a le plus marquée est la manière dont l’IA était présentée. Elle n’était plus limitée aux chatbots ou à la génération de contenus : elle s’intégrait aux usines, aux transports, à la cybersécurité, aux services publics, à l’énergie et aux machines capables d’agir dans le monde physique.
Le programme du 18 juin reflétait cette évolution. Une conférence réunissant notamment Volvo, Mistral, Siemens et SAP s’interrogeait sur la manière dont l’Europe pouvait renforcer son industrie grâce à l’IA. Une autre rencontre, avec TotalEnergies et CMA CGM, examinait son rôle dans l’énergie et les chaînes logistiques. Sur le pavillon Numérique.gouv, l’État présentait sa stratégie IA, l’API Albert, des projets de startups d’État et Konboi, un dispositif associant un conducteur de camion à un copilote IA.source 1 source 2 source 3
Parmi les innovations mises en avant figuraient également une interface cerveau-machine en temps réel, un exosquelette à double vecteur, un « quantum chandelier » d’IBM et des lentilles connectées combinant IA et réalité étendue. Même sans maîtriser chaque détail technique, voir ces technologies matérialisées transforme complètement la perception que l’on en a. source

Ce qui distingue VivaTech des autres salons
La force de VivaTech vient de la rencontre, au même endroit, entre startups, grands groupes, investisseurs, chercheurs, institutions publiques et étudiants. Une innovation peut être présentée le matin, discutée sur scène quelques heures plus tard, puis confrontée à de potentiels partenaires ou financeurs dans la même journée.
Ce mélange de démonstrations, de conférences et de networking donne au salon une énergie particulière. On passe rapidement d’un robot humanoïde à une réflexion sur la souveraineté numérique, puis d’une startup de la santé à une technologie spatiale ou quantique. Cette diversité montre surtout que la technologie n’avance jamais seule : elle dépend du financement, des talents, de la réglementation, des infrastructures et de la confiance du public.
Alice & Bob : quand le quantique quitte le laboratoire
L’un des moments les plus marquants de ma journée a été mon entretien avec Alice & Bob, une scale-up française spécialisée dans l’informatique quantique et sélectionnée dans le programme French Tech Next40. J’avais préparé cette rencontre autour de plusieurs questions : quel problème l’entreprise cherche-t-elle à résoudre, qu’est-ce qui la distingue de géants comme IBM ou Google, comment passe-t-on de startup à scale-up et quelle place la France peut-elle occuper dans cette compétition mondiale ? source 1 source 2
Fondée en 2020 par Théau Peronnin et Raphaël Lescanne, Alice & Bob développe des « cat qubits », conçus pour être naturellement protégés contre une catégorie majeure d’erreurs quantiques. Ce point est essentiel, car les qubits actuels sont extrêmement fragiles : plus une machine accumule d’erreurs, plus il faut ajouter de ressources pour les corriger. L’entreprise privilégie donc la stabilité des qubits afin de réduire la complexité matérielle nécessaire. source 1 source 2
Alice & Bob a levé 100 millions d’euros en série B, puis accueilli en mai 2026 un investissement de NVentures, le fonds de capital-risque de NVIDIA. Elle développe à Paris un laboratoire de 4 000 m² et vise un ordinateur quantique utile de 100 qubits logiques à l’horizon 2030. Son ambition suppose ainsi de transformer une avance scientifique en infrastructure industrielle capable, à terme, de traiter des problèmes complexes dans les matériaux, la santé, la cryptographie ou l’optimisation. source 1 source 2 source 3 source 4
Ce que je retiens de cette rencontre, c’est que l’informatique quantique n’est ni une solution magique disponible demain, ni une simple idée de science-fiction. C’est une course d’endurance, dans laquelle la correction des erreurs, l’industrialisation et l’intégration avec les systèmes classiques comptent autant que la puissance théorique.
Entre émerveillement et esprit critique
VivaTech donne envie de croire que le futur est déjà là. Pourtant, le spectacle peut brouiller la frontière entre une démonstration impressionnante, un prototype fonctionnel et une solution réellement déployable. Un robot qui attire une foule ne garantit pas automatiquement un modèle économique viable ni un impact positif.
C’est la principale leçon que je retiens : face à l’innovation, il faut conserver à la fois sa curiosité et son esprit critique. Il ne suffit pas de demander ce qu’une technologie peut faire. Il faut aussi se demander à quel besoin elle répond, qui la contrôle, quelles ressources elle consomme, quels risques elle crée et à qui elle profite.
Je suis repartie de VivaTech fatiguée, impressionnée et surtout inspirée. Le futur aperçu sur place repose moins sur une invention unique que sur la convergence de l’IA, de la robotique, du quantique, de l’énergie et de nouvelles ambitions industrielles européennes. Alice & Bob en est un exemple fort : une entreprise française née d’une recherche audacieuse, qui tente aujourd’hui de transformer cette avance en technologie utile. Finalement, VivaTech ne montre pas seulement ce que la technologie pourrait devenir. Il nous oblige à réfléchir à ce que nous voulons en faire.