Quel « Future of Work » à l’ère Post-Covid ?

« La civilisation des loisirs, le chômage de longue durée et les nouvelles technologies ont changé notre rapport au travail. Il est toujours nécessaire ; il a cessé de valoir absolument, surtout pour les jeunes. Le travail n’est pas un devoir. C’est pourquoi il a un prix. Il n’est pas une fin en soi. C’est pourquoi il doit avoir un sens. L’homme est un être de désir, et nul ne désire le travail pour le travail ; on ne le désire que pour le bonheur qu’on y trouve ou qu’il permet. Le bonheur n’est ni dans l’avoir ni dans l’être : il est dans le faire. » André Comte-Sponville

Quel « Future of work » à l’ère Post-Covid ?

Paris. 1er mai 2020. Alors que le confinement devrait toucher à sa fin le 11 mai prochain, de nombreux regards se tournent vers l’avenir et le fameux monde «post Covid» évoqué par tous.

Si nous entrons dans l’ère du « care » où il est plus que jamais temps de se recentrer sur l’essentiel et de placer la solidarité et la bienveillance au centre des enjeux : un nouveau monde existera-t-il vraiment ? Une véritable remise en question de notre modèle économique et social est-elle possible ?

Alors que j’entreprends cette année la réalisation d’une thèse sur « comment le digital peut favoriser un accompagnement 360 et plus humain au demandeur d’emploi« , quel est réellement l’impact de cette crise sans précédent sur le futur du travail ?

C’est la question que je vous propose d’aborder au sein de cet article.

FUTURE OF WORK

Les avancées technologiques

Le marché du travail connait de profondes mutations qui étaient jusqu’ici majoritairement liées à deux principaux facteurs : Les avancées technologiques et les bouleversements sociétaux.

Parmi les nombreuses avancées technologiques à avoir un impact direct sur notre manière de collaborer, sur la transformation de nos métiers ou encore sur la création des métiers de ces 30 prochaines années, l’on pourrait citer : l’IoT (Internet of Things), le mobile, le Cloud, la robotique, l’automatisation ou encore l’IA…

Prenons le seul exemple de l’intelligence artificielle. D’ores et déjà très présente dans notre vie quotidienne (recommandations Netflix, personnalisation de notre navigation web, assistants vocaux, algorithmes Google, conduite assistée…) ; les technologies informatiques derrière celle-ci vont radicalement et profondément changer le monde du travail de demain.

D’après le Dr Laurent Alexandre, chirurgien et transhumaniste :

« si nous ne sommes pas complémentaires de l’IA demain, nous n’aurons plus de travail » car « la valeur du travail qualifié, complémentaire de l’IA, va augmenter. »

A ce propos, le chirurgien exposait son plan au Sénat le 19 janvier dernier lors d’une journée d’information sur l’intelligence artificielle. La vidéo cumule aujourd’hui plus d’un million de vues sur Facebook.

Docteur Laurent Alexandre à la table ronde du 19 janvier sur l’Intelligence Artificielle au Sénat

UN MODELE D’EDUCATION ET DE FORMATION A REINVENTER

Préparer les générations au « Future of work »

Si nous souhaitons aborder au mieux les enjeux de la transformation digitale et des nouvelles technologies, il devient donc crucial d’adapter notre système éducatif. Former au mieux nos enfants aux métiers et défis de demain.

Car, d’après le Forum économique mondial :

65% des enfants qui entrent à l’école primaire aujourd’hui exerceront un métier qu’ils ne connaissent pas.

Toujours d’après le World Economic Forum, l’automatisation des tâches va considérablement modifier nos métiers.

  • D’ici à 10 ans, 50% des métiers seront modifiés par l’automatisation – mais seulement 5% seront supprimés.
  • 9 métiers sur 10 demanderont des compétences digitales.
  • Les jeunes, peu qualifiés et vulnérables auront besoin d’aide pour se perfectionner.

Les métiers du transport et de la logistique étant les plus impactés par l’automatisation

Part des métiers à fort risque d'automatisation d'ici 2030 par région et par industrie
Part des métiers à fort risque d’automatisation d’ici 2030 par région et par industrie

En entreprise, l’enjeu sera d’acculturer les collaborateurs. Il s’agira de les accompagner dans l’intégration du digital et de l’automatisation au sein de leurs fonctions.

Et c’est ici que la formation professionnelle et tout au long de la carrière, devient capitale afin de ne laisser personne en marge de cette transformation du monde du travail.

