Viva Technology 2025 : entre IA et sustainability

Viva Technology (VivaTech pour les intimes) est le plus grand événement tech et start-up qui ressemble les entreprises du monde tous les ans. Cette année, comme prévu, l’IA a été au cœur des discussions. Mais au-delà des gains de productivité, l’IA et l’innovation technologique au service de la transition écologique ont aussi été des sujets présents. Ayant participé le 12 juin 2025 dans le cadre de mon MBA DMB de l’EFAP, voici mes retours de cette journée sur ces sujets.

L’impact Bridge, un espace dédié aux technologies à impact positif

Cette année, EDF sponsorise un espace de 1 500 m² entièrement dédié aux technologies à impact positif : l’Impact Bridge. Situé entre les 2 grands halls du salon, on y trouve des startups et des innovations qui ont été sélectionnées en raison de leur capacité à répondre aux grands enjeux que sont les sujets environnementaux et sociétaux.

Parmi les organisations présentes, trois d’entre elles ont pu se présenter lors de la conférence “Innovating for a Sustainable Future with EDF” :

  • Chemdoc Water Technologies : PME française qui conçoit des systèmes conteneurisés de traitement de l’eau : filtration, purification et déminéralisation. Elle intervient dans les secteurs suivants : l’énergie, l’agroalimentaire, la pharmacie et auprès des collectivités.
  • BeZero : une agence de notation indépendante spécialisée dans les crédits carbone. Créée en 2020 à Londres, cette entreprise évalue la qualité environnementale des projets de compensation volontaire avec une méthodologie rigoureuse, publique et fondée sur des critères scientifiques.

  • NatureMetrics : une entreprise est spécialisée dans l’analyse environnementale par ADN environnemental (eDNA). Elle dispose d’un kit simple d’utilisation qui permet d’identifier les espèces présentes dans un environnement à partir de prélèvements d’eau, de sol ou d’air.

Sustainability & tech : des conférences inspirantes

Au cours de cette journée, j’ai eu l’occasion d’assister à de nombreuses conférences inspirantes autour du sujet de la durabilité et de l’IA. Entre l’écodesign, l’effet papillon et la stratégie bas-carbone, un point commun : l’IA.

Voici les points clés à retenir des conférences :

  • AI to the Rescue ? Re-Charting the Course to Net-Zero Energy
  • The Butterfly Effect : Rethinking AI’s Impact on the Planet and Society
  • Clean By Design: How Can We Create Green(er) AI ?

La conférence “AI to the Rescue? Re-Charting the Course to Net-Zero Energy”

L’IA est présentée comme une solution prometteuse pour optimiser la consommation énergétique, prévoir la demande et intégrer plus efficacement les sources d’énergie renouvelables. Des exemples sont donnés sur la manière dont l’IA peut optimiser le fonctionnement des bâtiments, des réseaux électriques et des systèmes industriels.

“We are looking a lot into agenic AI. In particular that we invested in is called common using deep industrial physics, genetic AI, very advanced genetic AI to enable those producing heavy, heavy industry.  ” – Jessica Burley, Investisseuse (Planet A Ventures)

“ We are using AI to improve the energy efficiency of the oil and gas production because we are an oil and gas producer and we are using a lot of AI to optimize the production performance, but also to reduce the CO2 emissions of this operation.” – Michel Lutz, Chief Data Officer and Digital Factory Head of Data & AI (TotalEnergies)

“ […] because self-regulation is not always enough, it’s about regulation. And the starting point is about standardization. So we are also working on a norm, in order to define in a consistent way, in Europe, how do you define a methodology so that you assess the impact of the global life cycle of AI.” – Sandrine Berthet, Déléguée à la transition écologique auprès du Directeur général des entreprises

La conférence “The Butterfly Effect : Rethinking AI’s Impact on the Planet and Society”

Dans cette intervention, Sasha Luccioni explore les effets souvent négligés de l’intelligence artificielle (IA) sur notre planète et nos sociétés. Utilisant la métaphore de l’“effet papillon”, elle explique comment des technologies apparemment anodines peuvent entraîner des bouleversements systémiques.

L’IA a un potentiel réel dans la lutte contre le changement climatique (comme la détection de la déforestation ou des fuites de méthane via l’imagerie satellite) mais elle engendre des coûts croissants :

  • La consommation d’eau pour le refroidissement des centres de données
  • La forte demande énergétique
  • La production massive de déchets électroniques

“There is true potential in AI in the fight against climate change but it comes at a cost… data centers use a lot of water for cooling.”

“E-waste is becoming the fastest-growing type of waste globally due to rapid device upgrades.”

Elle critique la privatisation des ressources énergétiques par les entreprises technologiques, l’influence géopolitique accrue, et l’illusion d’une efficacité durable. Le paradoxe de Jevons illustre que plus l’IA devient efficiente, plus elle est consommée.

