Open innovation : ce n’est pas l’idée qui manque, c’est la communication
Article en lien sur les stratégies de communication des programmes d’open innovation.
On imagine souvent l’innovation comme une affaire de génie créatif : la bonne idée, au bon moment, qui change tout. Dans les grands groupes, la réalité est presque inverse. Les idées, il y en a partout, dans les business units, dans les hubs à l’étranger, dans les startups partenaires. Ce qui manque, ce n’est pas la matière première. C’est la capacité à la faire circuler. Et c’est précisément là que se joue, selon moi, le succès ou l’échec d’un programme d’open innovation.
Le paradoxe des grands groupes : beaucoup d’idées, peu de circulation
L’open innovation repose sur un principe simple : ouvrir les frontières de l’entreprise pour que les savoirs internes et externes se rencontrent. Sur le papier, un grand groupe est un terrain idéal, des milliers de collaborateurs, des dizaines de métiers, une présence sur plusieurs continents.
Dans les faits, cette richesse devient un handicap. Plus l’organisation est grande, plus elle est fragmentée. Une innovation née à Singapour reste à Singapour. Un cas d’usage validé par une équipe ne remonte jamais jusqu’à celle qui aurait pu le réutiliser. L’idée existe, mais elle meurt faute d’avoir voyagé. Le goulot d’étranglement n’est pas créatif : il est communicationnel.
Les silos, vrai frein de l’open innovation
Si les idées ne circulent pas, c’est à cause d’un phénomène bien documenté : les silos organisationnels. Ces cloisonnements invisibles étouffent l’innovation, ralentissent la décision et bloquent la circulation de l’information.
Dans un programme d’open innovation global, ces silos se cumulent sur trois plans. Les silos organisationnels d’abord : chaque entité protège son périmètre, ses outils, ses priorités. Les silos géographiques ensuite : entre des hubs répartis sur plusieurs fuseaux horaires, la distance physique se double d’une distance à la décision. Les silos métiers enfin : un ingénieur, un marketeur et un acheteur ne parlent ni le même langage, ni des mêmes urgences.
Tant que ces trois cloisons tiennent, l’open innovation reste une promesse théorique. La directrice de l’innovation de Société Générale le résumait bien en rappelant que l’innovation ne peut plus se faire en silos à l’intérieur du groupe.
Quand la communauté interne n’est qu’une vitrine
Face à ce constat, la réponse réflexe des entreprises est de créer une communauté interne : un réseau social d’entreprise, un intranet dédié, une newsletter d’innovation. Bonne intuition, mauvaise exécution dans la majorité des cas.
Le piège, c’est la vitrine. On y publie de belles annonces, des photos d’événements, des réussites déjà actées. Ça flatte, mais ça ne fait rien circuler. Une vitrine se regarde ; elle ne se traverse pas. Or l’enjeu d’un programme d’open innovation n’est pas de montrer qu’on innove, c’est de permettre à un collaborateur de Paris de découvrir, comprendre et réutiliser ce qu’un collègue de Montréal a déjà testé. La différence entre une vitrine et un outil anti-silos, c’est exactement la différence entre communiquer sur l’innovation et communiquer pour l’innovation.
La communication, infrastructure de l’innovation
C’est là que se trouve, je crois, le vrai sujet stratégique. La communication interne n’est pas le vernis qu’on applique à la fin d’un projet d’innovation : elle en est l’infrastructure. Sans elle, les idées ne se rencontrent jamais.
Concrètement, transformer une communauté en outil anti-silos repose sur trois leviers. Les contenus d’abord : non pas des annonces descendantes, mais des cas d’usage concrets, transférables, qui donnent envie d’être copiés. Les rituels ensuite : des rendez-vous réguliers, inter-hubs, qui forcent les équipes à se parler au-delà de leur périmètre. La narration enfin : raconter les projets comme des histoires partagées plutôt que des trophées isolés, pour que chacun s’y reconnaisse et s’en empare.
Et parce que personne ne vit sur un seul canal, cette communication doit être pensée comme un écosystème articulé, réseau social d’entreprise, messagerie, intranet, événements hybrides, où chaque canal joue un rôle complémentaire, et non concurrent.
Ce que je retiens de ce sujet
Travailler sur les stratégies de communication des programmes d’open innovation m’a fait changer de regard. On a longtemps pensé l’innovation comme un problème de R&D, puis comme un problème de culture. Je suis convaincue qu’à l’échelle d’un grand groupe global, c’est d’abord un problème de communication : un défi de circulation, de mise en relation et de transversalité.
C’est un terrain encore peu exploré, à la croisée de la communication digitale, du community management et de la stratégie d’innovation, et c’est précisément ce qui le rend passionnant. Faire de la communication un véritable levier business de l’open innovation, plutôt qu’une simple vitrine : voilà la conviction qui guide mon travail, et que je continuerai d’explorer dans mes prochains articles.
Et vous, dans votre organisation, les bonnes idées circulent-elles vraiment, ou restent-elles prisonnières de leur silo ?
Discutons-en en commentaire.