La crise du Covid-19 sans précédent que nous venons de vivre a été la meilleure « Chief Digital Officer » de la planète. Elle va agir comme un véritable catalyseur. Réveillant les consciences des organisations qui n’avaient pas encore entrepris leur transition numérique. Ainsi, elles n’auront plus le choix si elles veulent continuer à être compétitives demain.

QUEL VERITABLE IMPACT DU COVID SUR L’HUMAIN ET SES ASPIRATIONS ?

Une profonde quête de sens

Si les nouvelles technologies modifient et vont continuer à profondément modifier le monde du travail, cela était sans compter l’effet du confinement. Provoquant de nombreux bouleversements auxquels toutes les entreprises, recruteurs et la société doivent s’attendre dans les prochains mois.

En effet, cette parenthèse presque « hors du temps » a permis à beaucoup de réaliser une véritable introspection. Prendre le temps de se recentrer sur eux-mêmes, sur leurs propres aspirations ainsi que sur leurs valeurs. Sont-ils véritablement à leur place ? Sont-ils en phase avec leur chemin de vie au sein de l’entreprise dans laquelle ils évoluent ?

Crédit photo @qimono

Cette crise du Covid agit comme un véritable électrochoc !

Conduisant dès demain de nombreux français à tourner la page de leur vie professionnelle Pré-Covid. Ceci, afin de se mettre en recherche d’un job qui leur permette de véritablement se « réaliser ». Probablement afin de se sentir notamment beaucoup plus utiles aux autres et à la société.

L’envie de changement de ceux qui avaient déjà engagé une démarche pour quitter leur emploi, sera doublement motivée.

En effet, la quête de sens ne devient plus l’apanage des fameux millenials mais massive à travers toute la société.

D’ailleurs, de premières études vont d’ailleurs d’ores et déjà en ce sens.

Quel impact du confinement sur le travail ?

« 86 % des répondants déclarent ne pas avoir changé d’avis et donc continuent de penser qu’ils peuvent trouver mieux ailleurs. Et, enfermés à la maison, en télétravail ou en activité partielle, 29 % disent avoir intensifié leurs recherches. »


Étude Hellowork, réalisée du 6 au 9 avril auprès d’un panel de 1015 salariés en poste qui cherchaient déjà un nouvel emploi avant le début du confinement. source : L’USINE NOUVELLE

Ainsi, les entreprises et marques qui, avant la crise du Covid, démontraient d’ores et déjà une bienveillance envers leurs employés, un souci de leur bien-être et qui incarnaient de véritables valeurs philanthropiques au-delà d’une fonction commerciale, tireront leur épingle du jeu.

Cette crise a été un véritable test pour la marque employeur. Elle se devait de maintenir le lien, rassurer, mettre en place des actions concrètes de santé et sécurité, gérer la charge mentale, maintenir le cap…et la liste est longue.

Et ici l’étude Hellowork est sans appel !

27% des répondants disent avoir continué à chercher pendant le confinement en raison d’une prise de conscience de nouvelles envies.

Un salarié sur cinq qui a fait des démarches pour trouver un nouveau poste indique le faire parce qu’il a été déçu de la façon dont son entreprise a géré la crise. 

Au-delà d’une quête de sens au travail, la crise provoque une profonde réflexion intérieure. Elle remet totalement en question le mode de vie de certains.

Déménagement, nouvelle alimentation, bénévolat, recentrage familial, la crise agit comme un révélateur pour de nombreux français. Elle pousse à prendre la vraie valeur du temps qui passe et de ce que nous pourrions en faire.

Crédit photo @Magda Ehlers

Ainsi, certains vont même encore plus loin dans l’assignation de leurs priorités. Prenons l’exemple de cette française, interviewée par France Info dans le cadre de son article « #EtAprès » :

« Cette situation inédite me donne la force d’aller enfin contre l’injonction de la société, qui est d’avoir nécessairement un travail pour s’épanouir. »

Et si les hommes cherchaient enfin à véritablement « se réaliser » et à « s’élever » au-delà du travail ?

Sources

https://www.usinenouvelle.com/article/etude-pendant-le-confinement-les-salaries-cherchent-a-fuir-leur-employeur-actuel.N958711

https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/etapres-demenager-demissionner-changer-d-alimentation-vous-nous-avez-raconte-vos-envies-de-changement-apres-la-crise-du-coronavirus_3928675.html

https://www.weforum.org/agenda/2020/01/future-of-work/