VivaTech 2026, dixième édition du salon tech le plus grand d’Europe, s’est tenu du 17 au 20 juin à Paris Expo Porte de Versailles. Parmi ses dix thématiques officielles figuraient les creative industries, les industries culturelles et créatives. Une promesse forte pour le secteur culturel français, qui s’interroge depuis plusieurs années sur sa transformation numérique et sur l’intégration de l’IA dans ses métiers. À l’examen du programme, des pavillons régionaux et des dispositifs institutionnels, la place effectivement accordée à la culture à VivaTech 2026 s’avère pourtant plus contrastée que l’affichage ne le laissait penser.

I. Une présence culturelle réelle à VivaTech 2026, mais éclatée

Tout d’abord, le secteur culturel n’était pas absent du salon. Cependant, il était diffracté entre plusieurs dispositifs. Ces derniers étaient principalement portés par les écosystèmes régionaux et par la programmation grand public. Dès lors, aucun pôle culturel structuré n’a véritablement émergé.

Les startups culturelles dans les pavillons régionaux

D’abord, la Région Île-de-France a sélectionné vingt startups pour la représenter. Parmi elles, deux acteurs étaient explicitement culturels. En premier lieu, LivZn développe des expériences immersives en 360° pour le spectacle vivant. Concerts et pièces de théâtre deviennent ainsi accessibles via casque VR ou simple cardboard. Par ailleurs, son argumentaire repose sur l’élargissement de l’accès à la culture pour les publics empêchés. En second lieu, Zone Libre se présente comme un creative lab. Il réunit des créatifs franciliens de moins de 25 ans. Concrètement, ils conçoivent des expériences pour les marques de mode, le luxe et les institutions culturelles.

Ensuite, le Grand Est a organisé un événement franco-allemand dédié aux industries culturelles et créatives. Cet événement se tenait sur le stand de la Région strasbourgeoise. Plus précisément, il était centré sur l’image, le son et les nouvelles formes de création numérique. De son côté, la métropole Aix-Marseille-Provence a listé les ICC parmi ses filières d’excellence accompagnées.

Le patrimoine numérique en vitrine grand public

Par ailleurs, la programmation grand public a constitué le second point d’ancrage. Le VivaTech Festival du 20 juin a mis à l’honneur plusieurs acteurs culturels. Ainsi, Histovery a présenté ses expériences immersives autour du patrimoine français. De même, Iconem a montré sa technologie de modélisation 3D de haute précision. Cette dernière sert à documenter des sites patrimoniaux menacés. En outre, le dispositif Saint-Denis « Suivez la Flèche » modélisait la basilique. Le 3Dvarius, violon imprimé en 3D, complétait cette offre. Enfin, ARTE présentait Riff Mountain, son expérience Fortnite prolongeant l’univers du Hellfest.

Une culture présente mais sans centre

Cartographiée ainsi, la présence de la culture à VivaTech existe bel et bien. Néanmoins, elle n’a pas de centre. En effet, aucun pavillon « culture » autonome n’a structuré le salon. Au lieu de cela, les startups culturelles ont émergé en pointillé. Soit elles étaient distribuées dans les pavillons régionaux, soit elles étaient cantonnées à la journée famille.

II. Les angles morts du dispositif culturel à VivaTech 2026

Par ailleurs, trois absences se dégagent d’une lecture attentive du programme officiel.

L’absence du ministère de la Culture

Première absence : celle du ministère de la Culture à VivaTech 2026. En effet, sept entités ministérielles étaient présentes sur le stand 3G50. Toutes étaient regroupées sous la bannière commune Numérique.gouv. Concrètement, on y trouvait la DINUM, le ministère de l’Intérieur, les ministères économiques et financiers. S’y ajoutaient le ministère de la Transition écologique, les ministères sociaux, l’Agence de l’innovation de défense, l’IGN et la CNIL. En revanche, le ministère de la Culture ne figure dans aucune des listes publiées. Ni la DINUM, ni les ministères concernés, ni les comptes-rendus institutionnels ne le mentionnent.

De plus, le ministère de la Transition écologique a déployé un stand propre. Celui-ci se trouvait dans l’Impact Village. Il était accompagné de cinquante startups labellisées GreenTech Innovation. Par ailleurs, le ministre a dévoilé la promotion 2026 sur scène. À l’inverse, aucun dispositif équivalent n’a été identifié pour le secteur culturel.

L’absence des grands opérateurs culturels publics

Deuxième absence : celle des grands opérateurs culturels publics. Plus précisément, BnF, Centre Pompidou, CNC, INA, Réunion des musées nationaux : aucun ne figure dans les communiqués officiels. De même, aucun n’apparaît dans les programmes des stands institutionnels recensés. Or, d’autres acteurs publics ont déployé des stratégies ambitieuses. Ainsi, Inria a structuré un programme dense de tables rondes et de signatures de partenariats. De même, la Caisse des dépôts a annoncé un engagement de 18 milliards d’euros sur le numérique et l’IA. En revanche, le champ patrimonial et muséal français n’a pas de porte-voix institutionnel équivalent.

Le glissement sémantique des creative industries

Troisième angle mort : le glissement sémantique des creative industries. En effet, le vocabulaire utilisé par VivaTech recouvre un périmètre majoritairement marchand. Concrètement, il s’agit de mode, de luxe, de jeu vidéo grand public et de design d’expérience. Or, le spectacle vivant subventionné y trouve une place résiduelle. Il en va de même pour les institutions patrimoniales et pour la création contemporaine non marchande. Ainsi, ces dernières apparaissent principalement via des startups isolées comme LivZn. Sinon, elles n’existent qu’à travers des démonstrations grand public.

