VivaTech 2026 : 10 ans d’innovation, et une édition qui change de dimension
Dix ans. C’est le cap que franchit VivaTech en 2026. Et pour marquer cet anniversaire, le plus grand salon tech d’Europe ne fait pas dans la demi-mesure : plus d’espace, plus de startups, davantage de premières mondiales, et une ambition clairement affichée de faire de Paris le centre de gravité de la tech mondiale pendant quatre jours.
180 000
visiteurs attendus
15 000
startups
450
speakers
+30 %
de surface expo
Une décennie de croissance
Lancé en 2016 à l’initiative de Publicis Groupe et du Groupe Les Echos, VivaTech accueillait 45 000 visiteurs à sa première édition. En dix ans, l’événement a grandi de façon spectaculaire : plus de 180 000 participants, 171 pays représentés, un nombre de startups multiplié par trois et d’investisseurs par douze.
Pour cette édition anniversaire, les organisateurs ont encore vu plus grand. Le Hall 7 de la Porte de Versailles s’étend désormais sur trois étages avec 30 % de surface supplémentaire, une capacité d’accueil doublée, 15 000 startups, 1 500 démonstrations et plus de 4 000 rendez-vous business. Un changement de dimension que résume sans détour François Bitouzet, directeur général de VivaTech : « Cette 10e édition reflète une nouvelle ère pour la tech, celle de l’IA, de la deeptech et d’une reconfiguration géopolitique dans laquelle l’Europe doit jouer pleinement son rôle. »
Quatre axes, un fil rouge : l’IA réelle
La programmation s’est construite autour d’un message clair : « Artificial Intelligence impact, not illusion. » Fini les annonces spectaculaires sans lendemain. Cette année, on parle de résultats concrets, de cas d’usage mesurables, d’une IA qui s’intègre vraiment dans les organisations.
AI & Productivity
L’IA générative au service de la performance réelle des entreprises, marketing, relation client, R&D, processus de production. L’expérimentation laisse place au déploiement à grande échelle.
Cybersecurity & Defense
Dans un contexte de cybermenaces en forte hausse, la sécurité numérique s’impose comme priorité stratégique n°1 pour 82 % des dirigeants interrogés, devant l’IA elle-même.
Greentech & Énergie
Transition énergétique, agriculture face aux aléas climatiques, régénération des océans — les technologies vertes sortent elles aussi du stade expérimental.
Deeptech, Tech Beyond the Obvious
Informatique quantique, interfaces cerveau-machine, réalité augmentée portée sur l’œil — les technologies qui paraissent improbables jusqu’au moment où elles ne l’ont plus.
Les innovations qui ont retenu l’attention
-« Au-delà des grandes annonces institutionnelles, c’est souvent dans le détail des stands que se lisent les vraies tendances.
L’Oréal x Adobe – CreAItech
L’Oréal a présenté CreAItech, sa plateforme interne de génération de contenu, qui combine les modèles d’Adobe pour produire à grande échelle des visuels et vidéos publicitaires, tout en respectant la charte de chaque marque. La plateforme intègre même un estimateur de CO₂ pour une création plus responsable. Une bonne illustration de ce que « l’IA au service de la productivité réelle » veut dire pour un grand groupe : du contenu produit plus vite, en plus grand volume, mais toujours encadré par une direction créative humaine.
L’Oréal – le K-scan de Kérastase
L’Oréal présentait aussi le K-scan, un appareil capable d’analyser la fibre capillaire (porosité, hydratation, état du cuir chevelu) pour recommander le produit le plus adapté. L’idée : croiser 116 ans d’expertise en biologie capillaire avec l’IA pour sortir du diagnostic généraliste. Le signe d’une tendance plus large dans la beauty tech, où le diagnostic devient quasiment scientifique.
Studio Lab – la photo produit automatisée
Cette startup coréenne combine robotique et IA pour automatiser la prise de vue produit. Sa solution GENCY prend en charge le shooting (cadrage, angle, lumière) et la création de la fiche produit en moins d’une minute, sans intervention humaine. Pour l’e-commerce, le gain de temps est immédiat, reste à voir comment cette automatisation s’articule avec la direction artistique des marques.
Samsung – santé proactive par l’IA
Samsung a présenté sa vision du bien-être connecté (« Open Invitation to a Healthier Tomorrow »), avec des dispositifs capables d’anticiper plutôt que de simplement mesurer. Parmi les solutions de son Open Care Lab, une collaboration avec la startup Becon propose une analyse de la peau et du cuir chevelu par IA.
