Dans son ouvrage “La civilisation du poisson rouge”, Bruno Patino explore comment la révolution numérique transforme nos comportements et réduit notre capacité d'attention. En analysant l'addiction aux écrans, il dénonce l'impact des géants du numérique sur notre bien-être et propose des solutions pour un usage plus responsable.

Bruno Patino est un journaliste et dirigeant de presse français. Il a travaillé dans plusieurs médias, notamment la presse quotidienne, la radio et la télévision. Il devient directeur éditorial d'Arte France en 2015, après avoir été directeur de la station de radio France Culture. Chargé du numérique à France Télévisions, il devient président du directoire d'Arte France à compter du 5 juillet 2020. Bruno Patino est, depuis le 1er janvier 2021, président d'Arte GEIE (groupement européen d'intérêt économique).

Bruno Patino : expert de l’impact du numérique sur la société 

Spécialiste des médias et des questions numériques, il explore dans ses ouvrages les effets de l'ère numérique sur l'humain, la société, et la culture. Ses thèmes principaux incluent l'addiction aux écrans, l'économie de l'attention et ses conséquences sur la cognition humaine, ainsi que les transformations du débat public provoquées par les réseaux sociaux. Il s'intéresse également à l'avenir des médias face aux défis numériques.  Dans ce livre “La civilisation du poisson rouge”, il analyse la réduction de notre capacité d'attention à cause des technologies. Dans “Tempête dans le bocal”, il traite de l'impact sociétal des plateformes numériques. Ainsi, ses travaux mettent en lumière les mécanismes des technologies numériques et leurs impacts profonds sur nos modes de vie et nos comportements.

Une idée née d’un constat frappant

“La civilisation du poisson rouge”, paru en mai 2020, est un ouvrage qui met en parallèle, le poisson rouge et l’humain. Ils partageraient le même temps d’attention, à une seconde près. Invitée sur France Inter, l’auteur explique que “les poissons rouges c’est nous et le bocal, c’est nos écrans”. Il a décidé de rédiger ce livre lorsqu’un employé de Google lui a expliqué que la mémoire d’un poisson rouge était de 8 secondes, et que le temps d’attention des “millenials” était de 9 secondes, soit une seconde de plus. Sur France Inter, Bruno Patino raconte : ”on a besoin d’être sur-sollicité toutes les 9 secondes pour ne pas voir notre esprit vagabonder”.

La révolution du numérique à l’origine de la dépendance aux écrans 

Ce phénomène serait causé par une surconsommation du numérique via les smartphones, créant ainsi une forme de dépendance. Selon l’auteur, cette dépendance résulte de la révolution technologique. Le modèle publicitaire actuel reposerait sur l’attention des utilisateurs. Pour la maximiser, il serait essentiel de mettre en place des mécanismes qui incitent l’humain à répondre sans cesse aux sollicitations, entraînant un renouvellement constant de l’attention.

Le processus de récompense aléatoire

Au cœur de l’ouvrage : “le processus de récompense aléatoire”. Il s'agit d’une dépendance aux écrans et aux services numériques. Bruno Patino explique qu’il s’agit d’une théorie de neuroscience datant des années trente. Elle théorise l’utilisation et la consultation de façon compulsive des applications numériques, même lorsqu’on n'en ressent pas le besoin. Sur France inter, il explique : “c’est le même principe de fonctionnement des machines à sous : on gagne peu, on perd beaucoup et on y joue, au bout d’un moment, de façon compulsive”. 

Notre capacité d’attention se réduit drastiquement  

Dans “La Civilisation du Poisson Rouge”, Bruno Patino explore l’impact des technologies numériques sur nos comportements, en particulier sur notre attention. L’auteur s’appuie sur une observation frappante : dans un monde saturé de contenus, notre capacité d’attention se réduit drastiquement, à tel point qu’elle est désormais comparable à celle d’un poisson rouge, environ 8 secondes.

