Le secret derrière le succès de "A Little Life" de Hanya Yanagihara

Cette année, j’ai décidé de « clotûrer » mes études avec une thèse traitant d’un sujet passion : les livres et plus particulièrement l’impact de BookTok et des outils d’IA sur l’industrie littéraire. 

Si vous avez été présent sur TikTok ces derniers mois, vous êtes peut-être tombé sur cette sous-communauté qui comporte des millions de vidéos traitant de divers sujets littéraires. Parmi eux se trouve A Little Life, un livre écrit par Hanya Yanagihara et publié en 2015, qui a connu un succès sans précédent sur BookTok. Cette oeuvre a été l’objet de nombreuses vidéos forte en émotions et révélatrices d’une nouvelle forme de prescription littéraire : celle de la prescription émotionnelle. 

J’ai décidé d’aborder cette pratique dans ma thèse mais il m’a également semblé intéressant de savoir ce quo se cache derrière ce livre qui a fait pleurer des milliers de personnes et qui en a poussé de nombreuses à se filmer en pleine crise emotionnelle. 

 

Un livre pas comme les autres

Le roman A Little Life de Hanya Yanagihara, publié il y a dix ans, est devenu un classique contemporain, suscitant à la fois notoriété et éloges. Mais comment une œuvre au contenu aussi déchirant a-t-elle pu devenir l’un des livres les plus populaires de la dernière décennie ?
A little life

La trame "traumatique" au coeur du succès

A Little Life est un exemple frappant de ce que la critique littéraire Parul Sehgal appelle la « trame traumatique ». Ce concept désigne les livres qui se focalisent sur les événements traumatisants vécus par leurs personnages, parfois au détriment d’autres aspects de la caractérisation ou de l’intrigue. Le roman de Yanagihara suit quatre amis à New York, mais se concentre rapidement sur Jude, révélant progressivement son enfance profondément traumatisante et ses répercussions sur sa vie d’adulte.
Daniel Mendelsohn, essayiste américain, a critiqué le roman, affirmant que le traumatisme incessant subi par Jude en fait « une machine conçue pour produire des émotions négatives dans lesquelles le lecteur peut se retrouver ». Cette critique rejoint celle de Sehgal, qui estime que la trame traumatique aplatit les personnages et les récits, réduisant « le personnage au symptôme »
Les critiques ne sont pas les seuls à remettre en question la représentation du traumatisme dans ce roman. Les lecteurs eux-mêmes ont souvent commenté la nature de cette oeuvre et les émotions extrêmes qu’elle suscite. Une simple recherche sur les réseaux sociaux révèle de nombreuses critiques, allant de l’adoration au dégoût. Le roman est souvent perçu comme une expérience à vivre plutôt qu’une œuvre littéraire à lire, un défi à relever.
Ce phénomène va de pair avec ce qu’on appelle la culture de la « peur de manquer » (ou FOMO) : les lecteurs craignant de ne pas avoir participé à l’une des grandes expériences littéraires de la dernière décennie sont poussé à rejoindre le mouvement. Cette popularité s’auto-entretient : plus de lecteurs il y a, plus de réactions extrêmes, d’exposition et de FOMO s’en suivent.

Entre plaisir et dégoût : l'avis des lecteurs

L'influence des communautés littéraires digitales

Bien sûr, la popularité sans précédent du roman est en grande partie due aux communautés littéraires digitalees comme BookTok, Bookstagram et BookTube. Le contenu qu’elles produisent est souvent très émotionnel, mélangeant critiques et effusions de sentiments, et présentant des opinions polarisées. Les réseaux sociaux et leurs algorithmes récompensent ces réactions extrêmes en encourageant l’interaction et le partage, propulsant ainsi le roman vers un public plus large.
A Little Life possède également sa propre présence sur les réseaux sociaux, avec un compte Instagram actif qui reposte fréquemment les créations des fans (œuvres d’art, photographies, listes de lecture, tatouages). Cela a établi une forme d’interaction très personnelle avec le roman, mettant en avant l’émotion et l’intimité avec l’histoire. Cette approche favorise la connexion et la communauté entre les lecteurs, unis par leur réaction à la représentation de la souffrance extrême.

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Note méthodolgique