REVUE DE LIVRE : "LE BUG HUMAIN" DE SÉBASTIEN BOHLER

Dans le cadre de notre travail de pré-rentrée, j’ai eu l’opportunité de lire un essai scientifique et sociétal intitulé « Le bug humain : Pourquoi notre cerveau nous pousse à détruire la planète et comment l’en empêcher » de Sébastien Bohler.

Sébastien Bohler : la vulgarisation de la neuroscience

Ce journaliste scientifique, conférencier et écrivain français est une figure de référence pour quiconque s'intéresse au pont entre la science et le comportement humain. Ancien élève de l'École Polytechnique, il est docteur en neurosciences et rédacteur en chef du magazine « Cerveau & Psycho ».

Sa capacité à vulgariser des mécanismes biologiques complexes pour expliquer des phénomènes de société, rend ses écrits particulièrement intéressants et pertinents dans le cadre de nos études au sein du MBA DMB de l’EFAP. Il ne se contente pas seulement d'observer des neurones. Il analyse comment notre héritage biologique influence nos décisions d'achat, notre rapport aux écrans et notre difficulté à changer de modèle économique malgré l'urgence climatique.

Le striatum ou le cœur du « bug humain »

Publié en 2019, « Le bug humain » arrive à un moment crucial où la prise de conscience écologique se heurte violemment à la croissance exponentielle de l'économie numérique. En effet, l’ouvrage cherche à expliquer pourquoi, malgré les alertes scientifiques sur la catastrophe climatique et écologique, l’humanité continue dans une trajectoire destructrice.

Selon l'auteur, le principal responsable est notre cerveau et plus précisément le striatum. Une zone qui nous récompense instantanément par de la dopamine, notamment à travers cinq comportements fondamentaux :

SE NOURRIR

À l’époque de la préhistoire, manger était un moment beaucoup moins automatisé que nos habitudes actuelles, où nous faisons face à une véritable abondance alimentaire. Manger était synonyme d’instinct de survie. Les calories se faisant plus rares, le cerveau récompensait massivement pour la consommation de gras et de sucre.

SE REPRODUIRE

De même, à la préhistoire, la survie de l’espèce dépendait des ébats sexuels. C’est pour cela que le striatum est obsédé par le sexe. Et notre société l’a bien compris et en joue : l’industrie pornographique reste l’un des moteurs les plus puissants du trafic web. En effet, on estime que les contenus pour adultes génèrent près d'un tiers de l'ensemble des flux de données mondiaux.

ACQUÉRIR DU STATUT SOCIAL

L’être humain a toujours été friand de pouvoir. C’est ancré dans nos comportements sociaux. Grimper dans la hiérarchie garantit un meilleur accès aux ressources. Par exemple, historiquement, plus l’empire d’un empereur était vaste, plus il avait de pouvoir. Aujourd’hui, plus nous avons de « followers » ou de « likes » sur nos réseaux sociaux, plus nous avons d’influence et de légitimité auprès de notre communauté.

FOURNIR LE MOINS D'EFFORT POSSIBLE

Sous la menace d’un prédateur, l’énergie et l’économie de ses forces étaient vitales pour le fuir en cas d’urgence. Notre cerveau est habitué à tout ce qui est facile. Les grandes enseignes se doivent de jouer dessus pour faciliter l’expérience client et pousser à l’achat.

COLLECTER DE L'INFORMATION

Notre cerveau est accro à la nouvelle information : pour l'homo sapiens, savoir où trouver de l’eau et où trouver de la nourriture était vital. En tant que « digital natives », nous passons en moyenne 4h par jour sur nos téléphones à la recherche constant d’information. Le striatum nous récompense aussi pour cela.

Ce mécanisme, utile à l’époque préhistorique devient finalement un véritable « bug » dans le monde moderne. Dans ce contexte de crise de l’attention, notre cerveau est inondé par cet environnement d’abondance numérique. En effet, les réseaux sociaux et le marketing digital ont appris au fil des ans à flatter notre striatum en continu (likes, notifications, scroll infini), créant ainsi un cercle vicieux. Ce dernier nous pousse alors à consommer toujours plus, à rechercher le plaisir instantané (argent, pouvoir social, nourriture…) sans prendre en compte les conséquences à long terme. Notre société de consommation capitaliste exploite ce « bug » neurologique.

Le « bug humain » selon Bohler, peut donc être définit comme étant une inadéquation entre les instincts hérités de l’évolution et les défis modernes.

Critique : forces et limites de cet essai scientifique

Cet ouvrage vulgarise la psychologie cognitive et les neurosciences appliquées au marketing pour comprendre les déclencheurs du désir. L’auteur émet des propos percutants et documentés faisant le lien entre le cerveau et la destruction écologique.

Néanmoins, l’explication de ces pulsions reste fondamentalement déterministe et provoque un sentiment d’impuissance chez le lecteur face à notre programmation biologique. Les solutions proposées par le neuroscientifique restent générales et manquent de plans d’actions concrets.

 En résumé : 

FORCES
LIMITES
  • Vulgarisation et accessibilité neuroscientifique ;
  • Analyse originale du lien entre le cerveau et la destruction écologique ;
  • Propos percutants et documentés.
  • Explication trop déterministe (le striatum est le seul responsable) ;
  • Solutions proposées généralistes et manquent de plans concrets ;
  • Sentiment d’impuissance face à notre programmation biologique.

Conclusion : quel est notre rôle ?

Avec cet essai, l’auteur met en lumière un paradoxe fondamental ; une incompatibilité entre un processus biologique et animal vieux de plusieurs millions d’années et une technologie moderne qui nous dépasse. Nos outils dits rationnels, scientifiques et technologiques, ne suffisent plus à changer nos comportements dominés par nos pulsions.

Sébastien Bohler appelle finalement à repenser nos sociétés en développant une conscience collective, une éducation émotionnelle, ainsi qu'en créant des institutions capables de restreindre nos penchants destructeurs.

Retrouvez la méthodologique IA de l'article juste ici: Note Méthodologique IA

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