Quand nos grands-parents ralentissent un monde qui va trop vite

J’ai vécu un an avec mes grands-parents.
Et ma grand-mère répétait souvent cette phrase : « la vieillesse est un naufrage ». Je n’ai jamais vraiment su quoi lui répondre. Sur le moment, ça me semblait être une phrase triste mais banale. Et puis, après une année passée à leurs côtés, je crois que j’ai enfin compris ce qu’elle voulait dire, et surtout, pourquoi je ne suis pas d’accord avec elle.

Cette vidéo est née de cette cohabitation hors du temps. D’un contraste permanent entre leur rythme et le mien. Entre un monde qui accélère sans cesse, et eux, qui avancent lentement, avec une précision presque déconcertante.


Un choc de temporalités

Dans un quotidien dominé par le digital, je suis habituée à aller vite. Parler vite. Scroller vite. Réagir vite. Mon attention est sollicitée en permanence, toutes les quelques secondes. La dopamine est devenue un réflexe.

Mes grands-parents, eux, m’ont confrontée à tout l’inverse. Ils m’ont obligée à ralentir. À reformuler parce que je parlais trop vite. À écouter vraiment. À patienter. À m’arrêter.
Là où je voulais aller droit au but, ils prenaient le temps du détour. Là où je cherchais l’efficacité, ils privilégiaient la présence.

Progressivement, j’ai compris que leur lenteur n’était pas une faiblesse, mais une forme de résistance à interpréter.


Vieillesse et digital : une fracture invisible

À travers cette vidéo, j’ai voulu mettre en lumière une fracture que l’on évoque peu : celle du temps. Le digital impose une accélération constante, une immédiateté devenue norme. Les personnes âgées, elles, vivent dans un tempo différent, souvent incompatible avec les usages numériques actuels.

Ce décalage crée de l’incompréhension, parfois de l’exclusion. Mais il peut aussi devenir une richesse, si l’on accepte de changer de point de vue. Mes grands-parents ne sont pas “en retard”. Ils vivent simplement dans un autre rapport au monde.


Une autre manière d’être au monde

On dit souvent que la vieillesse est synonyme de perte : perte d’autonomie, perte de repères, perte de vitesse. Pourtant, cette année passée avec eux m’a appris tout l’inverse. Ils m’ont appris à gagner du temps, paradoxalement. À le multiplier. À le respecter.

Il paraît qu’il n’y a rien de plus précieux que le temps.
Alors peut-être que nos grands-parents possèdent, sans le savoir, le plus beau des super-pouvoirs.

78 % des Français ont peur de vieillir. Aujourd’hui, je peux dire que je n’en fais plus partie. Et si je pouvais répondre enfin à ma grand-mère, je lui dirais :
Mamita, tu te trompes. La vieillesse n’est pas un naufrage. Merci de m’avoir sauvée.

Lien vers la note méthodologique


Alixe ARGACHA – MBA DMB