Par Yasmin Tariq — MBA Digital Marketing & Business, EFAP


VivaTech 2026 n’était pas un salon comme les autres. Pour sa 10e édition, du 17 au 20 juin à Paris Expo Porte de Versailles, le plus grand rendez-vous tech européen a franchi un cap : plus de 200 000 visiteurs, 15 000 startups, 60 pavillons nationaux, et un slogan qui résumait l’ambition de cette édition anniversaire — « Artificial Intelligence : impact, not illusion ». J’y étais avec mon école, l’EFAP, et j’en suis revenue avec une conviction : VivaTech 2026 a marqué le passage de l’IA expérimentale à l’IA déployée. Voici ce que j’ai vu.

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VivaTech 2026 : une édition anniversaire sous le signe de la rupture

Dix ans après sa création par Publicis Groupe et le groupe Les Echos-Le Parisien, VivaTech s’est imposé comme la vitrine annuelle de l’innovation en Europe. Mais cette édition 2026 était différente des précédentes à un niveau que j’ai ressenti dès les premières allées.

Les années précédentes, le salon présentait beaucoup de promesses technologiques — des prototypes, des démonstrations spectaculaires déconnectées des usages réels. Cette année, le mot d’ordre était clair : l’IA doit produire des résultats mesurables, pas des effets de scène. Le baromètre 2026 réalisé par OpinionWay pour VivaTech auprès de 1 500 dirigeants européens et nord-américains l’illustre bien : 76 % des dirigeants interrogés citent l’IA comme poste d’investissement, contre 82 % pour la cybersécurité — une indication que la tech est entrée dans une phase de maturité opérationnelle.

Plus de 200 000 personnes se sont pressées au parc des expositions de la Porte de Versailles et sur les Champs-Élysées le 14 juin dans le cadre d’un événement exceptionnel — une première dans l’histoire du salon. L’occasion de croiser Jeff Bezos ou d’écouter Emmanuel Macron et le Premier ministre indien Narendra Modi défendre ensemble une « troisième voie » de l’IA, entre les modèles américain et chinois.


Les robots humanoïdes : la star du salon, et une bataille géopolitique

Impossible de passer devant le stand d’Enchanted Tools sans s’arrêter. La startup française présentait Mirokaï, sa nouvelle génération de robots humanoïdes — avec ses grandes oreilles orange, ses yeux bleus expressifs et son apparence inspirée des personnages d’animation, le robot se distingue immédiatement des machines industrielles plus austères qui peuplent généralement les salons professionnels.

robot humanoïde Mirokaï Enchanted Tools VivaTech 2026

Cette nouvelle version bénéficie d’une refonte complète : silhouette affinée, câbles intégrés, nouveau système audio, et une station de recharge autonome. Mirokaï embarque désormais des fonctions d’IA multimodale qui lui permettent de mieux comprendre son environnement. Le robot prend en charge une cinquantaine de langues. Ses prototypes sont déjà déployés en test dans des hôpitaux et des aéroports. Au moins 60 % du robot est fabriqué en Europe, un choix de souveraineté assumé.

Mais la robotique humanoïde à VivaTech 2026 racontait aussi une autre histoire, moins flatteuse pour l’Europe. La Chine a fabriqué 87 % des 13 000 robots humanoïdes déployés dans le monde en 2025, selon une étude du cabinet britannique Omdia.Sur le salon, des entreprises comme Unitree ou Agibot présentaient des robots aux chorégraphies élaborées qui ont fasciné les visiteurs. Face à ces géants, les startups européennes cherchaient à se démarquer sur d’autres terrains que la production de masse.

L’expérience la plus bluffante du salon ? Celle proposée par la startup française HABS, surnommée le « Neuralink français ». Un bandeau de capteurs lit l’activité électrique du cerveau après une brève calibration, et un robot Unitree tente de deviner, parmi trois cartes, à quoi pense la personne qui porte le dispositif. Interface cerveau-machine réelle, pas de la magie — mais une démonstration qui illustre parfaitement le saut qualitatif de cette édition.


Le retail réinventé : Vusion et le « magasin conversationnel »

Partenaire Platinum de l’édition, Vusion a présenté une vision du commerce qui m’a particulièrement frappée. La société a introduit le concept de « Conversational Store » : alimenté par EdgeSense, Bluetooth low energy et la plateforme Vusion, ce magasin connecté relie en temps réel acheteurs, vendeurs et marques pour délivrer une expérience fluide et sans friction.

Vusion a également présenté « Vusion Live for Fresh », une solution IA combinant vision par ordinateur, capteurs et intelligence artificielle pour aider les retailers à mieux gérer les produits frais — stocks, fraîcheur et présentation en rayon en temps réel. Résultat : moins de gaspillage alimentaire, meilleure expérience client. Le retail ne se contente plus d’être « connecté » — il devient intelligent et réactif au sens propre.


Beauty tech : L’Oréal, LVMH et l’IA qui redéfinit la beauté

Le secteur de la beauté était l’un des plus actifs de cette édition — et certainement celui qui m’a le plus surprise dans la maturité de ses innovations.

