J’ai eu l’occasion d’interviewer Christophe Devaux, Consultant CRM et Inbound Marketing chez Okedito France, dans le cadre de mes recherches pour ma thèse « Unifier les parcours clients lors d’une convergence d’entreprises : le rôle central du digital dans la rétention et l’engagement ». Son témoignage, croisé à des données externes et à des travaux académiques, permet de dégager une vision à la fois pragmatique et documentée.

Contexte du marché et enjeux scientifiques
Les fusions et acquisitions représentent aujourd’hui plus de 3 000 transactions par an en Europe, dont près de 40 % intègrent une composante digitale majeure (source : European M&A Review 2024). Cette dynamique soulève deux questions centrales : comment éviter la perte de valeur client lors de la transition ? Et comment le digital peut-il soutenir la fidélité et l’engagement durant cette phase critique ? Des travaux académiques récents (Smith & al., 2023) soulignent l’importance d’une gouvernance de la donnée solide et d’une conduite du changement participative pour limiter l’attrition client post-fusion.
Points clés de l’entretien avec Christophe Devaux
Lors de notre échange, Christophe a insisté sur l’importance d’un audit exhaustif des systèmes existants : « Il est indispensable de dresser un inventaire précis des CRM, des outils d’automatisation marketing et des plateformes de service client », m’a-t-il confié. Il détaille comment, en six mois chez Okedito, il a mené cette phase d’inventaire auprès de deux entités B2B récemment fusionnées.
Christophe a également insisté sur la gouvernance des données. « Sans règles claires de priorité et de normalisation des formats, toute consolidation conduira à des doublons et à une dégradation de la confiance client », explique-t-il. Cette recommandation rejoint les conclusions de l’étude de l’International Journal of Information Management, qui montre que 70 % des projets de Customer Data Platform échouent faute de protocoles de gouvernance définis dès le départ.
Sur le plan humain, Christophe a souligné l’efficacité des ateliers de co-construction (« design thinking ») et la création de « champions » au sein de chaque service. « Impliquer marketing, ventes, service client et IT dès le début favorise l’appropriation et accélère les premiers gains », m’a-t-il expliqué. Cette approche collaborative se retrouve dans le modèle ADKAR de gestion du changement, largement cité dans la littérature managériale.
Illustration par un cas concret et chiffres clés
Pour illustrer ces recommandations, Christophe m’a présenté un cas client : un groupe de services B2B ayant intégré un réseau régional grâce à la plateforme Okedito. Après nettoyage de 120 000 contacts et migration de huit pipelines, quinze workflows de nurturing ont été redéfinis. En parallèle, un chatbot a centralisé les demandes entrantes. Les résultats après huit mois sont éloquents : + 25 % de leads qualifiés, – 30 % du cycle de vente et + 18 % de cross-selling entre les deux entités. Ces chiffres confirment, dans un contexte français, les retours d’expérience publiés par Gartner sur l’impact positif des plateformes unifiées.
Apports externes et perspectives
Au-delà de ce retour d’expérience, j’ai intégré dans cet article plusieurs éléments issus de rapports sectoriels et de publications académiques. Par exemple, le Baromètre du Digital 2025 de la Fédération Française de la Banque indique que 62 % des clients B2B considèrent la fluidité digitale comme un critère de fidélité incontournable. De même, un article de l’Harvard Business Review (novembre 2024) met en avant l’IA conversationnelle comme levier d’engagement, un point que Christophe a confirmé en évoquant l’utilisation de chatbots proactifs pour qualifier les leads.
Trois tendances méritent une attention particulière :
- L’essor de l’IA générative pour personnaliser en temps réel les interactions,
- La montée en puissance de la réalité augmentée dans l’avant-vente et le support client,
- L’émergence de standards ouverts (comme Solid) pour redonner au client le contrôle de ses données et faciliter les échanges inter-entreprises.
Conclusion et ouverture de recherche
L’interview de Christophe Devaux, associée aux données externes et aux cadres théoriques existants, confirme que le digital n’est pas qu’un simple outil technique : il est le moteur d’une harmonisation réussie des parcours clients, capable de préserver et d’accroître l’engagement après une fusion. Pour la suite de ma thèse, je compte approfondir l’impact comparé des différentes approches de gouvernance de la donnée et mener des focus groups avec des entreprises ayant adopté des standards ouverts.
Cette démarche croisée entre terrain et théorie vise à proposer un guide de recommandations opérationnelles et validées académiquement, afin de répondre à une problématique centrale : comment le digital peut-il harmoniser les parcours clients tout en renforçant leur fidélité et leur engagement ?