Les speakers
Jeff Bezos — l’invité surprise
Sa présence n’a été révélée qu’au dernier moment, et elle aura marqué cette première journée : Jeff Bezos, fondateur d’Amazon et de Blue Origin, est monté sur la scène principale aux côtés de Dave Limp (CEO de Blue Origin) et de l’ex-astronaute de la Nasa Mike Massimino. Au menu : conquête spatiale, avec l’ambition affichée d’installer une base lunaire permanente avant de viser Mars, et IA, avec une thèse à contre-courant des discours stressants sur l’emploi. Selon lui, l’IA ne va pas détruire des emplois mais créer une pénurie de main-d’œuvre, en permettant d’identifier et de tester davantage de problèmes à résoudre.
Mais aussi…
Yann LeCun
Co-founder and Chairman – AMI Labs
Elizabeth Stone
Chief Product and Technology Officer – Netflix
François Provost
CEO – Renault Group
Joe Tsai
Co-founder and Chairman – Alibaba
Asmita Dubey
Chief Digital & Marketing Officer – L’Oréal Groupe
L’Allemagne, signal politique fort
L’Allemagne est désignée Pays de l’Année 2026, et ce choix dépasse largement le symbole. La délégation est la plus importante jamais vue à VivaTech : 200 startups, 14 Länder, 12 entités gouvernementales, deux ministres fédéraux, et un stand de 800 m², le plus grand de l’histoire du salon.
Dans un contexte où les États-Unis durcissent leurs politiques d’export control et où la Chine accélère massivement ses investissements dans les semi-conducteurs et l’IA, envoyer une délégation pareille est un message clair : l’Europe compte dans la compétition tech mondiale. Elle ne veut plus simplement la regarder. La présence d’ASML (fabricant néerlandais dont dépend toute la chaîne mondiale des puces électroniques) renforce encore cette lecture géopolitique.
La confiance tech, jamais si haute, jamais si sous tension
À l’occasion de ses 10 ans, VivaTech a publié son Baromètre de la Confiance 2026 (OpinionWay, 1 500 dirigeants, 7 pays). Le score global de confiance dans les nouvelles technologies atteint 89 points sur 100, un niveau record.
Mais derrière ce chiffre, des tensions bien réelles : 39 % des dirigeants avouent avoir déjà partagé des données confidentielles avec un outil IA en lequel ils n’avaient pas pleinement confiance. Et en France, 63 % des décideurs déclarent préférer des solutions d’origine européenne, contre 43 % en moyenne pour les autres Européens.
La souveraineté numérique n’est plus un débat théorique. Elle est devenue un critère de décision opérationnel pour les entreprises.
VivaTech s’ouvre à la ville et aux jeunes
Autre nouveauté de cette édition : VivaTech sort des murs de la Porte de Versailles. Le 14 juin, une journée en accès libre était organisée sur les Champs-Élysées (robots, IA du quotidien, mobilité, santé) pour rendre la tech accessible à tous, sans billet.
Le 20 juin, c’était le VivaTech Festival qui clôturait l’édition : une journée pensée pour les 18-35 ans, autour de l’économie des créateurs, des carrières de demain et de l’IA comme outil d’émancipation professionnelle. Coaching, démonstrations exclusives, formats courts, un format qui tranche avec l’atmosphère plus corporate du salon principal.
Ce que j’en retiens
Ce qui marque le plus en arrivant sur place, ce n’est pas un stand en particulier : c’est l’échelle. 180 000 visiteurs, 15 000 startups, trois étages de hall. On a beau lire les chiffres avant d’y aller, ils ne préparent pas vraiment à la densité réelle du salon. Les files devant les démonstrations les plus attendues s’étirent sur plusieurs dizaines de mètres, et certains stands restent inaccessibles.
VivaTech n’est plus seulement un salon tech : chefs d’État, commissaires européens et PDG du CAC 40 s’y croisent au même endroit. Jeff Bezos qui vient parler conquête spatiale et une petite équipe coréenne qui présente un robot photographe se retrouvent à quelques mètres l’un de l’autre.
Cette taille a tout de même une limite : avec 15 000 startups et autant de monde dans les allées, certains stands restent difficiles d’accès, même sur quatre jours. Mais l’ampleur du salon en dit aussi long sur la place que prend désormais la tech dans l’économie et la décision politique. VivaTech n’est plus un simple rendez-vous d’innovation, c’est devenu un événement qui pèse.

