Le confinement. Si nous autres, les #puissance13 (ma promo, ndlr), nous nous sommes finalement plutôt bien adaptés à cette transformation digitale de nos cours et de nos apéros, je me suis intéressée à nos profs. Ces « pro du digital » qui nous impressionnent et nous inspirent, comment ont-ils vécu ce basculement soudain des cours ? Comment se sont-ils adaptés ?

Pour le savoir, je me suis adressée à Nathalie Rilcy et Alexandre Simon, d’ANATOLE 42 COLLECTIVE, experts de l’UX design, qui nous ont fait vivre notre premier UX Sprint à distance, et qui, vous le verrez, ont géré… comme des pros !

Ci-dessous leur interview, réalisée en vidéo-conférence.

Au préalable, quelques définitions. L’UX design ou expérience utilisateur en français, désigne la qualité de l’expérience vécue par l’utilisateur dans une situation. L’UX Sprint est une méthode inventée par Google Venture de co-création accélérée pour la résolution de problèmes, validation de concept et de test de prototype.

Nathalie, Alexandre, comment avez-vous géré vos cours pendant le confinement ?

ALEXANDRE : Vincent (Montet, directeur du MBA DMB, ndlr) m’a appelé pendant le confinement pour m’annoncer que le cours aurait lieu en « remote » et me demander si je me sentais capable de tenir 3 jours à distance. Ma première réaction a été « wahoo, c’est chaud ! » … mais j’ai rapidement accepté.

NATHALIE : il fallait préparer cette séance en enquêtant sur le contexte et comment les étudiants vivaient leurs cours depuis le début du confinement. J’ai donc contacté Elodie (Gaydu, assistante pédagogique du MBA, ndlr) pour savoir où les étudiants en étaient dans leur parcours, comment ça se passait, s’ils avaient déjà pu se rencontrer, … je voulais savoir comment on pouvait s’inscrire dans le groupe, qu’est-ce qu’on pouvait proposer comme dynamique. Voilà, j’ai mené ma petite enquête avant de commencer la réflexion.

ALEXANDRE : c’était bien, parce que c’est un cours que je donne depuis 5 ans et qui évolue, mais du coup, je suis quand même un peu biaisé par mon propre flow donc ça m’a permis de prendre du recul. C’était une super initiative de Nathalie.

Donc assez naturel pour des pros du digital de donner leur cours à distance?

NATHALIE : ce n’était pas naturel mais je me suis dit que l’on pouvait tout adapter… qu’il fallait que l’on soit mieux renseigné de ce qui était attendu de l’expérience pour la gérer au mieux. Je n’avais pas trop peur, j’étais vraiment dans la réflexion de comment faire pour que l’expérience soit positive et retranscrire ça au mieux.

ALEXANDRE : moi j’étais un peu inquiet, parce que j’avais déjà fait des ateliers à distance mais pas plus de 2 heures, j’étais donc un peu inquiet de savoir comment les étudiants allaient vivre une journée entière à distance… et 3 journées de suite ! En sachant que le Sprint c’est déjà quelque chose d’hyper fatiguant ! Je ne savais pas si j’allais réussir à garder les étudiants attentifs. Aussi pendant que Nathalie lançait son étude avec Elodie, je me suis renseigné, j’ai regardé notamment un webinar du Laptop où plusieurs facilitateurs intervenaient pour donner leur retour d’expérience d’atelier à distance. Ça m’a rassuré sur le fait que c’était quand même possible, même si de ce que j’entendais ils n’étaient pas non plus sur des ateliers de 3 jours.

Après, je me suis bien pris la tête sur l’outil et sur ce à quoi le board devait ressembler. Parce que le Design Sprint propose un board tout fait mais ça ne rentrait pas du tout en 3 jours. Et puis, j’avais envie de vraiment réfléchir à ce que serait le flow parfait pour moi et pour Nathalie, compte tenu de ce que l’on savait.

Donc on a pris notre mur (chez eux, ndlr), et on fait un atelier où on a noté jour 1, jour 2, jour 3, avec les objectifs de chaque jour et les activités. Nathalie me challengeait sur les différences entre le cours en présentiel et le cours à distance et à chaque étape on essayait de trouver des astuces.

NATHALIE : on a essayé de penser à ce qui était utilisable, mobilisable pour les étudiants parce qu’il y a beaucoup de choses à voir dans un Sprint, même en présentiel c’est déjà compliqué de transmettre autant de contenu, de faire autant d’exercices … donc on a essayé de filtrer au max et de ne garder que ce qui est pertinent et réutilisable.

