Quand TikTok fabrique les hits à notre place

En avril 2025, The Guardian révélait un basculement discret mais révélateur dans les usages musicaux sur TikTok : pour la première fois, les publications contenant de la musique électronique ont dépassé celles utilisant des morceaux “indie” ou alternatifs. Le hashtag #ElectronicMusic cumule désormais plus de 13 milliards de vues sur la plateforme, soit une hausse de 45 % en un an. Une performance qui semble s’expliquer par son association récurrente avec des vidéos de sport, de mode ou de voyage.

À première vue, ce changement pourrait passer pour une simple tendance culturelle. Mais ce serait oublier une dimension essentielle : l’architecture algorithmique de TikTok façonne activement notre paysage sonore. Et ce que l’on écoute, ce à quoi l’on danse, ce qui devient viral… n’est plus vraiment décidé par nous.


Une musique calibrée pour l’algorithme 🤖

La musique électronique, avec ses drops efficaces, ses loops hypnotiques et son tempo élevé, s’intègre parfaitement aux formats courts.

Mais ce n’est pas un hasard : ces caractéristiques répondent précisément aux attentes d’un algorithme d’engagementoptimisé pour capter l’attention dès les premières secondes.

En d’autres termes : ce n’est pas la musique électronique qui a conquis TikTok, c’est TikTok qui l’a rendue inévitable.


Quand l’IA compose aussi les morceaux 💡

Autre élément qui renforce cette standardisation musicale : l’explosion des outils de génération musicale par IA. Des plateformes comme Suno AI, Boomy ou Mubert permettent de produire en quelques clics des morceaux “parfaits pour TikTok” : 15 à 30 secondes, pas de paroles gênantes, un drop immédiat.

Ces morceaux, souvent anonymes, sont parfois intégrés à des vidéos virales sans que personne ne sache qu’ils ont été générés par une machine. Le risque ? Une homogénéisation croissante du paysage musical, façonnée par des codes algorithmiques plutôt que par une vision artistique.


Moins de diversité, plus de prévisibilité 📉

TikTok, comme la plupart des plateformes dopées à l’IA, renforce un biais de popularité : plus un morceau fonctionne, plus il est proposé, plus il est utilisé… donc plus il fonctionne.

C’est un cercle algorithmique qui laisse peu de place à la surprise, à la découverte organique, ou à des esthétiques moins immédiatement rentables.

Et cela se reflète aussi dans nos soirées, nos festivals, nos playlists : tout commence à se ressembler. On ne sort plus pour découvrir un son, mais pour revivre un scroll.


Et les artistes dans tout ça ? 🎤

La plateforme a certes permis à de nombreux talents de percer. Mais beaucoup d’artistes dénoncent aujourd’hui une pression croissante pour “faire du TikTok”, modeler leur musique pour l’algorithme, composer des refrains qui fonctionnent en 7 secondes.

Comme le disait récemment Emmanuel de Buretel, président du label Because Music, dans une tribune publiée par Le Monde :

« Si TikTok veut vivre de la musique, il doit la respecter. »


Conclusion : et si on reprenait le contrôle ? 🧠

Ce que cet article du Guardian révèle en creux, ce n’est pas une simple tendance musicale, mais une évolution profonde de la manière dont nos goûts sont construits.

Dans un monde où l’IA génère la musique, où l’algorithme l’impose, et où la performance TikTok prime sur la qualité artistique, une question s’impose :

Sommes-nous encore libres d’écouter ce que l’on aime… ou juste ce que l’on nous montre ?