Le digital, moteur de transformation en Afrique.
Entretien avec Neila Benzina
Transformation digitale, entrepreneuriat et formation : un parcours au service de l’impact.
Dans un contexte où la transformation digitale bouleverse profondément les modèles économiques, éducatifs et entrepreneuriaux, certaines trajectoires se distinguent. Elles incarnent concrètement le potentiel du numérique comme levier de développement en Afrique.
C’est notamment le cas de Neila Benzina, figure incontournable de l’écosystème tech africain, dont l’engagement vise à faire du digital un outil d’inclusion, de création de valeur et d’employabilité durable.
Diplômée de l’Institut national des télécommunications (aujourd’hui Télécom SudParis), elle s’oriente très tôt vers les enjeux de data, d’intelligence artificielle et de transformation digitale des organisations. Après plus de dix ans à la tête de la branche Afrique–Moyen-Orient du groupe Business & Decision — qu’elle contribue à développer jusqu’à près de 500 collaborateurs et une présence internationale — elle fait le choix de l’entrepreneuriat.
Elle co-fonde alors Wimbee, et Africa Tek, un cabinet de conseil spécialisé dans le digital, la data et l’IA, accompagnant les entreprises africaines dans leur transformation technologique, humaine et stratégique.
Parallèlement, Neila Benzina s’investit dans la formation des talents numériques. Elle co-fonde Holberton School Tunisia, une école d’ingénierie informatique basée sur une pédagogie innovante. peer learning, apprentissage par projet et autonomie.
Son objectif : réduire le fossé entre les besoins du marché de l’emploi et les compétences des jeunes professionnels.
Engagée dans plusieurs structures clés de l’écosystème, telles que la French Tech Tunis ou Réseau Entreprendre Tunisie, elle défend activement la diversité, l’inclusion et la place des femmes dans la tech.
À travers cet entretien, elle partage sa vision du digital en Afrique comme moteur de transformation sociale, éducative et économique.
Interview – Le digital en Afrique : vision, enjeux et perspectives
Qu’est-ce qui vous a conduite vers le digital ?
Neila Benzina :
Le digital s’est imposé naturellement dans mon parcours. J’ai très tôt compris que la technologie n’était pas une fin en soi, mais un outil d’accélération des compétences, des opportunités et de l’accès au savoir.
En Afrique, et particulièrement en Tunisie, le numérique offre une opportunité unique de dépasser certaines contraintes structurelles, à condition de former les talents et de structurer l’écosystème.
Pourquoi le digital est-il un levier de transformation si puissant pour l’Afrique ?
N.B. :
Le digital permet de changer d’échelle rapidement. Il facilite l’accès aux marchés internationaux, stimule l’innovation locale et crée des emplois qualifiés.
Contrairement à d’autres secteurs, il ne nécessite pas toujours d’investissements lourds en infrastructures, mais il doit impérativement s’appuyer sur la formation, l’entrepreneuriat et la collaboration public-privé.
En quoi le modèle pédagogique de Holberton School Tunisia répond-il aux besoins du marché ?
N.B. :
Nous avons choisi une pédagogie basée sur la pratique, l’autonomie et la résolution de problèmes concrets.
Le secteur du digital évolue très vite. Les entreprises recherchent avant tout des profils capables de s’adapter, d’apprendre en continu et de travailler en équipe.
Nous formons des développeurs opérationnels, mais aussi des esprits analytiques, responsables et agiles.
Quelles compétences digitales sont aujourd’hui essentielles ?
N.B. :
Au-delà des compétences techniques (développement, data, intelligence artificielle), les soft skills sont devenues indispensables :
capacité d’apprentissage, collaboration, communication, résolution de problèmes complexes.
La compréhension des enjeux business et la culture produit sont également clés.
Le digital est-il réellement un facteur d’égalité des chances ?
N.B. :
Oui, mais avec nuance. Le digital peut réduire certaines inégalités, notamment géographiques ou sociales, mais il peut aussi en créer si l’accès à la formation n’est pas équitable.
C’est pourquoi nous accordons une grande importance à l’inclusion, à la diversité des profils et à l’accompagnement personnalisé.
Comment WIMBEE accompagne-t-elle la transformation digitale des entreprises ?
N.B. :
Chez WIMBEE, nous considérons que la transformation digitale est avant tout humaine, culturelle et stratégique.
La technologie doit servir la performance, mais aussi le sens. Nous plaçons l’humain au cœur des projets, tout en travaillant sur l’innovation, la data et l’IA.
Quel rôle jouent les réseaux entrepreneuriaux dans l’écosystème digital ?
N.B. :
Les réseaux sont essentiels. L’entrepreneuriat peut être solitaire, surtout dans le digital.
Ils permettent de briser l’isolement, de partager l’expérience et de structurer les projets sur le long terme. C’est un outil puissant de transmission et de solidarité.
Quels sont les principaux freins à l’entrepreneuriat digital en Afrique ?
N.B. :
L’accès au financement, la réglementation et parfois le manque de visibilité internationale.
Mais le principal enjeu reste la structuration des compétences et l’accompagnement des entrepreneurs dans la durée.
Quelle est la place des femmes dans la tech aujourd’hui ?
N.B. :
Les choses évoluent, mais le chemin est encore long.
Le digital est une opportunité formidable pour les femmes. Il est essentiel de proposer des rôles modèles, d’encourager les vocations et de créer des environnements inclusifs.
Comment voyez-vous l’avenir du digital en Afrique ?
N.B. :
Je suis très optimiste. L’Afrique dispose d’une jeunesse talentueuse, connectée et ambitieuse.
L’essor de l’IA, de la data et des solutions technologiques locales peut faire du continent un acteur majeur du digital à l’échelle mondiale, à condition d’investir durablement dans la formation et l’innovation.
Un conseil pour les jeunes souhaitant travailler dans le digital ?
N.B. :
Être curieux, apprendre en continu, oser expérimenter et surtout ne pas avancer seul.
Le digital récompense celles et ceux qui osent et persévèrent.
Conclusion : le digital, entre ambition, sens et impact
Cette rencontre avec Neila Benzina illustre à quel point le digital dépasse aujourd’hui la simple dimension technologique.
Il devient un outil structurant de transformation sociale, éducative et économique, à condition d’être pensé au service des individus et des communautés.
À travers la formation des talents, l’accompagnement des entreprises et le soutien à l’entrepreneuriat, son parcours offre une véritable feuille de route pour celles et ceux qui souhaitent concilier innovation, impact et sens dans les métiers du numérique.

