Entretien avec Lamine B. – Monteur vidéo freelance et consultant IA
Contexte de la rencontre, Le nouveaux métier de vidéaste.
Pour mon article sur l’évolution des métiers de la post-production à l’ère de l’IA, j’ai échangé avec Lamine B., un monteur freelance parisien qui collabore avec des agences de pub, des maisons de disques et des médias. Depuis deux ans, il intègre de plus en plus d’outils d’intelligence artificielle dans son workflow. Il partage ici une vision à la fois enthousiaste et critique sur cette révolution silencieuse.

Quel a été ton premier contact avec l’intelligence artificielle dans ton métier ?
“Ça s’est fait presque sans que je m’en rende compte. Un jour, j’ai utilisé Descript pour retranscrire une interview brute, et j’ai halluciné du gain de temps. Ensuite, j’ai découvert Runway, Topaz AI, puis les fonctionnalités d’Adobe Sensei dans Premiere Pro. En fait, je me suis rendu compte que l’IA était déjà partout dans les outils, sans qu’on la nomme. Elle ne se présente pas comme une IA, mais comme une ‘fonction magique’.”
Qu’est-ce que ça a changé concrètement dans ton travail ?
“Je travaille plus vite, c’est clair. Mais surtout, je travaille différemment. Par exemple, avec les outils de montage automatisé ou de dérushage intelligent, je peux me concentrer sur les intentions, sur les transitions qui font sens. Je laisse la machine me proposer des trucs, je garde ce qui m’inspire et je reviens manuellement sur les détails narratifs.”
“Là où avant je passais 3 heures à sélectionner les bons plans dans un docu, aujourd’hui je peux dérusher en 20 minutes avec des tags ou des mots-clés. Ça ne fait pas tout, mais ça me libère de la partie ingrate.”
Tu as peur qu’un jour la machine monte toute seule sans toi ?
“Non, parce que le montage, ce n’est pas que de la logique. C’est du ressenti, du timing, de l’émotion. Même un bon cut peut être faux si l’intention n’est pas là. L’IA est très forte pour le rationnel, beaucoup moins pour l’artistique.”
“Mais je pense qu’elle va forcer les monteurs à se repositionner : tu ne peux plus juste être bon techniquement, tu dois savoir pourquoi tu fais un choix. Tu dois avoir une vision. Un monteur sans intention sera vite doublé par un algorithme.”
Quelles compétences doivent évoluer, selon toi ?
“On doit apprendre à collaborer avec l’IA, pas la subir. Ça veut dire : comprendre ses limites, parler son langage, et savoir reprendre la main. Je conseille souvent aux jeunes monteurs de tester les outils IA non pas pour aller plus vite, mais pour mieux comprendre leur propre style.”
“Il faut aussi savoir expliquer sa valeur ajoutée au client : pourquoi j’ai coupé ici, pourquoi cette respiration. C’est de plus en plus stratégique. L’IA pousse à clarifier notre posture créative.”
Comment vois-tu ton métier dans 5 ans, Le nouveaux métier de vidéaste?
“Je pense qu’on sera tous des monteurs ‘augmentés’, mais que ceux qui resteront visibles seront ceux qui auront une signature, une personnalité. Ce sera comme en photographie : tout le monde peut prendre une photo avec son smartphone, mais tout le monde ne sait pas raconter une histoire avec.”
“L’IA va faire le tri. Pas entre bons et mauvais techniciens, mais entre exécutants et créateurs.”
Ce que je retiens de cette interview et du nouveaux métier de vidéaste
Ce qui ressort de cet échange avec Lamine, c’est que l’IA n’est pas une menace, mais un révélateur. Elle nous oblige à affiner notre regard, à assumer nos choix, à redevenir auteurs de nos gestes.
Dans le cadre de mon mémoire, cette conversation alimente un constat central : le monteur de demain sera hybride, stratège et sensible à la fois. Et peut-être que cette pression nouvelle est une opportunité de redéfinir une post-production plus consciente, plus incarnée — mais aussi plus passionnante.