ALEXANDRE : du coup, le mail d’intro (mail de préparation à la formation reçu quelques jours avant, ndlr), est venu de cette discussion. On s’est dit qu’il fallait bien « on-boarder » les étudiants avant. On a aussi eu cette réflexion sur Mural (outil utilisé pendant la formation, ndlr) qui n’est pas facile à prendre en main, alors on a eu l’idée de faire faire aux étudiants un exercice en amont avec des cartes de présentation… après on réalise que ce n’est peut-être pas suffisant mais ça permettait de monter a minima en compétence sur l’outil.

NATHALIE : il y a aussi ce à quoi on a pensé au fur et à mesure, notamment tout l’aspect rituel des retrouvailles. On y avait pensé mais on était hésitant et on ne l’a pas creusé autant que l’on aurait dû. Faire ces 3 jours nous a permis de voir que c’était nécessaire. Je sentais qu’il y avait un besoin de ce côté-là parce que j’ai fait une formation comme ça il y a 10 ans. Je sais très bien l’ambiance qu’il y a dans la classe, je sais comment ça se passe quand on travaille et que l’on se voit pas pendant plusieurs semaines, je sais bien qu’on a envie de se retrouver… et que c’est différent à distance. La prochaine fois il faut penser à un vrai espace de retrouvaille pour les étudiants.

ALEXANDRE : oui, on s’est dit que la prochaine fois on rajouterait une « room pause » où les étudiants pourraient se retrouver le matin, pour déjeuner, etc.

Voilà, c’était un gros jeu avec Nathalie d’essayer de comprendre comment à chaque étape on pouvait remettre de la proximité, comment on pouvait « designer » en fait…

Avec le recul, s’il y avait une seule chose que vous qualifieriez de clé, laquelle serait-elle ?

NATHALIE : … garder les groupes et créer des « rooms » pour chaque groupe sur Zoom (outil de vidéo conférence, ndlr) !

ALEXANDRE : oui, des discussions à 4, ça change tout !

Alors, si vous deviez ne garder qu’une seule des deux solutions, présentiel ou à distance, laquelle choisissiez-vous ?

ALEXANDRE : il y a des choses en présentiel où l’on profite plus de la synergie globale. Normalement à la fin d’un Sprint, on est tous hyper contents, complètement crevés, mais en même temps on a vécu un truc fort ensemble, et en présentiel on termine par un petit apéro. On a pas mal réfléchi avec Nathalie sur comment refermer l’atelier…

NATHALIE : … oui, et ça nous a ouvert des pistes de réflexion pour les prochaines fois. Déjà le tour de table à la fin, cette fois-ci, c’est quelque chose que l’on a ajouté en cours de route.

Sinon, en présentiel, le côté post-it est quand même bien plus fluide ; pour les questions-réponses quand on passe dans les groupes, les échanges sont plus rapides ; les présentations finales sont plus faciles aussi, parce que le groupe est debout ensemble pour présenter son produit…

Par contre, les groupes c’est aussi plus fatiguant parce qu’il y a beaucoup de bruit, les étudiants ont moins d’espace, c’est finalement peut-être moins confortable les groupes en présentiel… oui !

ALEXANDRE : un truc positif du cours à distance, mais c’est clairement personnel, c’est qu’à la maison, c’était marrant en fait !

J’étais dans le couloir, Nathalie était là (dans le bureau, ndlr), et à un moment je mets les groupes dans les « rooms », je reviens et je me mets à couper les concombres… alors que Nathalie s’occupe de notre fille ! (rires)

NATHALIE : (rires)… oui, on cuisinait en même temps !

ALEXANDRE : … et paf ! On se reconnecte tous les 2 mais moi avec le couteau dans le dos ! (rires)

NATHALIE : c’était assez marrant ! C’est la première fois que l’on a travaillé dans un environnement aussi « mélangé ».

ALEXANDRE : il y a avait une bonne ambiance ! A la fin, on a « checké » , il y avait un truc bizarre, les espaces changeaient de fonction tout le temps ! (rires) C’était très intéressant et ça m’a donné plein d’idées de nouvelles façons de travailler à distance !


Nathalie, Alexandre, merci pour ces 3 journées de Sprint, pour le temps que vous m’avez accordé pour cet entretien, votre bonne humeur et votre bienveillance.