L’événementiel n’a plus les mêmes métiers qu’il y a cinq ans : ce que le digital a déjà changé
Par Margaux Delabarre, Axe 1 de ma thèse « Révolution digitale et IA dans l’événementiel : comment innover sans déshumaniser ? »
Ma thèse part d’une conviction simple : le digital ne se contente pas d’ajouter des outils aux métiers de l’événementiel, il les recompose en profondeur. C’est l’objet de mon premier axe de travail, et c’est le sujet sur lequel je passe le plus de temps depuis le début de mes recherches : comprendre comment les fonctions, les compétences et les frontières entre métiers de l’événementiel se redéfinissent sous l’effet du digital et, plus récemment, de l’intelligence artificielle.
Un constat de terrain avant d’être une hypothèse de recherche
Ce premier axe n’est pas né d’une lecture théorique mais d’un constat répété dans les entretiens que je mène avec des professionnels du secteur : personne ne décrit plus son métier comme il y a quelques années. Les compétences attendues d’un·e chargé·e d’événementiel intègrent désormais des briques qui relèvent de la data, du pilotage d’outils IA, voire de la gouvernance éthique des données collectées lors des événements. Ce n’est pas une évolution marginale : c’est une recomposition de métier.
Trois mutations que j’observe dans mes entretiens
La première mutation concerne la production. Une part croissante des tâches exécutives, rédaction de contenus, création visuelle, génération de supports, est aujourd’hui assistée ou réalisée par des IA. Lors d’un entretien mené avec Julie Forest, qui pilote la transformation IA de l’agence de design Lonsdale, ce déplacement de la valeur était posé sans ambiguïté :
« Les agences qui ont toujours mis de l’intelligence dans leur travail sont encore plus intelligentes avec les IA. Et celles qui ne faisaient que du delivery le sont moins, et comme le delivery n’a plus de valeur, elles risquent de mourir. »
Pour l’événementiel, cette phrase résonne directement : les métiers qui se réduisaient à de l’exécution , logistique standardisée, mise en page de supports, badges, plannings, sont les premiers absorbés par l’automatisation. Ceux qui survivent et se renforcent sont ceux centrés sur la pensée stratégique : la conception d’expérience, le choix du bon moment pour créer de la relation humaine, l’articulation entre le digital et le présentiel.
La deuxième mutation touche la frontière entre les métiers eux-mêmes. La donnée, le SEO, la marque, la communication interne et l’événementiel étaient historiquement pilotés par des fonctions distinctes qui communiquaient peu. Le digital, et l’arrivée des agents conversationnels qui restituent l’information sur une marque de manière transversale, oblige ces fonctions à converger vers une cohérence unique. Un·e professionnel·le de l’événementiel ne peut plus travailler en silo : il ou elle devient un point de cohérence entre la marque, l’expérience vécue et l’image renvoyée en ligne.
La troisième mutation, la plus intéressante pour ma problématique, est celle du temps libéré. En automatisant les tâches répétitives, le digital ne supprime pas le métier d’organisateur d’événement : il en déplace le centre de gravité vers ce que l’IA ne sait pas faire, accueillir, écouter, créer les conditions d’une vraie rencontre. C’est là que se loge, selon moi, la réponse à la question posée par le titre de ma thèse : on n’innove pas en opposé à l’humain, on innove pour lui rendre du temps.
Pourquoi ce constat ne suffit pas
Ce premier axe n’est cependant qu’un point de départ. Constater que les métiers changent ne dit rien sur les conditions de cette transformation : qui forme les équipes à ces nouveaux usages ? Qui décide des limites éthiques à poser, sur l’usage des données des participants, sur le recours à des contenus générés par IA, sur le risque de surtechnologisation d’un événement ? C’est précisément l’objet de mes axes suivants, où je m’intéresse à la gouvernance de cette transformation et aux critères qui permettent de distinguer une innovation réussie d’une innovation qui déshumanise.
Ce que je veux défendre
Ma ligne éditoriale tient en une phrase : le digital ne menace pas les métiers de l’événementiel, il les oblige à se recentrer sur ce qui faisait déjà leur valeur, la capacité à créer du lien là où une machine ne le peut pas. Comprendre cette recomposition est, pour moi, la condition préalable à toute réflexion sérieuse sur l’innovation responsable dans le secteur. C’est le fil que je tire tout au long de ma thèse, et que je continuerai de partager ici au fil de mes recherches.