Interview d’une professionnelle du marketing responsable
« Je pense que les marketeurs ont un rôle important à jouer dans cette transformation digitale, qui se doit d’être responsable, ils doivent chercher à rendre la sobriété désirable »
– Cécile Delettre
L’idée lors de cette entrevue était de nous interroger sur l’importance de la transformation numérique pour les entreprises, dans notre société actuelle où la responsabilité sociétale et environnementale est au cœur des discussions.
Pour cela j’ai contacté une spécialiste dans le domaine du marketing digital et responsable, qui a pu répondre à mes questions en apportant des clés de réussite.
Une professionnelle du marketing qui s’intéresse à son impact sur la planète
Cécile Delettre est diplômée du MBA Stratégie Marketing de Georgetown University et l’université Paris Versailles et de l’Institut national du marketing, (groupe IFG).
Elle a une riche carrière dans le marketing et la communication en France ainsi qu’à l’international auprès des annonceurs et des agences.
Elle détecte les tendances, les meilleures pratiques et les innovations internationales dans le digital. Plus précisément autour du data driven marketing, de la transformation digitale et aujourd’hui vers la communication et le marketing responsable.
Elle organise et anime des évènements de référence afin de partager ses connaissances, comme les conférences All 4 Customer (anciennement E-marketing) à Paris, les Learning expéditions avec des COMEX, des directions du marketing et du digital et des écoles que ce soit aux Etats Unis, en Europe ou en Asie du Sud Est.
À l’origine du label « French Marketers » elle a représenté la France auprès de 23 pays dans la Global DMA, Data Driven Marketing Association aux USA et en Europe entre autres. Elle a monté des délégations françaises lors de grands évènements de référence aux Etats Unis comme Big Retail Show, CES de Las Vegas, Euroshow en Espagne, le Web Summit et Vivatech en France.
Cécile Delettre anime aussi des Fresque sur le climat, à Bangkok notamment, c’est d’ailleurs là que je l’ai rencontré.
C’est sa vision globale, son expertise et son envie du partage qui m’ont donné l’envie de l’interviewer.
Quels sont selon vous les leviers qui peuvent permettre aux entreprises d’évoluer sur les questions du numérique et du climat ?
J’ai pu observer la transformation des entreprises et des offres à travers mon parcours et en échangeant avec beaucoup de professionnels du secteur. J’ai constaté que le levier le plus important est le consommateur. Lorsque les consommateurs modifient leurs comportements d’achats, les entreprises réagissent en fonction. Je pense alors que la sensibilisation de la population est essentielle, c’est en faisant évoluer la consommation que l’on fera changer l’offre des entreprises.
Un autre levier est la législation. Pour la France cela passe entre autres par l’Union Européenne qui souhaite devenir d’ici 2050 le premier continent neutre en carbone. Au niveau du numérique la législation a notamment permis de réguler l’influence avec la création d’un certificat d’influence responsable.
Pouvez-vous décrire un projet de transformation digitale que vous avez mis en place ou auquel vous avez assisté qui est aujourd’hui un succès ?
J’ai eu l’occasion de travailler avec La Redoute qui a totalement su s’emparer du numérique pour éviter de déposer le bilan. En 2010 les salariés ont décidé de racheter pour 1euro symbolique l’entreprise et de travailler sur une nouvelle stratégie pour s’en sortir. Une stratégie qui consiste à entièrement digitaliser les processus, par exemple, les magazines papier ont été remplacés par de la vente en ligne.
Une digitalisation qui s’est accompagnée d’une prise de conscience écologique et encore une fois d’un changement de stratégie, en proposant 70% de meubles (produits plus durables) et seulement 30% de fast fashion, sachant qu’avant c’était l’inverse.
Une transformation réussie puisque c’est en 2015 que le groupe “Les Galeries Lafayette” rachète une partie de l’entreprise pour son expertise digitale, avant de la racheter dans son entièreté un peu plus tard.
Quelle est selon vous la place du marketing et de la communication dans la transformation digitale, qui se doit d’être responsable?
Le rôle du marketing est multiple, il peut s’agir d’utiliser la communication d’influence responsable, donc de travailler avec des influenceurs éthiques et cohérents qui partagent les valeurs de la marque (gage de crédibilité pour l’entreprise). La marque peut décider de travailler directement sur l’offre, en proposant des solutions durables, de réparabilité et de seconde vie.
Le marketing doit surtout rendre la sobriété désirable auprès des consommateurs. Comme dit précédemment, l’un des principaux leviers d’action est le consommateur, s’il décide de changer sa façon de consommer alors les entreprises suivront. Les marketeurs ont un rôle important à jouer dans cette transformation digitale, qui se doit d’être responsable et doivent chercher à rendre la sobriété désirable.
Aujourd’hui vous êtes un membre actif dans la sensibilisation sur le climat ; comment avez-vous pris conscience de l’importance de l’aspect écologique dans le secteur du marketing et de la communication ?
Depuis petite je suis passionnée par le marketing et je baigne dans le numérique, ayant des parents qui travaillaient dans ce domaine. Cependant j’ai constaté au cours de mes diverses expériences que concernant le climat, il y avait beaucoup de choses dites mais très peu d’actions menées par les entreprises. Il était évident qu’il ne fallait plus fonctionner comme avant et le greenwashing commençait à s’étendre de plus en plus.
C’est en observant ce phénomène que j’ai commencé à me renseigner et à me former sur le sujet.
Quels conseils donneriez-vous à d’autres acteurs du secteur qui souhaitent embrasser la transformation numérique tout en privilégiant l’éco-responsabilité ?
Je pense que l’important aujourd’hui est de se former, d’apprendre et de comprendre les enjeux liés au climat. Ce qui passe par le fait de suivre des conférences comme la conférence E-marketing qui a lieu à Paris, de participer à des évènements pour pouvoir échanger avec des professionnels du secteur.
Cela passe également par la participation à des fresques sur le climat et le numérique afin de faciliter la prise de conscience et la transformation. S’intéresser le plus possible aux nouvelles chartes et guide de la communication responsable.
Le but de se former et de s’acculturer sur ces sujets est de pouvoir ensuite agir :
- De décider d’actions simples au quotidien et d’engagements forts tout en les mesurant dans le temps ;
- De ne pas tomber dans le greenwashing ;
- De choisir également une création de valeurs autres que financières et plus respectueuses de l’environnement.
Concrètement, continuer de faire une veille mais avec de nouveaux acteurs, plus spécialisés en terme d’éco-responsabilité, afin d’avoir une vision plus globale et plus pertinente dans le cadre de cette transformation numérique responsable.
Vous souhaitez vous former sur ces sujets ?
Participez à une fresque sur le climat dans votre région pour comprendre les enjeux du numérique sur la planète.