L’arrivée d’Internet dans les années 1990 a été tant un espoir qu’un tremplin pour le combat féministe. Ce réseau sans limite, est l’occasion parfaite d’investir un endroit neutre, où tout le monde pourrait s’exprimer librement et anonymement ; peu importe notre genre, notre origine, notre obédience ou notre langue, nous sommes tou·te·s connecté·e·s les un·e·s aux autres. Quel progrès !

Est-il possible de passer outre les habitudes et idées préconçues de notre société patriarcale, et inventer de nouveaux codes ? Quelle peut être l’influence des femmes dans cette nouvelle société virtuelle ?

L’aube d’une nouvelle vague.

Cette nouvelle communauté féministe présente dans le cyberespace et utilisant les outils numériques vois donc le jour dans les années 1990. Basé sur les interactions et l’activisme en ligne, ce mouvement respecte, malgré tout, les idéologies féministes basiques que nous connaissons. Le premier groupe cyberféministe, dénommé VNS Matrix, est créé en 1991 en Australie et se fait connaître grâce à son « Manifeste cyberféministe pour le XXIème siècle ».

Quatre jeunes filles qui s’ennuyaient ont décidé de s’amuser avec l’art et les théories féministes françaises, elles commencèrent à jouer avec l’idée de cyberféminisme… Commençant comme une combustion spontanée, à partir de quelques groupes en Europe, Amérique et Australie, le cyberféminisme devint un virus infectant la théorie, l’art et l’académie.

Julianne Pierce, membre du collectif VNS Matrix.

Le mouvement prenant de l’ampleur, la première conférence cyberféministe se tient à Cassel en Allemagne en 1997. Lors de cette dernière, le Old Boys’ Network (groupe féministe) refuse de catégoriser le cyberféminisme comme école de pensée, arguant qu’il était hors de question de limiter les actions du cyberféminisme à un simple mouvement de réflexion compte tenu du fait que le cyberféminisme est multilingue et non restrictif. Le cyberféminisme est une célébration de la multiplicité. Encore en 2021, il est impossible de trouver une définition claire et précise de ce qu’est le cyberféminisme. Pour éviter tout malentendu, on peut cependant trouver les 100 antithèses définissant ce que n’est pas le cyber féminisme ; un moyen d’expliquer, sans restriction, de quoi il s’agit et de se contenter d’une explication fluide, à l’image de ce que les féministes modernes défendent. Le cyberféminisme vient donc en opposition aux idées du féminisme des années 1980 défendant que les sciences et technologies sont réservées principalement aux hommes.

L’utilisation du terme cyberféminisme a quasiment disparu après 2000, en partie à cause de l’éclatement de la bulle Internet qui a brisé la tendance utopique d’une grande partie de la culture numérique. Dans leur texte Cyberfeminism 2.0, Radhika Gajjala et Yeon Ju Oh affirment que le cyberféminisme au XXIème siècle a pris de nombreuses formes nouvelles et est axé sur les différents aspects de la participation des femmes en ligne : réseaux de femmes blogueuses, gameuses, fans, dans les réseaux sociaux, groupes de mères en ligne, femmes dans des pays non occidentaux…

La dystopie.

Avec l’acceptation d’Internet par le public, une croyance utopique avait vu le jour : dans ce nouveau territoire neutre, les utilisateurs·trices seraient en mesure de se séparer de leur corps genré et d’être des androgynes égaux·ales dans le cyberespace. La fluidité et l’ouverture qui caractériseraient l’espace numérique correspondraient avec des identités de genre flexibles. Sans surprise, cela n’a pas été le cas, et tous les problèmes sociaux que nous connaissons dans le monde réel, ont leur équivalent dans le monde virtuel. Malgré ce désenchantement, là n’est pas la fin de l’activisme féministe sur la toile. L’expansion de l’accès à Internet et la variété des formats permettent, malgré une absence de neutralité et d’anonymat, de continuer le combat en ligne. L’activisme féministe 2.0 est réel, il est grandissant et touche plus de personnes que jamais !