Par Martine Segalen
Le jogging : simple mode passagère ou mutation profonde de notre rapport au corps ?
Dans cet ouvrage fondateur publié chez Métailié, l’ethnologue Martine Segalen délaisse les parentés bretonnes pour chausser ses baskets. Elle explore un rituel urbain qui, en 1994, commençait à saturer les parcs : la course à pied. Loin de l’élite olympique (Achille), elle s’intéresse à la masse (Nike), décortiquant les codes d’une pratique qui préfigurait déjà nos réseaux sociaux actuels
Qui est l’autrice ?
Martine Segalen (1940-2021) était une anthropologue et ethnologue française de renom. Directrice du Centre d’ethnologie française au CNRS, elle a révolutionné la discipline en l’appliquant à des objets contemporains : la famille, les rites de passage, et ici, le sport de masse. Sa force est de voir le « sacré » là où nous ne voyons qu’une dépense calorique. Pour approfondir la rigueur de sa démarche, on peut d’ailleurs se référer au compte rendu critique publié sur la plateforme Persée, qui souligne l’importance de ce travail dans le champ des sciences sociales.


Le contexte : De l’effort inutile au rite social
L’ouvrage s’inscrit dans une période de transition. Après l’explosion du fitness des années 80, la course à pied devient le symbole d’une liberté conquise sur le temps de travail. Segalen analyse ce passage de la « gymnastique » (subie et encadrée) au « running » (choisi et solitaire, mais codifié).
Elle souligne un paradoxe très moderne : le coureur cherche une solitude physique mais s’inscrit dans une communauté de signes (vêtements, langage, lieux de pratique).
Analyse des points saillants : Ce que la course dit de nous
1. La construction d’une « Identité de l’effort »
Segalen démontre que courir n’est pas qu’un acte physiologique. C’est une mise en scène de soi. Le coureur « ordinaire » cherche à se distinguer de la masse sédentaire par une ascèse librement consentie. C’est l’ancêtre du Personal Branding par la performance physique : « Je cours, donc je suis (discipliné, sain, efficace) ».
2. Le marathon : Le nouveau pèlerinage moderne
L’autrice consacre des pages fascinantes aux grandes messes urbaines comme le Marathon de Paris ou de New York. Elle les analyse comme des rites de passage. Le franchissement de la ligne d’arrivée est une mort et une renaissance symbolique. Pour un étudiant en marketing digital, c’est l’analyse parfaite de ce que nous appelons aujourd’hui l’Expérience Client (UX) poussée à son paroxysme émotionnel.
3. Le corps comme capital
Le livre anticipe la notion de Quantified Self. Bien avant les montres Garmin et les applications Strava, Segalen observe déjà cette obsession du temps, du rythme cardiaque et de la gestion de son corps comme une « petite entreprise ». Le coureur devient le manager de ses propres ressources.
4. La démocratisation par la consommation
Le titre invoque Nike. Segalen montre comment l’équipement devient un marqueur d’appartenance. On n’achète pas une chaussure, on achète un statut. C’est l’analyse du passage du sport-santé au sport-consommation.
Mise en perspective : Trente ans après, qu’est-ce qui a changé ?
Ce qui rend l’ouvrage de Segalen indispensable pour une thèse aujourd’hui, c’est qu’il offre la « baseline » comportementale avant l’arrivée du numérique.
« Si Segalen observait les coureurs de 2026, elle verrait que la ‘tribu’ physique s’est transformée en tribu digitale. Le rite de passage ne se valide plus seulement par la médaille, mais par le partage du tracé GPS sur les réseaux sociaux. »
Toutefois, on pourrait noter que l’ouvrage reste très centré sur une vision sociologique française. Une comparaison avec les travaux de David Le Breton (sur l’anthropologie du corps) ou avec l’approche plus mystique de Haruki Murakami dans Autoportrait de l’auteur en coureur de fond permettrait de compléter cette vision.
Conclusion : Courir après le sens
Le mot de la fin : En refermant cet ouvrage, je réalise que Martine Segalen nous offre bien plus qu’une étude sur le sport : elle nous donne les clés pour comprendre l’engagement des communautés de demain. Pour réussir sa transformation digitale en 2026, il ne suffit pas de maîtriser la donnée, il faut comprendre le rite qu’elle soutient.
👉 Consulter ma note méthodologique sur l’usage de l’IA pour cet article