L’Oréal a présenté l’application de son Longevity AI Cloud pour analyser plus de 260 biomarqueurs et cartographier la santé de la peau à un niveau biologique, permettant de prédire l’impact des ingrédients avant même le début des tests physiques. L’entreprise a également dévoilé son Hair Digital Twin : un outil utilisant des algorithmes IA et la modélisation 3D virtuelle pour tester des molécules et prédire la performance des produits capillaires. « Vous pouvez modéliser la structure du cheveu — couleur, longueur, exposition au soleil — et prédire quel produit fonctionnera le mieux », a expliqué Delphine Viguier-Hovasse, Chief Innovation Officer de L’Oréal.

LVMH a déployé sa « DreamGallery », une expérience immersive mettant en scène 12 projets innovants développés par 11 Maisons emblématiques du Groupe.Et côté beauty tech internationale, la startup sud-coréenne Bonjac exposait sa technologie de recommandation de parfums par IA, conçue pour faciliter les achats en ligne, en partenariat avec le fabricant français Robertet Group.

Le signal fort de cette section : trois consommateurs sur quatre ont récemment utilisé des LLMs pour rechercher des sujets beauté, bien-être ou longévité, et 25 % affirment que l’IA est leur principale source de recherche d’achats, selon une enquête BCG/WWD auprès de 5 000 acheteurs américains. La bataille du beauty marketing se joue désormais sur ChatGPT, pas sur Instagram.


Inde, Allemagne et continents émergents : VivaTech devient mondial

Ce qui m’a le plus frappée dans cette édition, c’est la dimension géopolitique assumée du salon. VivaTech 2026 n’était plus seulement une vitrine tech européenne — c’était un espace de recomposition des équilibres mondiaux de l’innovation.

L’Inde, désignée AI Country Partner officiel, est arrivée avec le plus grand pavillon national de l’histoire du salon. La participation de l’Inde s’inscrit dans le cadre de l’Année France-Inde de l’Innovation 2026, directement dans le sillage du sommet bilatéral Modi-Macron à Nice. Le message : 95 % des entreprises indiennes interrogées ont intégré l’IA dans leurs processus de travai, et l’Inde se positionne désormais comme un acteur incontournable du déploiement de l’IA à l’échelle mondiale, et non plus seulement comme un vivier de talents.

L’Allemagne, pays à l’honneur, a frappé fort. Avec 800 m², le plus grand stand de l’histoire de VivaTech, 200 startups, 14 Bundesländer représentées et deux ministres fédéraux, la délégation allemande envoyait un message sans ambiguïté : « L’Europe peut innover, mais aussi passer à l’échelle ».

Et puis il y avait les pavillons continentaux — Afrique, Asie, Océanie — que j’ai pris le temps de parcourir. Le pavillon AfriTech présentait des solutions ancrées dans des réalités locales concrètes : santé communautaire, fintech mobile, IA agricole. Loin des démonstrations spectaculaires des grandes entreprises, ces stands incarnaient exactement ce sur quoi je travaille dans ma thèse : une IA qui répond à des problèmes réels, construite depuis le terrain, pas importée clé en main. Un signal fort que le Sud Global prend sa place dans la conversation mondiale sur l’innovation tech.


Ce que VivaTech 2026 m’a appris — et ce que ça change pour ma thèse

Je travaille sur les modes d’adoption de l’IA dans les économies émergentes, et VivaTech 2026 a été une illustration en direct de mes hypothèses de recherche.

Premier enseignement : la souveraineté technologique n’est plus un débat abstrait. 70 % du cloud européen sont entre les mains des hyperscalers américains », a constaté Lutz Diederichs, CEO de BNP Paribas Allemagne, en conférence. Cette phrase, entendue sur la scène principale de VivaTech, résonne directement avec mes travaux sur les données du Sud Global.

Deuxième enseignement : l’IA sort des écrans. Robots humanoïdes, interfaces cerveau-machine, lentilles connectées, jumeaux numériques du cheveu — les innovations de VivaTech 2026 n’étaient plus des logiciels. Elles s’incarnaient dans des objets, des corps, des espaces physiques.

Troisième enseignement : le Sud Global est présent, mais encore peu visible. Les pavillons Afrique, Inde et Océanie montraient une énergie réelle — mais leur surface, leur visibilité et leur budget restaient sans commune mesure avec ceux de l’Allemagne ou des États-Unis. C’est précisément ce déséquilibre que ma thèse cherche à documenter et à analyser.

VivaTech 2026 a confirmé une chose : le futur de l’IA ne se jouera pas seulement dans les laboratoires californiens ou les plans quinquennaux chinois. Il se construit aussi, et peut-être surtout, dans les hubs d’Abidjan, les incubateurs de Bangalore et les politiques numériques de Rabat.

Lien de la note methodologique : https://blog.mbadmb.com/note-methodologique-ia-redaction-de-larticle-de-terrain-vivatech-2026/