Dans le cadre de notre cursus au MBA DMB, nous sommes encouragés à rencontrer des professionnels du digital pour mieux comprendre les enjeux du secteur, ses évolutions, et les trajectoires possibles. J’ai eu la chance d’échanger avec Julien Morlais, consultant en stratégie digitale indépendant depuis plus de dix ans, basé à Nantes. Ni "influenceur LinkedIn" ni PDG d’une licorne, Julien incarne une autre facette du digital : celle d’un professionnel de terrain, à l’écoute, et lucide sur les mutations du secteur.

La gen Z : un tourisme 2.0

Un parcours atypique mais cohérent

Julien n’a pas suivi une "carrière rêvée" dans la tech. Après un début dans la communication institutionnelle, il découvre le digital par "nécessité plus que par passion". "On m’a demandé de créer une newsletter interne, puis un site événementiel. J’ai appris sur le tas", raconte-t-il avec un sourire.

Ce n’est qu’après plusieurs années en agence qu’il décide de se lancer à son compte : "Je voulais plus de liberté dans ma manière d’accompagner les clients, sans la pression de vendre des packs préconstruits." Depuis 2014, il conseille TPE, PME et collectivités sur leur transformation digitale, avec une approche pragmatique.

L’importance de la pédagogie dans le digital

Ce qui frappe dès les premières minutes de notre échange, c’est l’importance que Julien accorde à la transmission. "Beaucoup de gens pensent que le digital, c’est une question d’outils. En réalité, c’est surtout une question de culture et d’accompagnement au changement."

Il insiste : "On ne peut pas plaquer un outil ou une méthode sans comprendre la réalité de l’entreprise. Sinon, ça ne tient pas dans la durée." Pour lui, un bon consultant digital est avant tout un traducteur : entre les enjeux techniques, les attentes des utilisateurs, et les objectifs de la direction.

Apprendre à désapprendre : une nécessité permanente

Quand on lui demande quel conseil il donnerait à un étudiant ou une étudiante en digital aujourd’hui, il répond sans hésiter : "Apprenez à désapprendre."

"Ce qu’on sait aujourd’hui ne sera peut-être plus valable demain. Les plateformes évoluent, les usages changent, les algorithmes mutent. Il faut une posture d’humilité permanente." Une remarque d’autant plus pertinente à l’heure où les IA génératives bouleversent déjà les métiers du marketing et de la communication.

Julien évoque notamment le cas des réseaux sociaux : "Il y a cinq ans, on formait les clients à Facebook. Aujourd’hui, on parle TikTok, mais dans deux ans ? Peut-être autre chose. Le fond reste, la forme évolue. C’est notre job de suivre, mais aussi de garder du recul."

Rencontre avec un consultant digital

Un regard critique sur les tendances

À l’heure où les buzzwords envahissent le secteur (blockchain, metavers, IA...), Julien reste prudent : "Je me méfie des effets de mode. Il faut comprendre l’intérêt stratégique de chaque technologie avant de la recommander. Trop de boîtes se lancent parce que c’est ‘tendance’, sans se poser la question de la valeur ajoutée réelle."

Il cite l’exemple du métavers, qui a suscité un engouement fort mais souvent déconnecté des usages concrets : "Certaines collectivités ont investi dans des projets virtuels à coût élevé... sans audience derrière. Il faut se demander : est-ce que ça répond à un besoin ? Ou est-ce juste une vitrine ?"

Construire un réseau par la confiance

Au fil de notre discussion, un autre message se dégage : le digital reste profondément humain. Pour Julien, le réseau se construit d’abord dans la durée, et par la qualité des échanges. "Je ne fais pas du personal branding à outrance. Je préfère des collaborations solides, des recommandations, du bouche-à-oreille."

Un conseil précieux pour nous, étudiants, souvent pris dans la course à la visibilité sur LinkedIn : "Oui, c’est bien d’avoir une présence en ligne. Mais le plus important, c’est de rester soi-même, cohérent dans ses prises de parole, et curieux des autres. On se construit un réseau sur le long terme, pas à coups de likes."

Ce qu’il faut retenir de cette rencontre

Mon échange avec Julien Morlais m’a rappelé que le digital n’est pas un but, mais un moyen. Loin des figures flamboyantes souvent mises en avant, il existe une autre génération de professionnels, plus modestes mais non moins essentiels à l’écosystème.

Voici les 5 enseignements que je retiens de notre entretien :

  1. Le digital, c’est d’abord une culture, pas seulement des outils.
  2. La capacité d’apprentissage est clé, mais celle de désapprentissage l’est tout autant.
  3. Le recul est nécessaire face aux tendances technologiques.
  4. L’écoute et la pédagogie sont des compétences stratégiques dans tout projet de transformation.
  5. Le réseau se construit par la confiance, pas par l’esbroufe.

Chers lecteurs du Blog MBA DMB, voici la note méthodologique de l'article.