A l’approche des élections présidentielles de 2017, les partis se déchaînent et parfois même se déchirent. Face à cette hypermédiatisation de l’élite politique, l’insatisfaction citoyenne ne cesse de croître. Elle se manifeste notamment par des taux d’abstention importants, ou a contrario, par un vote de revendication auquel le peuple a recours pour faire retentir son mécontentement : «Les électeurs utilisent les urnes contre l’élite politique. La liberté de voter signifie souvent aussi la liberté de haïr.» expliquait un article paru le 5 octobre dernier sur Express.live.

Politique-Abstentions-taux-elections-france-populationSi nombre de secteurs industriels, économiques et éducatifs ont dû se réinventer avec la démocratisation des outils numériques et les nouveaux modes de vie qui en découlent, la sphère politique reste elle protocolaire et conventionnelle, pour ne pas dire sclérosée. Ainsi, les citoyens s’en sentent rejetés, notamment les 18-24 ans chez qui les taux d’abstention sont les plus élevés (environ 19% pour les présidentielles de 2012, et 53,9% pour les municipales de 2008. source INSEE). Après tout, pourquoi croire à un système qui ne leur ressemble pas, qui ne prend pas en compte leur opinion?

Pourtant, lorsqu’on constate l’engouement des sujets liés à la politique publique sur Internet, il est difficile de croire que la société s’en désintéresse totalement. Forums, initiatives et autres mobilisations sur les réseaux sociaux montrent l’inverse: la société a envie de prendre part au débat.

POURQUOI LA POLITIQUE DOIT SE TOURNER VERS LA JEUNE GÉNÉRATION ?

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 Dessin d’Olivero, publié sur le Huffington Post

Nombreuses hypothèses émises sur l’abstention des jeunes affirment que cette dernière est causée par un manque de sensibilisation à la démocratie dans leur éducation aussi bien primaire que secondaire. Personne ne les invite, ni ne leur donne les clefs nécessaires à la compréhension des débats locaux, nationaux et européens. Ils ont l’impression que leurs droits et leurs devoirs sont limités et se résument à déposer un nom dans une urne. Ils n’acquièrent ainsi pas la maturité et la confiance requises pour statuer d’une opinion qui ne serait pas influencée par celles de leurs ainés, et ainsi remplir pleinement leur rôle de citoyen. Une perte de voix importante et une défaillance dans le paysage social problématiques surtout quand on cherche à limiter la « fuite des cerveaux ».

En l’état actuel, pour remédier à cette crise démocratique, il est donc important de s’adresser à cette jeunesse et de la comprendre. Le premier pas est évidemment de l’initier aux pratiques démocratiques, et pour cela les «Hommes de pouvoirs» doivent également lui laisser la parole, l’écouter et l’entendre; tout autant que s’adapter à ses codes, sa mobilité et aux flux d’information auxquels elle est soumise. Le réveil politique passera par une compréhension et une appréhension mutuelles, bases fondamentales de la démocratie.

E-DÉMOCRATIE, POURQUOI, KÉSAKO ?

Si nos ancêtres ont brandi les armes ou joué des coudes dans la rue, la nouvelle génération se défend à coups d’Hashtag. L’arène politique est vaste, mais la toile a su réunir tous les thèmes sur un seul et même terrain, donnant la possibilité à chacun de devenir un média à part entière.

 

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source : datamanager.it

Le terme de cyberdémocratie apparait assez tôt, dans les années 90. Il désigne l’ensemble des actions développées sur Internet qui favorisent l’exercice démocratique. Support d’information omniprésent, le Web peut promouvoir un espace d’échanges, voire même de décisions, accessible par tous et à tout moment. L’opinion n’est ainsi plus orientée par une minorité, le débat ne tient plus uniquement aux personnalités politiques. L’information, la transparence, le service aux citoyens, leurs avis et leurs engagements sont au cœur des différentes expressions de la démocratie numérique.

L’enjeu? Redonner la parole aux citoyens, les replacer au centre du processus politique. Ainsi la structure de pouvoir actuel, la démocratie représentative, est renforcée et intègre une dimension participative.

Face à de nombreuses réticences, notamment dues à un taux de connexion de la population relativement faible, ce concept n’a pas trouvé un élan immédiat. Problème aujourd’hui résolu : environ 50 millions de français sont des Webusers, les Millennials ont appris à lire sur les supports digitaux et même les séniors s’y mettent! N’en déplaise à l’hémicycle, tout le monde a envie de se faire entendre, chacun veut mettre un mot sur les maux! Dans l’article «Le changement numérique, c’est maintenant?» paru dans le numéro 104 de Philosophie Magazine (novembre 2016), le sociologue Dominique Caron déclare : «Les électeurs sont de plus en plus éduqués et compétents, ils n’ont donc aucune envie de confier le pouvoir pendant cinq ans à un représentant sans n’avoir rien à redire. C’est sur cette dynamique-là que prospèrent de nouveaux usages des outils numériques.»

Mots d’ordre : s’informer, réagir, partager, commenter. Nous parlons ici d’un espace d’engagement et de contribution. Claviers et mobiles greffés au bout des doigts, il est difficile de croire que l’avenir démocratique s’établira hors de ce village global.

L’exemple le plus probant, et qui a certainement marqué un tournant dans la politique française, est le projet de loi pour une République numérique, porté par Axelle Lemaire, Secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des Finances, chargée du Numérique et de l’Innovation. Le texte de loi a été soumis via le site Parlement & Citoyens. Tous les électeurs avaient la possibilité de consulter le texte, d’accepter ou de contrer les propositions et de soumettre leurs avis. Un peu plus de 4000 personnes se sont enregistrées et ont collaboré à ce projet. Les avis ont été synthétisés par le Conseil National du Numérique qui a délivré rapport et recommandations au Parlement le 18 juin 2015.

Je vous invite à regarder la présentation de Parlement & Citoyens, un des sites participatifs les plus aboutis.

De manière générale, il y a encore peu d’espaces de discussion structurés et modérés. Les propos sont souvent épars. Mais ne vous méprenez pas, la Civic Tech est en marche pour une mobilisation d’un nouvel Ordre!