Capture d’écran du site officiel du Musée du Louvre – louvre.fr
Aujourd’hui, les musées ne se contentent plus de leurs murs physiques pour attirer et engager le public. Avec l’essor du numérique, leur présence en ligne est devenue tout aussi importante que leur présence physique. Autrefois, les sites web des musées se limitaient à fournir des informations pratiques comme les horaires d’ouverture ou l’adresse. Mais ces plateformes ont évolué pour devenir des outils essentiels, capables de transformer l’expérience du visiteur avant, pendant et après sa visite. Dans leur article, Notebaert et ses collègues différencient deux e-stratégies employées aux sites web muséaux : les sites web minimalistes et les sites web amiraux.
Les sites web minimalistes : efficacité et simplicité
Les sites web minimalistes se concentrent sur l’essentiel : fournir aux visiteurs potentiels toutes les informations pratiques nécessaires pour planifier leur visite. Ces sites se contentent souvent d’éléments tels que l’adresse, les horaires d’ouverture, les tarifs, et une présentation succincte du musée et de ses collections. Leur objectif principal est de faciliter la visite physique, en servant de complément aux outils de communication traditionnels.
Ces sites sont particulièrement utiles pour les musées aux ressources limitées, car ils sont peu coûteux à développer et à entretenir. Cependant, ils manquent souvent d’interactivité et d’originalité, car ils ne cherchent pas à engager les visiteurs au-delà de la simple consultation des informations. En se limitant à une simple réplique de l’offre muséale, ces sites n’ajoutent souvent pas de valeur supplémentaire pour l’utilisateur, ce qui peut freiner l’intérêt et la curiosité du public. On peut se demander : est-ce suffisant dans un monde où le numérique prend une place de plus en plus importante dans nos vies ?
Les sites web amiraux : une expérience immersive et interactive
À l’opposé, certains musées choisissent de développer des sites web dits “amiraux”, des plateformes qui vont bien au-delà de la simple information. Ces sites cherchent à offrir une véritable expérience immersive, parfois aussi riche que la visite en personne. On peut distinguer deux grandes approches dans cette catégorie : les sites amiraux “multimédias” et les sites amiraux “participatifs”.
Les sites amiraux multimédias exploitent les possibilités offertes par le numérique pour enrichir l’expérience utilisateur. Par exemple, le site du Musée d’Orsay à Paris ne se contente pas de montrer les œuvres en ligne. Il propose également des visites commentées, des interviews avec les commissaires d’exposition, des documentaires, et même des podcasts. Grâce à ces contenus, les visiteurs peuvent plonger dans l’univers des expositions de manière beaucoup plus approfondie.
Les visites virtuelles sont une autre innovation majeure de ces sites. Elles permettent aux visiteurs d’explorer les salles du musée depuis chez eux. Pour ceux qui ne peuvent pas se déplacer, c’est une façon de vivre l’expérience du musée sans quitter leur domicile. Cela démocratise l’accès à la culture et ouvre de nouvelles perspectives sur la manière dont les musées peuvent interagir avec leur public.
Les sites amiraux participatifs, quant à eux, vont encore plus loin en cherchant à établir une interaction active avec le public. Ces plateformes encouragent les visiteurs à contribuer à la création de contenu, que ce soit par le biais de commentaires, de photos, ou de projets collaboratifs. Par exemple, certains musées offrent la possibilité aux internautes de créer leur propre collection virtuelle d’œuvres, tandis que d’autres mettent en place des projets où le public est invité à partager ses expériences et ses créations.
Cette approche participative renforce la relation entre le musée et son public, en transformant le visiteur en un acteur à part entière de l’expérience muséale. Cette stratégie vise à créer une connexion plus profonde et à instaurer un sentiment d’appartenance, essentiel dans un monde où l’engagement en ligne est devenu la norme.
La stratégie multicanale : une synergie entre virtuel et réel
L’évolution des sites web muséaux s’inscrit dans une stratégie plus large, celle de la multicanalité. Les musées cherchent désormais à créer une synergie entre l’expérience virtuelle et physique, en reconnaissant que le parcours du visiteur commence souvent en ligne. La billetterie en ligne, par exemple, permet aux visiteurs de réserver à l’avance, ce qui non seulement réduit les files d’attente, mais initie également une relation entre le musée et le visiteur avant même sa venue.
Après la visite, les contenus en ligne prolongent l’expérience, invitant le visiteur à explorer plus en profondeur les collections ou à découvrir des expositions futures. Les newsletters, les boutiques en ligne, et d’autres services numériques renforcent également cette offre, créant un écosystème où numérique et réel se complètent et s’enrichissent mutuellement.
Cette approche répond aux nouveaux comportements des visiteurs, qui alternent entre recherche d’informations en ligne et visite physique. En proposant une expérience globale et cohérente, les musées s’assurent de maintenir l’intérêt de leur public et de l’inciter à revenir, que ce soit en ligne ou sur place.
Vers un musée plus connecté
Le site web d’un musée est désormais bien plus qu’une simple vitrine d’information. Il est devenu un véritable pont entre le musée et son public, un espace où l’on peut découvrir, apprendre et s’engager, que l’on soit à quelques pas ou à des milliers de kilomètres. Face à un public de plus en plus connecté, les musées doivent se réinventer en ligne pour rester pertinents et accessibles.
Les sites web amiraux, qu’ils soient multimédias ou participatifs, montrent la voie à suivre. En créant des expériences enrichies, interactives, et accessibles, ces plateformes permettent aux musées de prolonger leur mission de diffusion du patrimoine culturel dans le monde numérique. Le défi pour les musées de demain sera de maintenir cette cohérence entre l’expérience en ligne et la visite physique, tout en s’adaptant aux attentes d’un public en constante évolution.
Sources
- NOTEBAERT, J, PULH, M, MENCARELLI, R, GRAILLOT, L, BOURGEON-RENAULT, D, & MARTEAUX-MENCARELLI, S (2011). Quelles stratégies pour les musées sur Internet ? Entre « click and mortar » et « mortar and click » Management & Avenir, 2011/4 n° 44. pp. 147-164. https://doi.org/10.3917/mav.044.0147.