La gen Z : un tourisme 2.0
Événement — Digital & Innovation

J'y suis allé avec une question simple : qu'est-ce qui a changé depuis l'an dernier ? La réponse m'a sauté aux yeux dès les premières allées. L'IA n'est plus le sujet de VivaTech 2026, elle est devenue le socle de tout le reste. Chaque stand, chaque pitch, chaque démo : l'intelligence artificielle était là, intégrée, assumée, presque banalisée.

Mais c'est justement cette omniprésence qui pose une question que peu d'exposants osaient formuler franchement : si tout le monde fait tourner de l'IA, qui s'occupe de l'énergie que ça consomme ?

À VivaTech 2026, l'IA ne se présente plus, elle s'intègre

Ce qui frappe cette année, c'est moins l'émerveillement devant une technologie nouvelle que la normalisation d'une technologie désormais intégrée dans tous les secteurs. Les startups en santé, en finance, en logistique, en retail... toutes avaient leur brique IA. Plus personne ne la présente comme une innovation. Elle est devenue un prérequis, un argument de crédibilité, presque un minimum syndical.

C'est à la fois rassurant et vertigineux. Rassurant parce que ça montre une maturité réelle des usages. Vertigineux parce que cette adoption massive a un coût que les keynotes ne mentionnent pas souvent : une consommation énergétique colossale et en pleine accélération.

Envision et Mission Gobi : l'IA alimentée par le désert

C'est là qu'Envision m'a arrêté. À VivaTech, la société a annoncé le lancement de Mission Gobi, une initiative mondiale visant à développer 5 GW de centres de données à faible empreinte carbone dédiés à l'IA dans les régions désertiques et arides d'ici 2030.

Le nom est fort. L'ambition l'est encore plus. Leur fondateur l'a formulé clairement : "Le système énergétique traditionnel n'a pas été conçu pour s'adapter à l'ampleur et au rythme de l'ère de l'IA."

Ce qui m'a frappé chez eux, ce n'est pas la technologie en elle-même, c'est le changement de perspective. Pendant que les autres exposants montraient ce que l'IA fait, Envision posait la question de ce que l'IA coûte, et surtout comment la faire fonctionner proprement. Ils exploitent déjà à Chifeng, en Chine, le premier centre de données au monde dédié à l'IA fonctionnant exclusivement à l'énergie verte. Ce n'est pas un concept sur une slide. C'est opérationnel.

Énergie verte dans le désert : et l'eau dans tout ça ?

Là où le discours d'Envision est convaincant sur l'énergie, une question reste en suspens et elle mérite d'être posée franchement.

Construire des data centers dans des déserts résout le problème de l'électricité verte. Le soleil est gratuit et abondant. Mais ces mêmes infrastructures ont besoin d'eau, beaucoup d'eau, pour refroidir leurs serveurs. Et les déserts, par définition, n'en ont pas.

💧 Selon le Forum Économique Mondial, un data center de 1 MW peut consommer jusqu'à 25,5 millions de litres d'eau par an pour son seul refroidissement, c'est l'équivalent de la consommation quotidienne de 300 000 personnes.

Le paradoxe est là : les opérateurs sont face à un arbitrage difficile entre la climatisation énergivore ou le refroidissement liquide gourmand en eau. Choisir le désert pour le soleil, c'est aussi choisir des températures extrêmes qui rendent le refroidissement encore plus intensif. Et 43 % des centres de données dans le monde sont déjà implantés dans des zones en stress hydrique, souvent pour des raisons économiques, au détriment de territoires qui manquent déjà d'eau.

Envision n'a pas esquivé la question de l'énergie. Reste à savoir si Mission Gobi a aussi une réponse sur l'eau.

Ce que VivaTech 2026 m'a appris

VivaTech 2026 m'a confirmé quelque chose que je pressentais : la prochaine bataille du digital ne se jouera pas sur les algorithmes. Elle se jouera sur les ressources. Énergie, eau, territoires, les infrastructures de l'IA ont un poids physique que les slides de présentation effacent un peu trop facilement.

Envision a eu le mérite de poser la question énergétique là où personne ne la posait. C'est déjà beaucoup. Mais la transition ne sera vraiment durable que le jour où on posera toutes les questions en même temps. Y compris les plus inconfortables.

L'IA verte, c'est bien. L'IA sobre en eau et en ressources, c'est mieux. Qui s'en charge ?

Sources : Envision Group — Annonce Mission Gobi, VivaTech Paris, juin 2026. Données eau : Forum Économique Mondial, AIE, The Conversation (mai 2026).

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