Désertent-ils la politique ou l’ont-ils simplement déplacée sur leur téléphone ? Les jeunes de 18 à 30 ans votent moins que leurs aînés. Mais ils s’informent, débattent et se mobilisent massivement sur les réseaux sociaux. Et c’est précisément là que les responsables politiques viennent désormais les chercher. Comprendre le lien entre jeunes, politique et réseaux sociaux est donc devenu incontournable. Tour d’horizon chiffré, avec une infographie prête à partager.
Jeunes, politique et réseaux sociaux : le paradoxe d’une génération « désengagée »
On répète souvent que les jeunes se détournent de la politique. À première vue, les chiffres du vote leur donnent raison. En effet, selon les enquêtes post-électorales, environ 41 % des 18-24 ans ne se sont pas déplacés au premier tour de la dernière présidentielle. C’est nettement plus que chez leurs aînés. Pourtant, réduire l’engagement au seul bulletin de vote serait une erreur.
Car en parallèle, les enquêtes de terrain racontent une autre histoire. Ainsi, le Baromètre de la jeunesse est réalisé chaque année par le CREDOC pour la DJEPVA. Il interroge environ 4 500 jeunes de 18 à 30 ans. Et son constat est clair : leur engagement ne faiblit pas — il se transforme. Autrement dit, il ne disparaît pas : il change de canal.
L’engagement numérique, première voie d’action des 18-30 ans
Le constat le plus frappant du baromètre est sans appel. En effet, l’engagement numérique est devenu la première forme de participation des jeunes à la vie publique. Signer une pétition, défendre une cause en ligne, relayer une information : ces gestes sont désormais courants. De fait, ils sont plus répandus chez les 18-30 ans que chez leurs aînés. En 2023, par exemple, 40 % des 18-30 ans déclaraient avoir signé une pétition ou pris position en ligne, contre 32 % des 31 ans et plus.
De plus, la tendance est nettement haussière. Ainsi, la pratique a progressé d’environ neuf points en quatre ans. Fait notable, cet engagement en ligne reste très homogène. En effet, il ne dépend quasiment pas du diplôme ni de la situation professionnelle. En revanche, la participation « physique » (manifestation, grève) demeure, elle, plus marquée socialement.
Ce qu’il faut retenir
- Voter moins ne veut pas dire s’engager moins : l’action s’est déplacée vers le numérique.
- L’engagement en ligne est la forme de mobilisation la plus égalitaire entre profils sociaux.
- Pour toucher les 18-30 ans, la question n’est plus « s’ils sont en ligne » mais « comment leur parler ».
Jeunes et réseaux sociaux : comment ils s’informent sur la politique
Pour comprendre l’engagement, il faut d’abord regarder l’information. Et là, le basculement est spectaculaire. Ainsi, une étude de l’association e-Enfance/3018 le montre bien. Dès l’adolescence, les réseaux sociaux deviennent la principale porte d’entrée vers l’actualité. Concrètement, 69 % des 16-18 ans déclarent que les réseaux sociaux sont leur premier canal d’information. Or cette habitude ne s’arrête pas à 18 ans : elle s’installe.
Une plateforme domine nettement. En effet, environ 70 % des adolescents se tournent vers TikTok pour s’informer, loin devant les autres réseaux. Pour autant, les médias traditionnels ne disparaissent pas. Ainsi, près de 40 % des jeunes les consultent encore — mais relayés et reformatés sur les réseaux. Autrement dit, le canal prioritaire change moins que le support. C’est aussi ce qui explique le succès de médias comme HugoDécrypte, Brut ou Vakita.
Pourquoi les politiciens investissent ces plateformes
Face à ce déplacement, la classe politique a suivi. Twitch, TikTok, Instagram, Snapchat : les responsables politiques multiplient les formats. Leur but ? Aller chercher un public jeune là où il se trouve. Selon Arnaud Benedetti, professeur associé à Paris-Sorbonne, l’objectif est double. D’une part, véhiculer une image de modernité. D’autre part, s’adresser à des publics « entre 18 et 24 ans, souvent peu politisés ».