“Data centers now use more energy than countries like Argentina and Egypt.”

Le coût de formation des modèles d’IA exclut de nombreux chercheurs indépendants et concentre le pouvoir dans les mains des grandes entreprises.

Elle souligne aussi l’impact sociétal : objets remplacés par le numérique, dépendance accrue à la technologie, et surconsommation de gadgets. Finalement, elle appelle à élargir notre compréhension de la durabilité au-delà de l’environnement, pour y inclure les dimensions sociales et économiques.

La conférence “Clean By Design : How Can We Create Green(er) AI ? ”

L’IA dépend fortement d’une infrastructure énergétique robuste. Actuellement, les centres de données consomment environ 1,5 % de l’électricité mondiale, mais ce chiffre masque des pics de 25 % dans certaines zones locales.

“A hyperscaler 100 megawatt data centre could consume as much electricity as 100,000 households.” – Siddharth Singh, expert en énergie à l’Agence internationale de l’énergie (AIE)

La croissance rapide des centres de données dépasse la capacité de développement des lignes de transmission et des transformateurs, créant un goulet d’étranglement pour l’expansion technologique.

Les intervenants proposent des solutions comme :

  • Construire plusieurs petits centres de données distribués plutôt qu’un grand.
  • Placer les centres dans des zones riches en énergies renouvelables.
  • Récupérer la chaleur des centres pour chauffer les bâtiments environnants.

“Clean AI Design would be rethinking the way we do AI… we should be thinking about how to distribute the training, make the model smaller, make it more efficient.” – Sasha Lachione, chercheuse spécialiste IA & climat de la plateforme Hugging Face

L’Afrique traite moins de 2 % de ses données localement. Il existe un potentiel pour sauter des étapes (“leapfrog”) et développer une infrastructure durable, mais cela nécessite coordination, énergie et eau.

“Not every country on the continent has enough power to power a data centre… but that will definitely help bring a lot of the value back on the continent.” – Kathleen Kallot, fondatrice d’Amini, spécialiste de l’infrastructure de données en Afrique)

La manque de transparence empêche toute mesure précise de l’impact carbone des modèles d’IA. Des expériences montrent qu’un même modèle peut être jusqu’à 60 000 fois plus énergivore qu’un autre pour une tâche similaire.

Les intervenants défendent donc une approche plus sobre, ciblée, locale : “Smaller models, more distributed models, more local data and context… it’s more democratic.”

Une présence forte d’Ecolab – Greentech Innovation à Viva Technologie

Un guide des bonnes pratiques pour une IA plus respectueuse de l’environnement annoncé

En 2030, selon l’Agence Internationale de l’Énergie, la demande d’électricité nécessaire aux datacenters équivaudra à celle du Japon. Pour maîtriser cet impact augmentant rapidement, l’Ecolab, le Groupe AFNOR et le Hub FranceIA ont annoncé la publication d’un kit d’engagement pour une IA frugale.

Comment réduire l’impact de son matériel, de ses logiciels et de ses données ? Comment piloter un projet d’IA durable ? Comment communiquer à ce sujet ?

Ce guide est destiné à toutes les organisations utilisant de l’IA et souhaitant maîtriser leur empreinte environnementale avec 15 bonnes pratiques.

Nomination des 31 lauréats de la nouvelle promotion Greentech Innovation 2025

Portée par Ecolab, cette initiative provenant des Ministères Aménagement du territoire Transition écologique valorise les start-up et PME qui inventent les solutions de demain pour répondre aux grands défis environnementaux.

L’Ecolab intervient comme catalyseur de projets innovants publics et privés et active deux leviers principaux :

  1. Le soutien à l’innovation entrepreneuriale qui répond à l’urgence écologique (entreprises greentech)
  2. La mobilisation de la donnée et de l’intelligence artificielle pour accélérer les politiques publiques de la transition écologique

Désormais, 318 entreprises sont comptabilisées dans le Greentech Innovation. Cette année, ces innovations portent sur différents sujets comme :

  • la mobilité durable
  • la biodiversité
  • la décarbonation
  • l’eau
  • l’agriculture
  • l’économie circulaire
  • la sobriété numérique
  • les risques climatiques

Cette journée a été riche en découvertes et en conférences très intéressantes ! Les initiatives et les solutions exposées prouvent qu’il est impossible d’allier durabilité, sobriété et innovation technologique.

Concernant l’IA, si son utilisation a été démocratisée au niveau du grand public, son application est aussi en forte expansion dans divers secteurs d’activité. Dans le cadre de la transition écologique, il faut repenser les manières de travailler, d’utilisation et de conception pour accompagner au mieux les efforts de la transition.

Alice Ung, Chargée de communication et marketing