L'économie de l'attention : une bataille sans fin

Selon l’auteur, les plateformes numériques - qu’il s’agisse de réseaux sociaux, d’applications ou de sites web - sont conçues pour captiver notre attention et la monétiser. Cette "économie de l’attention" repose sur des algorithmes sophistiqués qui exploitent nos biais cognitifs, nos émotions et notre dépendance aux stimulis numériques. Les outils comme les notifications, les flux infinis ou les systèmes de récompenses (likes, partages) agissent comme des mécanismes de conditionnement, nous rendant toujours plus accros. 

Les conséquences psychologiques et sociales

L’auteur décrit les effets négatifs de cette course à l’attention. Tout d’abord, le stress et la fatigue mentale sont les premières conséquences de ce phénomène. L’hyperconnexion fragilise notre bien-être psychologique. Ensuite, la fragmentation de l’information. L’auteur explique que désormais, la priorité est donnée à des contenus sensationnels ou simplistes. Cela réduit notre capacité à réfléchir en profondeur. Enfin, paradoxalement, les technologies censées nous connecter créent une forme d'isolement social et d'addiction.

La responsabilité des géants du numérique

L’auteur critique fortement les grandes entreprises, tels que les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) pour leur rôle dans la structuration de cette économie. Leur modèle économique, basé sur la publicité, pousse les utilisateurs à maximiser le temps passé sur leurs plateformes, souvent au détriment de leur santé mentale et de leur vie privée. Sur France Inter, il raconte : “il y a des gens qui vont développer des programmes, des interfaces, pour faire en sorte que vous répondiez à ces sollicitations même quand vous n'en ressentez pas le besoin”.  Il ajoute que “les interfaces des réseaux sociaux ne sont pas faites pour être belles mais pour qu’on y reste le plus de temps possible”. 

Un appel à la régulation et à la sobriété numérique

L’ouvrage ne se limite pas à un constat alarmiste. Bruno Patino propose des solutions, notamment la régulation des plateformes numériques pour limiter leur pouvoir sur nos vies. Il invite à une prise de conscience individuelle pour reprendre le contrôle de notre temps et éviter les pièges du numérique. Enfin, il suggère un usage plus raisonné et éthique des technologies.

Des chiffres qui appuient la thèse de Bruno Patino

Selon une étude Statista, en moyenne dans le monde, il est estimé que les internautes passent 2 heures et 27 minutes par jour sur les réseaux sociaux. Toujours selon Statista, le temps moyen passé sur un téléphone, sans compter les conversations téléphoniques, a augmenté ces dernières années, atteignant un total de 4 heures et 30 minutes par jour en avril 2022. 

Quelles sont les conséquences sur le cerveau ? 

Une pratique excessive des écrans aurait un impact sur le stress, les troubles de l’humeur et l’hyperactivité. Un usage abusif et incontrôlable des écrans peut aussi avoir un retentissement majeur sur la santé, entraînant différents problèmes, notamment des troubles du sommeil, une fatigue visuelle et des maux de tête. Les activités nocturnes sur les écrans peuvent empiéter sur le temps de sommeil, ce qui peut, à terme, dérégler le rythme biologique et générer un épuisement et une fatigue chronique. De même, la lumière bleue émise par les écrans bloque l’hormone du sommeil et stimule l’éveil.

Comment y remédier dans un monde connecté ? 

Comment stopper l’addiction aux écrans qui entraîne une réduction de la concentration ? Pour y remédier, il est désormais possible depuis 2018 de contrôler et réguler son temps d’écran sur tous les smartphones. Il suffit de le configurer dans les réglages. Cependant, il faut pouvoir s’y tenir, à l’ère où le smartphone devient de plus en plus un outil de travail. 

Conclusion

La Civilisation du Poisson Rouge est un ouvrage percutant qui met en lumière les dangers de l’économie de l’attention, tout en ouvrant des pistes pour une utilisation plus saine et responsable du numérique. Il interpelle sur la nécessité de repenser notre rapport aux écrans, à une époque où le digital structure de plus en plus nos vies. Ce livre est une ressource clé pour comprendre les enjeux sociétaux du digital et l’impact des modèles économiques des géants de la technologie sur nos comportements et notre bien-être.

Jessica El Maallem