L’intérêt est évident. En effet, ces plateformes permettent une communication directe et personnalisée, sans intermédiaire médiatique. De plus, un direct sur Twitch ou une vidéo TikTok crée de la proximité, voire de la sympathie. Et ce, indépendamment du programme défendu. Cependant, la stratégie comporte un revers. En s’exposant de façon très active, un responsable politique risque de « désacraliser » son image auprès d’une partie de l’opinion. Car l’authenticité paie ; mais la maladresse se viralise tout aussi vite.
Un cadre en pleine évolution
Cette dynamique se déroule dans un contexte mouvant. Ainsi, début 2026, l’exécutif a relancé le débat. Il a engagé une procédure législative accélérée. L’objectif : encadrer, voire restreindre, l’accès des mineurs aux réseaux sociaux. Quelle que soit l’issue, le signal est clair. Désormais, la régulation de ces espaces devient un sujet de premier plan. Et pour cause : ils sont devenus de véritables agoras politiques pour les jeunes générations.
Pour aller plus loin
Derrière ces chiffres se joue une question de fond. Au fond, que fait l’économie de l’attention à notre rapport à l’information et à la démocratie ? Si le sujet vous intéresse, un ouvrage fait référence. En effet, il décrypte la manière dont les plateformes captent l’attention des plus jeunes.
À lire sur le sujet
« La civilisation du poisson rouge » — Bruno Patino
Ce court essai du président d’ARTE décrypte le « marché de l’attention ». Concrètement, il explique comment les réseaux sociaux sont conçus pour capter notre temps de cerveau. Or les effets sont particulièrement marqués chez les jeunes générations. C’est donc une lecture éclairante. Elle s’adresse à quiconque s’intéresse à la communication politique, au marketing digital, ou simplement à son propre rapport aux écrans. En somme, un excellent complément aux données de cet article.
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4 enseignements pour les communicants
- Aller là où ils sont. Les 18-30 ans s’informent d’abord sur les réseaux. Ainsi, un message absent de TikTok ou d’Instagram est, pour eux, invisible.
- Penser format avant message. La vidéo courte et le direct priment sur le communiqué. En clair, c’est le code de la plateforme qui conditionne la réception.
- Miser sur l’authenticité. La proximité crée la sympathie. En revanche, la posture institutionnelle glisse sur cette audience.
- Mesurer l’engagement, pas seulement la portée. Partages, commentaires et pétitions comptent vraiment. De fait, ils en disent plus long qu’un simple compteur de vues.
À lire aussi sur le blog
- TikTok, nouveau média d’information des jeunes — à remplacer par le lien de ton article le plus proche.
- Communication politique et marketing digital — idem, pointe vers un article existant du blog.
FAQ — Les jeunes, la politique et les réseaux sociaux
Les jeunes se désintéressent-ils vraiment de la politique ?
Non. Ils votent certes moins que leurs aînés. En revanche, leur engagement s’est déplacé vers le numérique. Ainsi, pétitions et prises de position en ligne sont devenues leur première forme d’action publique.
Quel réseau social les jeunes utilisent-ils pour s’informer ?
TikTok domine largement : environ 70 % des adolescents s’y tournent pour suivre l’actualité, devant Instagram et les autres plateformes.
Pourquoi les politiciens sont-ils sur Twitch et TikTok ?
Pour toucher directement un public jeune souvent peu politisé et renvoyer une image de modernité — au risque, parfois, de voir leur image se banaliser.
Cet engagement en ligne dépend-il du milieu social ?
Peu : c’est la forme de mobilisation la plus homogène entre profils, contrairement à la participation physique (manifestation, grève), plus marquée socialement.
En résumé
Les 18-30 ans n’ont pas tourné le dos à la politique. En réalité, ils l’ont transférée sur leurs écrans. S’informer, signer, débattre, relayer : l’engagement numérique est devenu leur premier répertoire d’action. Et les responsables politiques l’ont bien compris. Reste enfin la vraie question, démocratique celle-là. Comment garantir une information de qualité dans un espace où l’attention est la première des monnaies ?