A propos de Will…

L’année dernière William a passé son baccalauréat. En début d’année, il a été admis à l’université située à quelques heures de sa ville natale.

 Tout devrait aller bien, mais William se sent mal depuis des semaines.

William se sent en manque d’énergie. Il s’inquiète à propos de son avenir. Il a aussi des difficultés à se concentrer pendant les cours et a des difficultés pour dormir. Son amie Marie a remarqué ce changement, mais William n’est pas capable de l’expliquer: il sait juste qu’il a eu le même type de sensations il y a quelques années, et il pensait que c’était terminé.

 Marie a conseillé à William de voir un médecin mais William pense que ce sera une perte de temps. Chaque jour, William a l’air de plus en plus fatigué…sa situation empire.

Un jour, Marie amène William devant l’infirmerie: William sait au fond de lui qu’il ne va pas bien. Après avoir discuté avec William, l’infirmière suspecte une dépression, mais comme elle n’est pas experte, elle préfère l’orienter vers un de ses amis qui travaille en tant que psychologue. La première réaction de William est de refuser.

Je ne suis pas fou, je n’ai pas besoin de thérapie…

Dans tous les cas, il ne peut pas se payer ce type de services. L’infirmière lui dit calmement: « tu n’auras pas à te déplacer, ce sera une discussion à distance et tu seras rembourser pour cette consultation médicale. »

Finalement, William accepte et ils réservent un créneau pour la semaine suivante.

Le mardi suivant, William a sa discussion à distance avec le psychologue. A la fin de la consultation, le thérapeute pense que William a une dépression de sévérité modérée. Il est aussi convaincu de la nécessité d’un suivi futur. Ce psychologue a eu plusieurs expériences avec une approche nouvelle basée sur le phénotypage digital, cela consiste à essayer d’évaluer le bien-être des gens sur la base de leurs interactions avec leurs appareils électroniques, smartphone notamment.

William est prêt à tester cette approche mais il est inquiet au sujet de la protection de sa vie privée: d’accord, c’est justifié!

Le psychologue montre une liste des données intéressantes à partager. Ces données sont des marqueurs qui pourraient confirmer ce premier diagnostique, aider dans un traitement personnalisé et alerter en cas de rechute. Le psy lui dit qu’il pourrait se contenter de partager des métadonnées – les Métadonnées sont des données sur la donnée. Ce sont des informations qui décrivent les données d’une page web, d’un document ou fichier, de système d’exploitation de votre appareil électronique – en d’autres termes, le psy n’aura pas accès aux posts ou sms de William, ni au contenu de ses conversations téléphoniques – juste leurs nombres ainsi que le journal d’activité associé.

Le psy indique que les informations auxquelles il aimerait avoir accès en priorité sont l’utilisation du clavier, les journaux d’activité de son smartphone et de ses apps – William confirme son accord et donne aussi l’accès à son GPS et aux données de l’accéléromètre intégré.

Phénotypage digital
Phénotypage digital

 Après une semaine, ils se rencontrent une nouvelle fois pour une consultation à distance et le thérapeute a déjà une bonne idée des interactions de William avec son environnement:

  • Activité sociale (digitale) basée sur le nombre de posts, d’appels et de sms
  • Activité physique basée sur les informations de l’accéléromètre et du GPS, ainsi qu’une idée de la qualité de son sommeil
  • Troubles d’humeur basées sur la cinématique de frappe: des scientifiques ont fait des corrélations pleines d’espoir entre les désordres mentaux et votre façon de taper avec votre clavier (la façon de taper, les temps de réaction, accélération, décélération, touche d’effacement…). c’est en quelque sorte l’interprétation d’une partition de musique.

 Les données partagées par William sont stockées sur un serveur sécurisé et ne sont pas partagées sans le consentement explicite de William. Lors de chaque consultation, l’analyse des données est partagée en toute transparence dans un format visuel et commentée par William et par le psychologue. Sur base de ces discussions, le psy propose une suite d’applications: une application de méditation de pleine conscience avec des exercices de respiration, des citations pour améliorer la confiance en soi et la réflexion et enfin des challenges à relever comme sortir le soir et boire un verre avec des amis.

 William se sent maintenant beaucoup mieux. Ses résultats universitaires sont bons et il a une vie sociale intense avec ses amis. Ayant un profil à risque, il a donné son accord pour qu’un minimum de ses interactions digitales soit supervisé en continu: ainsi en cas de dégradations de certainns indicateurs il recevra une notification l’invitant à consulter avec une éventuelle rechute.

Epilogue

Le phénotypage digital est prêt à être déployé pour le bénéfice de votre santé mentale. De nombreuses études aboutissent à des résultats très prometteurs pour le diagnostique et le support dans le traitement de nombreux désordres mentaux. Des études cliniques doivent maintenant être menées pour démontrer la fiabilité de cette méthode, avant de penser à plus d’automatisation. Actuellement, cette méthode doit être utilisée comme un outil pour augmenter le psychologue ou le psychiatre.

Le phénotypage digital a le potentiel de sauver des vies, d’être déployé à grande échelle pour un coût marginal faible. Cette approche pourrait aussi aider des populations à faible revenu et/ou des pays dans lesquels les thérapeutes sont rares.