Le « Loup » d’Intermarché : Pourquoi cette publicité a-t-elle fait hurler ?
Depuis quelques semaines, un spot publicitaire monopolise les débats sur les réseaux sociaux et dans les campagnes françaises. Lancée début 2025, la nouvelle campagne d’Intermarché, sobrement intitulée « Le Loup », pensait toucher les cœurs avec une fable humaniste. Elle a finalement déclenché une levée de boucliers sans précédent.
Comment une publicité aux intentions si nobles a-t-elle pu devenir un tel cas d’école de crise de communication ? Décryptage.
Un conte de fées… qui ne passe pas
Le pitch était pourtant « beau » sur le papier : réhabiliter le loup, ce prédateur magnifique, pour symboliser un engagement vers une agriculture sauvage et vertueuse. On y voit de la brume, de la tendresse, et un message subliminal : « Nous, Intermarché, nous aimons la nature plus que les autres. »
Toutefois, derrière les violons et la photographie léchée se cache une réalité que les publicitaires ont soigneusement balayée sous le tapis : le loup n’est pas un personnage de Disney.
Le mépris des « Producteurs & Commerçants »
À cet égard, l’ironie est cinglante. Intermarché, qui matraque son slogan « Producteurs & Commerçants » à longueur d’année, vient en effet de poignarder dans le dos ses propres partenaires.
Comment peut-on, en 2025, prétendre soutenir l’élevage français tout en érigeant en héros l’animal qui décime les troupeaux et pousse des familles de bergers à la dépression ? De fait, pour ceux qui vivent sur le terrain, cette publicité n’est pas de l’art, c’est du mépris de classe. C’est la vision d’une élite urbaine qui admire le sauvage de loin, bien à l’abri derrière un écran, sans jamais avoir à ramasser une bête égorgée au petit matin.
Le piège du « Greenwashing »
Par ailleurs, cette campagne est le symptôme d’un mal plus profond : le greenwashing. Afin de détourner l’attention des prix bas imposés aux producteurs et de la complexité des enjeux écologiques, les marques s’achètent une conscience à coup de symboles charismatiques.
Concrètement, on instrumentalise le loup pour vendre des haricots verts en boîte. On utilise la cause environnementale non pas pour agir, mais plutôt pour séduire une clientèle citadine en quête de sens, quitte à sacrifier la dignité de ceux qui produisent réellement la nourriture.
« On ne peut pas prôner le « mieux manger » en affichant un tel cynisme envers ceux qui nous nourrissent. »
Conclusion : L’éthique ne s’invente pas, elle se prouve
En définitive, le marketing éthique de 2025 ne peut plus se contenter de jolies fables. En choisissant la provocation plutôt que la concertation, Intermarché a brisé un lien de confiance.
Une publicité est éthique lorsqu’elle rassemble ; or, celle-ci divise. Elle oppose le citoyen au paysan, la nature à la culture, le fantasme à la réalité. C’est pourquoi si Intermarché veut vraiment sauver la biodiversité, qu’il commence par payer le juste prix pour que les éleveurs puissent vivre de leur métier et protéger leurs bêtes.
Le loup est peut-être « le mal-aimé« , mais après cette campagne, c’est l’image d’Intermarché qui risque de le devenir auprès de la France des territoires.
Et vous ? Choqués par cette campagne ou séduits par son message écologique ?