Par ailleurs, certains pavillons étrangers confirment ce cadrage. Le Swiss Pavilion mentionne par exemple Creative industries et jeux vidéo. Il évoque aussi Culture et art de vivre. Dès lors, le constat est clair : la culture est traitée comme un cas d’usage de la tech. Rarement, elle apparaît comme un secteur économique structuré avec ses propres enjeux.

III. Ce que cette asymétrie révèle sur le rapport tech–culture en France

Une grille de lecture économique anglo-saxonne

Cependant, ces observations ne disent pas que VivaTech ignore la culture. En réalité, elles disent que VivaTech 2026 traite la culture selon une grille de lecture spécifique. Concrètement, il s’agit de celle des industries créatives au sens anglo-saxon. Dans cette logique, le critère dominant est économique. Ainsi, la création doit générer de la valeur mesurable, passer à l’échelle et intéresser des investisseurs.

D’une part, cette grille fonctionne pour les startups patrimoniales à modèle économique clair. Par exemple, Histovery commercialise des expériences immersives. De même, Iconem signe des contrats avec l’UNESCO et des États. D’autre part, elle convient au jeu vidéo et aux creative tech adossées aux marques.

Un cœur du secteur culturel français invisibilisé

En revanche, cette grille fonctionne mal pour le cœur du secteur culturel français. En effet, ce dernier repose sur un écosystème largement subventionné. De plus, il est structuré autour d’institutions publiques. Dès lors, les enjeux de transformation numérique s’y posent différemment. Ils concernent la médiation, l’accessibilité, la soutenabilité, la souveraineté des données et des outils. À l’inverse, ils ne se résument pas à des levées de fonds ou à de la mise à l’échelle.

Pourtant, cet écosystème pèse lourd. Théâtres publics, musées nationaux, scènes labellisées, bibliothèques, festivals subventionnés : tous contribuent significativement au PIB culturel français. En outre, ils portent des questions stratégiques sur l’intégration de l’IA dans leurs métiers.

Un signal symbolique double

Dès lors, l’absence du ministère de la Culture prend une dimension symbolique. En effet, sept autres ministères ont saisi l’événement comme une vitrine de leur stratégie numérique. De plus, ils en ont fait un canal de recrutement de profils tech. En revanche, la Culture choisit de ne pas y être. Ou bien elle n’est pas mise en capacité d’y être. Par conséquent, le signal envoyé est double. D’une part, pour l’écosystème tech, la culture reste un secteur de niche. D’autre part, pour le secteur culturel public, VivaTech reste un univers étranger. Son vocabulaire, scaleproductivitycreative industries, ne reflète pas ses préoccupations.

Conclusion : à quoi ressemblerait un VivaTech qui prendrait la culture au sérieux ?

Finalement, à quoi ressemblerait un VivaTech qui prendrait le secteur culturel au sérieux ? Vraisemblablement à un événement très différent. D’abord, le ministère de la Culture y aurait un stand. Ensuite, ce stand serait au même niveau que celui de la Transition écologique. Par ailleurs, la BnF, le Centre Pompidou ou le CNC y présenteraient leurs chantiers d’IA appliquée à la médiation, à la conservation et à la production audiovisuelle. Enfin, les industries culturelles et créatives y incluraient explicitement le spectacle vivant non marchand, les bibliothèques et les archives.

Or, la dixième édition de VivaTech n’a pas dessiné ce salon-là. En revanche, elle a confirmé le constat inverse. Ainsi, le rendez-vous parisien de la tech parle d’industries créatives. Pourtant, il ne parle pas véritablement du secteur culturel. Cette nuance est loin d’être anecdotique. En effet, elle dit quelque chose de la place que la French Tech accorde, ou n’accorde pas, à la culture comme champ stratégique.


FAQ — VivaTech 2026 et culture

Le ministère de la Culture était-il présent à VivaTech 2026 ?

Non. Aucune communication officielle ne mentionne sa participation. Pourtant, sept autres ministères figuraient sur le stand commun Numérique.gouv (stand 3G50). De plus, le ministère de la Transition écologique disposait d’un stand autonome dans l’Impact Village.

Quelles startups culturelles étaient présentes à VivaTech 2026 ?

Plusieurs startups identifiables comme culturelles ont exposé. Parmi elles figuraient LivZn (spectacle vivant immersif) et Zone Libre (creative lab). S’y ajoutaient Histovery et Iconem (patrimoine numérique). Enfin, on trouvait 3Dvarius (lutherie 3D) et ARTE Riff Mountain (jeu vidéo culturel). Cependant, aucune ne disposait d’un pavillon « culture » structurant.

Que recouvre la thématique « creative industries » à VivaTech ?

À VivaTech 2026, les creative industries couvrent un périmètre large. Concrètement, on y trouve la mode, le luxe, le jeu vidéo, le patrimoine numérique et la création audiovisuelle. En revanche, le spectacle vivant subventionné et les institutions culturelles publiques y sont peu représentés.

Quels enjeux de transformation numérique le secteur culturel français porte-t-il ?

Le secteur culturel français porte des enjeux spécifiques. D’abord, la médiation augmentée par l’IA. Ensuite, l’accessibilité des publics empêchés. Par ailleurs, la conservation et la numérisation du patrimoine. De plus, la souveraineté des données et des outils logiciels. Enfin, la soutenabilité environnementale des dispositifs numériques.


Sources