Dans les coulisses de la communication B2B : entretien avec Mathilde Aulnette
Communication digitale : pourquoi la stratégie compte plus que les outils
À l’heure où les réseaux sociaux, l’intelligence artificielle et la création de contenu occupent une place centrale dans les métiers du digital, il est facile de réduire la communication à une simple question d’outils ou de visibilité.
Pourtant, derrière chaque publication, chaque vidéo ou chaque campagne se cache un travail beaucoup plus stratégique.
Pour mieux comprendre les réalités du métier, j’ai rencontré Mathilde Aulnette, Responsable Communication et RSE chez Digitalis, une PME bretonne spécialisée dans l’intégration audiovisuelle B2B. À travers son parcours et son expérience, elle partage sa vision d’une communication qui va bien au-delà de la simple création de contenu.
Un parcours construit au fil des opportunités
Contrairement à certaines trajectoires toutes tracées, Mathilde ne s’est pas destinée très tôt à la communication.
Après un baccalauréat littéraire, elle explore plusieurs voies avant de s’orienter vers un cursus en communication. C’est progressivement, au cours de ses études, qu’elle se spécialise dans le digital.
Selon elle, il n’y a pas eu de véritable déclic :
« Le digital est devenu incontournable dans tous les métiers de la communication. Les fondamentaux restent les mêmes, mais les outils et les rythmes ont énormément évolué. »
Cette évolution permanente constitue d’ailleurs l’une des caractéristiques majeures du secteur.
Un métier de « couteau suisse »
Lorsqu’on lui demande de décrire son quotidien, Mathilde sourit :
« On parle souvent du communicant comme d’un couteau suisse, et honnêtement, c’est assez vrai. »
Son rôle chez Digitalis est particulièrement transversal. Entre la gestion des réseaux sociaux, la création graphique, la production photo et vidéo, l’organisation d’événements, le pilotage du site internet ou encore la coordination avec les équipes commerciales et techniques, les sujets sont nombreux.
Dans une entreprise spécialisée l’intégration audiovisuel, la communication possède également une dimension spécifique : rendre accessibles des sujets parfois très techniques.
Cette capacité à faire le lien entre expertise métier et compréhension client est devenue une compétence essentielle.
Communiquer l’innovation : un défi permanent
L’un des aspects les plus intéressants de cet échange concerne la communication B2B dans un environnement innovant.
Contrairement à la communication grand public, l’objectif n’est pas seulement de capter l’attention.
« Il faut rassurer, crédibiliser, démontrer une expertise et construire une relation de confiance sur le long terme. »
Dans les secteurs technologiques, de nombreuses solutions restent difficiles à appréhender pour des personnes extérieures au domaine. Le rôle du communicant consiste alors à vulgariser sans dénaturer.
Pour Mathilde, la clé réside dans une approche centrée sur les usages :
« Le plus efficace est souvent de partir des problématiques concrètes ou des bénéfices utilisateurs. »
La vidéo, le design ou les supports visuels deviennent alors de véritables outils pédagogiques.
Derrière un post LinkedIn : beaucoup plus de travail qu’on ne l’imagine
L’une des idées reçues les plus répandues concerne la simplicité apparente du métier.
Publier sur les réseaux sociaux semble parfois accessible à tous. Pourtant, la réalité est bien différente.
Mathilde rappelle qu’une publication peut nécessiter :
- une réflexion stratégique ;
- la définition d’un angle ;
- la rédaction ;
- la création graphique ;
- le tournage vidéo ;
- le montage ;
- plusieurs phases de validation.
« On ne publie pas juste pour publier. »
Chaque contenu doit répondre à un objectif précis et s’inscrire dans une cohérence globale de marque.
Cette dimension stratégique reste souvent invisible pour les personnes extérieures au métier.
L’intelligence artificielle : un accélérateur, pas un remplaçant
Comme beaucoup de professionnels du secteur, Mathilde utilise aujourd’hui l’intelligence artificielle dans son quotidien.
Elle y voit un formidable levier de productivité pour la recherche, la structuration des idées ou l’aide à la rédaction.
Cependant, elle reste prudente :
« Elle ne remplace pas le regard stratégique, la compréhension d’une marque ou la cohérence globale d’une communication. »
Selon elle, savoir utiliser l’IA devient une compétence incontournable, à condition de conserver son esprit critique.
Le risque serait de produire des contenus génériques et interchangeables, au détriment de ce qui crée réellement de la valeur : la réflexion humaine.
Les compétences qui feront la différence demain
À la question des qualités indispensables pour réussir dans la communication digitale, Mathilde met en avant trois piliers :
- la créativité ;
- l’analyse ;
- l’organisation.
Mais au-delà des compétences techniques, elle insiste surtout sur la curiosité et la capacité à prendre du recul.
Lorsqu’elle recrute ou encadre un alternant, elle recherche avant tout des profils capables de comprendre les enjeux et de poser les bonnes questions.
« Un bon outil ne compense jamais une idée floue. »
Une phrase qui résume parfaitement sa vision du métier.
Ce qu’il faut retenir
À travers son expérience chez Digitalis, Mathilde rappelle une réalité souvent oubliée : la communication digitale ne se résume ni aux réseaux sociaux ni aux outils.
Dans un environnement où les technologies évoluent rapidement et où les contenus se multiplient, la véritable valeur réside dans la capacité à comprendre, structurer et transmettre un message pertinent.
La créativité reste importante, mais elle ne suffit pas. La stratégie, la pédagogie et la compréhension des besoins des audiences demeurent les véritables moteurs d’une communication efficace.
Et à l’heure où l’intelligence artificielle transforme les pratiques, cette dimension humaine pourrait bien devenir l’avantage le plus précieux des communicants de demain.