"Un consultant n'est pas là pour être remplacé, mais pour pousser ses analyses" : rencontre avec Marie, team lead SEA chez datashake
On imagine souvent le métier de la publicité digitale comme une affaire purement technique, faite de chiffres, de plateformes et de tableaux de bord. Marie, team lead chez datashake, agence de webmarketing parisienne, prouve l'inverse. Derrière le pilotage des campagnes se cache un vrai métier d'humain, fait de transmission, de management et de curiosité. Rencontre avec une professionnelle au parcours tout sauf linéaire.
De l'écologie à la publicité, un parcours atypique
Rien ne destinait Marie au paid media. "De base, j'avais étudié l'écologie, ça n'a rien à voir", reconnaît-elle en souriant. Mais une attirance constante pour la publicité l'a poussée à chercher un point d'équilibre entre deux univers : "Les ads, c'est très chiffré, de l'analyse. Et la publicité, c'est plus créatif. J'ai fait un mix des deux."
Après une licence, elle intègre Publicis pendant près de deux ans, sur des médias plus traditionnels (télé, radio), où elle manage déjà une équipe. Un master en marketing digital plus tard, elle rejoint datashake, où elle compte aujourd'hui quatre ans de maison, sur huit ans d'expérience au total. Particularité : elle y arrive directement comme team lead, son expérience de management faisant la différence dès l'entretien.
Team lead : 40 % de management, 60 % d'opérationnel
Comment résumer son poste à quelqu'un qui n'y connaît rien ? Pour Marie, c'est un équilibre clair : "Chez datashake, c'est 40 % de management et 60 % d'opérationnel." Elle accompagne une équipe de consultants sur la stratégie, la gestion des comptes et l'onboarding client de A à Z, tout en gardant son propre portefeuille. À cela s'ajoutent des casquettes annexes : le reporting sous Looker Studio pour les différentes entités du groupe, et un rôle de point de contact (POC) avec la régie Meta.
Sa semaine type ? Elle commence le lundi par un état des lieux de l'équipe pour repérer les gros sujets, un lancement par-ci, une échéance client par-là. Le reste se répartit entre les calls clients (environ 70 % du temps), les points internes (20 %) et la mise en place de process (10 %).
"Outre le fait de les suivre, c'est aussi mon job de leur faire aimer ce qu'ils font."
Manager une équipe jeune : déléguer et recruter sur la motivation
Le management, Marie l'aborde par l'accompagnement et le challenge. Pousser ses consultants à devenir les meilleurs sur l'opérationnel, mais aussi développer leurs compétences relationnelles : gérer un client sous pression, célébrer les victoires, valoriser un bon ROAS et savoir poser les bons next steps quand les résultats sont moins bons.
Son apprentissage le plus marquant : la délégation. "Avant, je ne voulais pas déléguer, mais pas par manque de confiance. Je me disais que j'irais plus vite en le faisant moi-même." Avec des responsabilités croissantes, elle a appris à confier les missions et à mieux gérer son temps, sans pour autant sacrifier sa vie personnelle. Une maturité qui, selon elle, vient avec l'expérience : "Plus on est junior, plus on a envie de tout donner et de se prouver."
Côté recrutement, son critère numéro un n'est pas technique. "Le feel et la motivation. L'opérationnel, ça vient avec le temps. Mais si la personne est curieuse et motivée, c'est ça qui compte." Quitte à préférer quelqu'un qui essaie et se trompe à quelqu'un qui se contente de suivre la ligne.
Le feedback, et la fameuse "barrière" manager-ami
Interrogée sur son erreur de management la plus formatrice, Marie est lucide : ne pas avoir posé assez tôt de limite entre la manager et l'amie, surtout face à des collègues du même âge. "C'est très dur de garder cette barrière du 'tu peux tout me dire, je suis là pour toi', tout en sachant dire non quand il le faut." Une expérience qui l'a aidée à structurer une vraie culture du feedback, négatif compris, mais toujours dans la bienveillance : "Je préfère qu'on me dise que c'était nul et que j'apprenne derrière, plutôt qu'on me dise que ça va alors que c'était catastrophique."
L'IA dans le métier : un copilote, pas un pilote
Ce qui a le plus changé ces dernières années ? "L'automatisation", répond-elle sans hésiter, des visuels sur Canva aux outils d'IA générative qui font gagner un temps fou. Mais Marie pose une limite nette, surtout pour les profils juniors.
"Faire saisir 2000 termes de recherche, autant que l'IA le fasse. Mais pour analyser pourquoi une campagne a un problème, c'est mieux que j'utilise ma tête."
Sa crainte : que l'IA empêche d'apprendre. "Si j'utilise l'IA, je ne retiens rien. Alors que si je creuse moi-même, certes ça me prend trois heures, mais au moins j'ai compris, et la prochaine fois je saurai." Pour elle, la ligne est claire entre ceux qui laissent l'IA faire le travail à leur place et ceux qui s'en servent pour pousser plus loin leurs analyses.
Son conseil aux futurs consultants
Le mot de la fin tient en deux idées. D'abord, ne rien prendre personnellement, qu'il s'agisse des clients ou des tensions internes. Ensuite, et surtout, cultiver sa curiosité : "Ce sont les plus curieux qui réussissent le plus. Les profils les plus seniors aujourd'hui, c'est parce qu'ils ont creusé les sujets eux-mêmes." Un conseil qui résume bien sa vision du métier : la technique s'apprend, mais l'envie d'apprendre, elle, fait toute la différence.
Cet article a fait l'objet d'une note méthodologique sur l'utilisation de l'IA : https://blog.mbadmb.com/note-methodologique-1-article-entretien-avec-marie/